La Barbinais, premier circumnavigateur français

image001Rendons à Étienne Le Gentil de La Barbinais, gentilhomme malouin, ce qui lui appartient : il est le premier Français à avoir fait le tour du monde (1)… à la voile. De Magellan (1519), qui avait apporté la preuve que l’on peut très bien rentrer chez soi sans jamais faire demi-tour, à lui, il s’est écoulé presque deux siècles. Bougainville qui s’efforçait d’expliquer à sa Majesté que nous devions avoir honte d’avoir attendu si longtemps est parti bien après tout en passant pour être le premier.
Appareillant de Cherbourg le 8 août 1714, La Barbinais n’est pas un marin professionnel. D’ailleurs la navigation ne l’intéresse pas. Seule  compte pour lui la description des lieux et des mœurs. Ce qui l’émeut le plus en arrivant aux Canaries est la beauté de la veuve du comte de la Gomera.
On lui fait jurer lors de la cérémonie du passage de la ligne qu’il ne coucherait jamais avec la femme d’un pilote (2). Pilotes qu’il tient en mauvaise estime (si j’ose dire) puisqu’il remarque à propos des courants : qu’ils sont une ressource merveilleuse pour les pilotes qui leur attribuent toutes leurs erreurs de calcul !
A l’atterrissage sur le Brésil, il manque de s’échouer sur un banc de sable et se perd dans la forêt qu’il allait explorer.
Parti pour le Pérou et le Chili, pays avec lesquels il comptait faire commerce, il se rend compte là-bas que beaucoup trop de gens ont eu la même idée que lui et que la concurrence y est vive. Il change alors de navire pour s’embarquer sur un vaisseau de Bayonne en partance pour la Chine. Deux de ses dernières escales au Pérou sont marquées par des tremblements de terre dont celui de Pisco le 10 février 1716.
Il cingle alors vers l’Ouest sur le grand et pacifique océan. Au beau milieu de la grande bleue, la présence d’un hibou perché dans le gréement l’alerte sur la proximité de la côte. La navigation vers la Chine qui s’ensuivit ne se termina que trois mois plus tard !
Lorsque des grains violents et trombes d’eau s’abattent sur le navire, La Barbinais explique sentencieusement : « Une nue tombe sur une autre en formant une véritable Eolipyle (3) dans la nue inférieure qui pousse sur la mer un tourbillon de vent capable d’exciter un bouillonnement… » plus loin : « les gens de mer ont raison de tirer au canon car ce bruit fait le même effet que le son des cloches sur les nues qui contiennent le tonnerre. »
La Barbinais séjourne sept mois en Chine où, prudent, il se met à l’abri des jésuites. Puis il reprend la mer.
Du côté de Java, il découvre les noix de coco et trouve que leur réputation est surfaite : « Si ce fruit fournit à tous les besoins de la vie, c’est sans doute à ceux des singes et des ermites. » S’ensuit un séjour émollient de cinq mois sur l’île de Bourbon (La Réunion). Puis c’est le retour par Bonne Espérance. Vents portants obligent, il rentre par le Brésil, passe l’équateur et remonte par l’Atlantique Nord pour finir par boucler la boucle à Saint-Malo. Logique.
Dernier avatar au retour : les armateurs du bateau ont eu le temps de faire faillite et celui-ci est sous séquestre. La Barbinais qui n’aimait pas la chicane pratiqua dit-il l’évangile à la lettre et donna son manteau à qui le demandait.
Pas de quoi façonner un héros avec tout cela. C’est sans doute pourquoi notre orgueilleuse patrie l’a trop vite oublié.
Francis Bergerac
(1) Ou à l’avoir raconté dans un livre : Nouveau voyage autour du monde – Paris – 1727.
(2) Pilote : Qui est chargé de la navigation, c’est-à-dire de déterminer la position du bateau. Il ne la communique qu’au seul capitaine afin de ne pas se sentir ridicule lorsqu’il se trompe. Celui-ci, qui connaît la difficulté de cet art, lui en veut rarement.
(3) Eolipyle : « boule d’Eole » est une machine à vapeur et à réaction conçue par Héron d’Alexandrie (Iᵉʳ siècle ap. J.-C.).

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