Archive for the 'Banc des menteux' Category

Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerdubon sauve tout seul l’honneur de la patrie – Depuis la guerre, le balisage avait été rétabli dans le détroit de Torrès, mais les radars sur les navires étaient encore assez rares dans ces années 50. Si une balise n’avait pas été repérée, s’y retrouver dans le dédale des cailloux, de la mer d’Arafura à la Blight entrance dans la Mer de Corail, amenait forcément pas mal de cheveux blancs, sous les casquettes des passerelles. D’ailleurs, quelques épaves bien plantées, servaient d’amers ! L’Australie décida d’étendre le champ de son corps des Pilotes Royaux au détroit de Torrès. Outre le balisage et les fonds assez bien cartographiés, il restait des zones non explorées, pour y découvrir des abris, des mouillages et autres détails touchant la sécurité. Le service hydrographique avait armé des vedettes pour ce travail. J’étais à Port Moresby en Nouvelle Guinée alors Australienne. L’une d’elles du type « Fair miles » ayant appartenu au service rescue de la RAF, branche australienne, s’y trouvait en réparation. J’eus tôt fait de devenir copain avec son équipage et son patron. Apprenant que j’avais un brevet panaméen… toujours aussi faux, mais bien imité… je fus engagé comme matelot. Ce n’était pas la gloire mais l’aventure qu’ils vivaient dans le détroit, et telle qu’ils me la contaient entre deux pintes de bière, qui m’intéressait vivement.
– C’était après ton séjour sur les goélettes de Tahiti Kerdubon ?… Demanda Henri habitué du banc des menteux.
Exact ! Nous avons donc appareillé de Port Moresby, y laissant ses bars pour « white only », et ses « stores » où se côtoyaient les prudes dames « old england », et les indigènes… poitrines à l’air pour les femmes, pour les hommes habillés d’une espèce de jupette en fibres végétales bleues ou rouges, des colliers de coquillages, bracelets d’os et autres gris-gris autour du cou, avec peintures vives et tatouages, le nez percé, pour y caler une pipe en travers du visage… bref la civilisation ! La vedette filait ses douze à quinze nœuds. Le temps était sale et de nombreux grains rendaient la visibilité nulle, le soleil était à l’abri derrière de gros cumulus, nous approchions du nord de la grande barrière qui longe sur 2 000 kilomètres la côte d’Australie, pour la relier à la Nouvelle-Guinée. Les passes y sont rares et mal pavées, il ne fallait pas louper celle du Capitaine Blight. Lire la suite ‘Les escales du banc des menteux’

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Les escales du banc des menteux

• Où l’ami Kerdubon ne confond pas éponge et… ti PunchNous ne fréquentons guère le bistrot du port Kerdubon!… constata Paulo un habitué du banc des menteux, alors que les mouettes rieuses réclamaient « cognac cognac ! » en tournoyant sur des remous de fin de marée à l’extrémité des jetées.
– Sauf pour arroser certains évènements sérieux, nous concernant icitte même, dame ! Toute mon existence de marin, je me suis trouvé confronté aux problèmes causés par l’alcool. Ce n’est pas parce que la Bretagne a soi-disant le triste record d’alcoolisme, que les marins des autres régions n’en étaient pas victimes ! Comme de toute façon les marins français ont disparu des rôles d’équipage, même sur les navires qui osent battre encore notre pavillon tricolore, et qu’il en reste moins d’une dizaine de milliers, pêcheurs et ostréiculteurs inclus, je pense que le mal sera en partie éradiqué des navires marchands, car les marins du tiers monde n’ont pas les moyens de se procurer de l’alcool avec leurs maigres salaires ! De plus, certains armateurs ont carrément prohibé l’alcool à bord, les assurances ne couvrant pas les conséquences de ce risque. Je ne parle pas de la Marine Nationale, je pense que les responsables quoique plus étoilés que les bouteilles de cognac, ont maintenant le moyen d’écarter les buveurs d’alcool de la… flotte ! Dans ma jeunesse, au moment de la guerre d’Algérie où tout marin recruté pour son service militaire plus que prolongé, était apte à se rendre au casse-pipe à la place des vrais professionnels qui auraient coûté trop cher à l’état en cas de perte… le lot d’alcooliques était considérable !
Nous avions l’alcool hors taxes, et de surcroît nous étions riches… alors pourquoi nous priver ?… demanda Albert qu’on appelait « Le Prince ».
– Les apéritifs midi et soir, de plus en plus corsés… avec le petit cinquante… puis la bibine de 15 heures… sans parler des digestifs et autres douceurs… ont fait de ceux qui ne sont pas devenus des éponges au foie bouffé par la cirrhose avant de calancher encore bien jeunes, lorsqu’il m’arrive de les rencontrer, des… centenaires cacochymes… même s’ils ont notre âge, même si nous ne sommes pas brillants par ailleurs ! En voyant les « raisins » autour de nous, heureusement, nous avions vite compris mes amis ! Alors nous avons refusé de nous imbiber malgré les mises en boîte ou parfois insultes, méprisés, rejetés comme des femmelettes, par ces… fins buveurs… devenus épaves peu après ! Ils buvaient le cognac dans les verres à bière, nous buvions la bière… dans les verres à cognac ! Au commerce, les syndicats alors puissants ont fini par obtenir pratiquement la liberté de cambuse pour tous ! L’un de mes capitaines d’armement me disait lors d’une relève équipage sur un roulier encore sous pavillon national : « Trouver de bons marins est dur !… j’ai dix hommes en stage de spécialiste pompier, cinq en stage de plongeur, deux en stage de cuisinier, trois en stage infirmier… quinze en stage de dératisation (désintoxication) ! »
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport des propos non avinés de Kerdubon à ses amis du banc des menteux.
Signé : Planchet

Les escales du banc des menteux

• Où Kerdubon crée la débandade au Poste de bande – Pour éviter que des amiraux se mangent la gâpette en voulant pistonner un petit protégé, l’Etat-major plus futé qu’on ne le pense, désigna pour le Broutard le PC affecté à Saint-Tropez pour assister l’usine de torpilles de Cogolin, le plus bête des brevetés provisoires de seconde classe, sorti avant-dernier de l’Ecole des timoniers, privé du cours d’EOMR, dont on avait cassé le sursis soi-disant par erreur, et envoyé manu militari sous les drapeaux, forcément pistonné par aucun gradé de la Marine Nationale… votre serviteur Kerdubon !
– Tu nous l’as déjà dit mon ami !… viens au fait !… interrompit René, adepte du banc des menteux, un ancien des cols bleus qui était chatouilleux lorsqu’on grattait les démangeaisons de son ancien métier, cela se comprend !
Les torpilles fabriquées par l’usine, devaient être mécaniquement essayées. Le Broutard  à une certaine distance dans la baie de Saint-Trop’ se plaçait perpendiculairement à l’axe du tube fixe de l’usine, ce qui prenait un certain temps. Un hélicoptère « Bell » faisait évacuer le plan d’eau, ce qui prenait encore du temps en raison des plaisanciers et pêcheurs nombreux en période estivale. (On n’allait pas procéder aux essais par mauvais temps ou fort mistral). Puis enfin, l’équipage du patrouilleur côtier se plaçait sur le pont au poste de bande généralement à tribord. Lorsque tout était clair, le tir signalé par un pavillon hissé avait lieu. A 50 nœuds, le cigare de métal passait à deux mètres sous la coque du navire, puis faisait surface plus loin, pour que nous allions le récupérer. Le matelot qui voyait l’engin passer sous lui levait le bras. A l’usine, on vérifiait si le cap de la bête était correct. Jusque-là rien d’extraordinaire. Depuis des années on procédait de cette façon. J’étais avec mon pacha dans la passerelle supérieure, la baignoire. C’était un brave officier sorti des équipages à quatre galons mérités et non systématiques, bloqué à ce grade comme ses collègues, pour ne pas concurrencer les élites sortis de l’Ecole Navale terminant comme amiraux.
« Excusez-moi Commandant, ces torpilles sont bien réglées, mais si l’une déraillait et était moins profonde, croyez-vous que sans exploser puisque inerte, elle pourrait percer notre faible coque fatiguée par son âge ?
– Certainement timonier ! Et juste à l’endroit où la dernière a passé, qu’y-a-t-il ? – Tu le sais bien, le stock d’obus de 75 qui d’ailleurs ne va pas avec le calibre de notre canon américain !… Nom de dieu !… Au poste d’appareillage, on part à Toulon décharger ces pruneaux ! ».
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des paroles explosives de Kerdubon !
Signé : Planchet

Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerdubon découvre les délices culinaires asiatiques – A la veille du départ à Singapour dans ces années 50, il était temps de dépenser nos derniers dollars locaux en achetant quelques bricoles et surtout des piastres pour notre prochain passage à Saïgon. Avec le départ officiel des Français d’Indochine, la dislocation des Etats Associés, le partage du Tonkin et de la Cochinchine en Nord et Sud Vietnam… personne ne savait ce qu’allait devenir la piastre… Alors pour une poignée de cacahuètes, dans n’importe quelle monnaie, les changeurs qui avaient vécu de son trafic… comme tant de notre beau monde français, s’en débarrassaient. Avec peu de fonds, nous sommes devenus presque millionnaires… puisque cette piastre fonctionnait encore parfaitement à Saïgon, où elle était maintenue artificiellement au taux officiel. A part « change alley » réservée aux trafics d’argent, toutes les alleys du coin étaient transformées en un immense bazar… made in Japan. On y trouvait du matériel photo, et du matériel radio électrique… Les Japonais en étaient encore au stade de l’imitation : vrais faux Rolleiflex, Leica, Grundig ou PhilipsCanon commençait à pointer son… objectif, Sony ses magnétophones. C’était encore un peu… pacotille, mais le progrès était en bonne voie, et la revente au double de la valeur d’achat, était garantie en Europe. Il y avait de tout pour tous et toutes, même les jouets pour enfants, fabriqués dans de vieux bidons étaient nombreux et incroyables. Il nous restait encore des tunes, pour que la visite de Singapour soit complète, nous sommes allés dîner de façon originale et… étrange. Lire la suite ‘Les escales du banc des menteux’

Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerdubon, étonné, découvre des Liberty fantômes – C’était un Américain qui occupait sa retraite en sillonnant la Méditerranée dans tous ses recoins magnifiques à bord d’un « Grand-Banks » un puissant yacht à moteur renommé et bien connu. Un jour, dans l’une des somptueuses cuites qu’il prenait en bonne compagnie, il m’avoua avoir été Amiral, je le regardais d’un autre œil, mais continuais à le traiter comme un bon copain que je retrouvais lors de certaines escales en Turquie. Une nation qui possédait trois ou quatre porte-avions après Pearl Harbour, capable en trois ou quatre ans d’en aligner au moins une vingtaine, ainsi qu’autant de destroyers et même des croiseurs lourds du type Missouri, sans parler du reste dont plus de 2 700 Liberty-ships, impose le respect surtout quand on sait que notre propre nation au cours de ses trente glorieuses ne sortit de ses arsenaux que le Clémenceau et le Foch !… Il est vrai que nos fromages et notre vignoble n’ont pas encore été égalés. Le conflit mondial terminé, les navires américains non utilisés pour être sabordés étant remplis de munitions dont on voulait se débarrasser, y compris des armes chimiques et obus ou bombes portant des gaz asphyxiants, furent encoconnés, groupés par paquets de 24, amarrés cul contre cul, bord contre bord et mouillés de leurs deux ancres, dans les grandes baies lagunaires des côtes de différents états, j’ai pu le constater en Chesapeake. – Pour que notre Patrie soit à nouveau reliée à ses colonies, 76 Liberty furent… remis à la France ! Après avoir écrasé sous les bombes nos industries, nos villes, et leurs habitants soi-disant Alliés, la généreuse Amérique nous devait bien çà, pour refaire fonctionner la pompe aspirant les matières premières et richesses coloniales, refoulant les produits finis, sans parler du ciment, fers à béton et autres douceurs dont la bibine… ajouta Henri un habitué du banc des menteux qui comme beaucoup avaient fait leurs premières armes sur ces bâtiments. – Mon copain amiral dans les états-majors de la marine US, avait été affecté à l’organisation et à la gestion de ces parkings pour navires encoconnés. Il me confia avoir été récompensé pour avoir étouffé pratiquement dans l’œuf un scandale typique d’outre-atlantique. Les USA avant la fin de la guerre, avaient lancé la série des Victory, nettement plus modernes que les désuets Liberty-ships. Au bout d’une quinzaine d’années, cette flotte fut donc envoyée à la casse. Un responsable direct des parkings vint le trouver affolé en lui prouvant qu’une dizaine de navires sur ses inventaires… avait purement et simplement disparu ! Nous étions une bande de gentleyachtmen en bordée chez Memmet une taverne turque que nous aimions. Mon amiral était là. Bien qu’en retraite, ses batteries étaient en bon état de tir, et il visait d’un œil énamouré, une baba cool qui visitait le coin, sac à dos. Hélas, il ne savait parler français, même pour séduire la donzelle. Il me supplia de le faire. L’histoire était drôle ! Ce fut d’autant plus facile que Madame Kerdubon me donna un coup de main, et que l’amiral était le seul navigateur… solitaire, sur le port. Emballée facilement, la drôlesse, ne déchanta guère lorsque je lui ai avoué avoir agi pour… un amiral ! L’amiral paya la tournée générale, et Memmet parmi son groupe local de musicos, entama une sorte de danse du ventre, en agitant de frémissements incroyable, sa bidoche ou la graisse le disputait aux muscles. « Entre nous demandais-je à l’amiral… le Grand-Banks n’est-il pas un des Liberty fantômes ?… No no !… affirma-t-il… seulement… un fils naturel, off course ! » – Tel est beaux Messieurs mon rapport d’un dragueur pour amiraux. Signé : Planchet

Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerdubon montre que le non conformisme est héréditaire – C’était le meilleur second que j’avais eu, il était mûr pour passer commandant, et le devint pour me succéder sur notre roulier transporteur de bagnoles. Plus tard, il commanda pendant quelques années le « Belem ». Il avait assimilé mes audaces raisonnées, et amélioré mes connaissances nautiques. Il m’en était reconnaissant. Le superbe trois mâts avait été accueilli somptueusement et fêté dans le port de La Rochelle. Le passage sous voile entre les tours avait impressionné plus d’un. Pour se rendre ensuite à La Pallice, il emporta le Maire et quelques personnalités par un bel après-midi d’été. J’étais avec ma mère devant le sas portes ouvertes lorsque le voilier le franchit, toutes voiles déployées par faible brise d’ouest. Michel à côté du regretté Michel Crépeau, maire et député, dirigeait la manœuvre. Il me remarqua et me cria : « Kerdubon viens à bord, je t’attend ! ». En bon « écraseur de crabes », toujours sous voiles, il fit éviter le « Belem » de 180 degrés pour le remettre face à la sortie, et accosta en douceur à son poste dans le bassin à flot, tandis que l’équipage et les passagers stagiaires amenaient toute la toile. Quelle belle manœuvre qui fit sans doute frémir les assureurs et autres grelotteux grippe-sous et que peu de prétendus grrraaannnds commandants peuvent réussir sans casser du bois.
Quel Capitaine aujourd’hui oserait effectuer une telle manœuvre sans avoir son sac dès l’accostage ? Oser donner des frissons de peur aux financiers boursicoteurs soi-disant armateurs, en risquant d’abîmer leur capital… faut le faire !… soupira Albert qu’on surnommait « Le Prince » sur le banc des menteux au bout de la jetée.
Un planchon fut posé sur le quai, ma mère et moi avons été accueillis comme il se doit. Tout le beau linge tenait une coupe en main et trinqua à notre santé, lorsque nous avons pénétré dans la pièce de réception. « Le commandant nous a expliqué qui vous étiez y compris votre tour du monde à la voile ! »… déclara Monsieur Crépeau. Il ajouta en embrassant ma mère : vous devez être fière de vos fils ?… « Tu parles !… répondit-elle en agitant sa coupe remplie… Je perds mon mari en juin, mes cochons de fils appareillent en juillet pour une expédition risquée !… Et vous croyez que j’étais heureuse et fière ? »… Ce qui devait arriver se produisit, ma mère arrosa copieusement de champagne le pantalon du Maire avec le contenu mousseux de sa coupe ! Sans se démonter, elle mit cette coupe dans la main libre de l’édile, pour sortir de son sac à main un mouchoir et éponger une partie des dégâts !… « Ce n’est rien Madame, laissez !… Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance !… à la vôtre ! »
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport des dires voilés de Kerdubon.
Signé : Planchet

Les escales du banc des menteux

image001Où Kerdubon montre qu’il apprécie la peinture – Le Mézidon un liberty-ship, après un voyage sur la COA, remontait au Havre dans les années 50. Il serait donc repeint entièrement des pommes de mâts au pont principal. Evidemment, on commençait par les mâts de couleur chamois, un jaune… cacateux disait-on. La peinture était stockée avec le reste du matériel dans le magasin sous le gaillard d’avant. Il était hors de question de hisser les touques de 50 litres en haut des mâtures ! Les novices remplissaient donc des moques de 5 ou 10 litres, ex-boîtes de conserves. Amarrées aux « chaises » en bois, elles accompagnaient les peintres rois du rouleau ou du large pinceau, dans leur descente le long du mât, au fur et à mesure que le bosco ou un matelot choquait la drisse passée dans une poulie sous la vergue. En cas de faible roulis, un bout’ avec mousqueton empêchait l’attelage et son trapéziste de s’écarter trop du fût du mât. D’un commun accord, pour achever avant midi, les matelots décidèrent de se passer du casse-croûte règlementaire de dix heures. La cuisine n’avait pas été prévenue, les rations de bœuf en boîte qui rôtissaient avec des oignons allaient crâmer, le coq s’impatienta. « Mossieu l’Intendant » risquait de ne pouvoir justifier le bœuf brûlé et passé à la poubelle. Il partit en flèche rechercher ses apôtres, et arriva essoufflé au pied du mât avant où opéraient les singes d’une nouvelle espèce maritime.
– Le casse-croûte de dix heures, comme celui de nuit étaient sacrés Kerdubon !… Cela permettait de mettre bas les marteaux pendant une bonne demi-heure !… dit Bernard habitué du banc des menteux, ex-matelot au long cours.
Apercevant Loizic au-dessus de lui, il cria : « T’es bien d’la vallée d’la Rance toi là-haut ?… Justement l’casse-croûte c’est du singe… Tu vas pouvoir goûter à la chair de tes frères ! »… Le matelot qui n’appréciait ni l’Intendant ni la grosse plaisanterie des gars du Finistère appelant sa vallée… la vallée des singes, inclina fortement la moque de peinture amarrée à sa planche, et la renversa à fond après avoir écarté l’extrémité de sa ceinture de sécurité qui aurait pu être souillée. « T’as l’air malin !… Au nom du père, du fiston, et de l’Esprit Saint qui ne t’effleure pas… j’te baptise : Peau de chamois !»… Du sommet du crâne un peu chauve à la semelle de ses sandalettes, l’intendant… fut repeint à neuf ! Jusqu’à ce que l’armateur mette fin à sa carrière en supprimant le poste d’Intendant sur ses navires… ceci pour économiser quatre sous, l’individu garda ce surnom d’embarquement en embarquement… bien que personne à la fin ne sache plus pourquoi !
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport relatif aux hommes hauts en couleurs des navires de Kerdubon.
Signé : Planchet

Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerdubon découvre les vertus du sucré-salé – Nous avions fêté les 25 ans du navire qui suite à dérogations, venait de passer avec retard sa visite des 24 ans imposée par la société de classification. Nous étions tout juste sortis de la cale sèche de Casablanca, port voisin et ami du Sultanat du Baroque son voisin. Mes directeurs venus tout exprès, de Dar Sawda, avaient vu d’autant plus grand, qu’ils encaissaient dans leurs poches profondes, les bakchichs du shipchandler, rejoignant ceux des différentes entreprises ayant travaillé sur le navire pendant les 15 jours précédant la visite. Evidemment, cette pratique qui n’avait pas lieu au Maroc, étonnait les responsables de ces chantiers. Après la réception, il restait donc beaucoup de bonnes choses remisées dans la chambre froide pour le champagne, et la chambre à légumes pour les buffets salés ou sucrés. Comme d’habitude, mon chien qui était resté bien sage, m’avait signalé au fur et à mesure de leur arrivée, les invités qui m’aimaient bien en agitant doucement sa queue, et ceux qui me détestaient en leur souriant de sa dentition découverte. Il n’y avait rien de nouveau sous mon soleil. Puis nous sommes allés à Dar Sawda charger pour le Nord de l’Europe. Je savais que les autorités portuaires ne seraient pas tendres à mon égard, vu qu’elles n’avaient pas été invitées à Casablanca. La Boîte ne pouvait tout de même pas payer le déplacement à ces Barroquins !
– La susceptibilité des uns est parfois cher payée par les autres Kerdubon !… affirma Ernest, un habitué du banc des menteux qui avait navigué longtemps au Maroc.
– Bien que non responsable de la casse du vase de Soissons, ceux qui n’étaient pas Francs… du collier le payèrent très cher en effet !… Donc pour mettre de l’huile dans les rouages, j’avais fait sortir les bonnes choses, et mon maître d’hôtel avait pour consigne de ne pas laisser un verre vide. Ces messieurs préféraient d’ailleurs le whisky sec… au champagne,  la goutte de vin est maudite… dit le Coran. Arrivèrent la police, la douane, la santé, la capitainerie, les lamaneurs, et les water-clarks. Leurs pensées à mon égard étaient telles que le chien devenait furieux au fur et à mesure de leur entrée, au point que je dus l’enfermer dans ma chambre avant qu’il ne se calme, et que je puisse le réintroduire, ce qui calma également mes visiteurs agressifs. Je remarquais que les porteurs d’uniforme n’ôtaient pas leur casquette plus ou moins galonnée. Le caviar, le saumon, les crevettes et les poissons fumés partirent comme si une baleine avait ouvert la gueule. Les pâtés de poulet et autres fausses charcuteries, suivirent le même chemin. Aziri mon maître d’hôtel faisait la navette du bureau à l’office. Il amena les pâtisseries, cornes de gazelles et autres douceurs plus ou moins crémeuses, et quelqu’un me réclama un document qui était resté dans un tiroir de ma table dans ma cabine. Laissant la porte ouverte, je fouillais dans les tiroirs lorsque le chien vint m’avertir qu’il y avait quelque chose qui ne lui semblait pas normal. J’ai pensé qu’il exagérait et je suis revenu dans le bureau. Il me désignait clairement les deux officiers de port. Les pâtisseries avaient disparues ! Ces messieurs se levaient et prenaient la direction de la sortie. Il ne restait que ces officiers de port. Passant un bras sur leurs épaules comme s’ils étaient de bons amis, je les conduisis à la porte, et arrivé au surbeau, leur donnai une forte tape sur la casquette. La crème anglaise et chantilly s’écoula du front sur leurs joues. « Pour que vous ayez une telle sueur, il faut avoir apprécié mes gâteries ! »… leur dis-je.
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport des propos sucrés salés de Kerdubon
 Signé : Planchet

Les escales (délirantes) du banc des menteux

image001• Où Kerdubon découvre la folie ordinaire – De Panama à l’Extrême Orient, la route est longue. Sur un Liberty-ship poussif marchant ses dix nœuds dans les descentes, le temps semblait long, sans télé, sans radio, sans papa ni maman, la belotte seule distraction pour certains. A la passerelle, les jours où par miracle on croisait un navire ou une baleine, tout le bord accourait aux jumelles. Le 3ᵉ lieutenant avait toujours été un peu bizarre sans que cela nous dérange, il était très sérieux dans son travail. Lorsqu’il descendit du quart pour le repas et nous informa qu’il avait été doublé par un homme en Harley Davidson, ce fut un grand éclat de rire, nous ignorions qu’il put être humoriste. Le lendemain, il prétendit que le type avait ôté son casque rouge, ainsi que ses lunettes pour lui dire bonjour et qu’il se grattait l’aigle argenté qu’il avait dans le dos de son blouson de cuir noir. On se regarda un peu surpris. Puis un autre soir, il nous déclara le plus sérieusement du monde : Y m’énerfe !… avec sa pétrolette ! Y m’a fait une queue de poisson ! J’ai bien cru que nous lui rentrions dedans aussi quoaaah ! Lorsque un autre jour, il dit lui avoir remis le bidon d’essence qui nous servait à détacher nos pantalons et chemises, et remplir les briquets Zippo, le second mécano, président de carré, faillit se fâcher. Le pacha avisé par le garçon rapporteur de nos conversations, se mit en colère, lui interdisant de dire des bêtises, affirmant que si les bateaux fantômes existent… la preuve, il en avait commandé un, que les sirènes ce n’est pas d’la blague, même qu’un mousse ramassa une « blenno » avec l’une d’elles, mais que sur mer les hommes motocyclistes… ça n’existe pas !
– Traversées de 30 et quelques jours… nous avons connu Kerdubon !… Pas de quoi perdre les pédales !... déclara Martial un habitué du banc des menteux.
– En effet mes amis ! Les jours suivants, on oublia. Entre leurs quarts, dans la chaleur équatoriale qui régnait sur cette baille sans la climatisation, les belotteurs reprirent leurs belottes, et les parleurs leurs parlotes, en un mot le carré retrouva le calme et le rythme de croisière habituel… si l’on peut dire. A notre arrivée à Hong-Kong, une « voiture à hublots » attendait sur le quai. Six hommes en blanc bien polis invitèrent notre lieutenant à venir faire une promenade. Le commandant lui-même referma la portière. La voiture à croix rouge démarra en trombe. Elle avait à peine tourné au coin des hangars, qu’une moto pétaradante déboucha et s’arrêta à la hauteur du pacha. Le motard ôta son casque rouge et ses lunettes, ouvrit l’une des sacoches de cuir ornée de gros clous de métal, pour en extraire un bidon… que nous reconnaissions fort bien… « Remettez ça au gars qui me l’a prêté !… mon brave !… Et dites-lui encore merci ! »… puis il disparut derrière les hangars avec son engin pétroleux.
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des paroles insensées, d’essence… complètement siphonnée !
Signé : Planchet

Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerbubon, nostalgique, clame son amour de la vie – Sur cette goélette de Tahiti, le pacha était cuité et dormait toujours entre deux verres, du matin au soir, et du soir au matin. C’était un parent de l’armateur chinois de Papeete qui avait un brevet de capitaine récupéré on ne sait où ni comment. Etant le second, je menais la boutique comme bon me semblait et le brave monsieur Chang était satisfait de mes services.
Une haute cascade servant d’amer remarquable, alimentait des vasques de basalte avant de précipiter son eau dans la mer à travers une cocoteraie, et une étroite plage. C’était une de nos aiguades dans cet archipel d’îles volcaniques très élevées. Un Tiki moussu en pierre noire veillait sur le site. C’était un samedi, nous avions mouillé pour la nuit qui s’annonçait bien calme. Les noires frégates menaient leur sarabande amoureuse dans le ciel bleu turquoise, indigo et or du côté du couchant. Certains de ces oiseaux, mâles en rut, ou bien des femelles en chaleur… arboraient un énorme jabot rouge en forme de cœur. A notre grande surprise, des pirogues avaient été montées aux abords de la cocoteraie verte aux frondaisons blondies par les derniers rayons de l’astre du jour, se balançant doucement au gré de l’alizé mollissant avec le soir. Des indigènes emplumés tapaient sur des tam-tams, et des femmes aux seins nus dansaient un tamouré à faire bander le plus sénile de la terre… or nous avions dans les vingt ans… pensez si notre ardeur était loin de la sénilité !
– On s’en doute Kerdubon… fais nous rêver de notre jeunesse loin derrière nous qui s’estompe avec l’oubli !… Dit Nicolas un nostalgique habitué du banc des menteux.
– Au fur et à mesure que nous approchions de la plage noire du sable de volcan, les odeurs de tiaré et autres fleurs, commençaient à nous enivrer. Nous avons abordé. Le bois de la quille de l’embarcation aux avirons rentrés, crissait sur les graviers et le sable. Les indigènes musclés, beaux comme des dieux antiques, souriaient en montrant une dentition à l’ivoire brillant comme de la nacre. Ils se sont précipités pour tirer notre chaloupe complètement au sec. Les femmes aussi souriantes passèrent alors des colliers de fleurs et coquillages autour de notre cou… ma parole, on se serait cru au temps de Bougainville ! L’une d’elles aux larges aréoles et au téton érigé, fit de ses bras un collier supplémentaire à mon propre cou et frotta son nez sur le mien !… Quelle escale allions nous vivre bon dieu de bois !… Téhari demanda : « D’où venez-vous ? Que fêtez-vous ?
– « Nous venons de la baie Akaopu de l’autre côté de l’île, nous fêtons te oraraa ! (la vie) »… Que la vie était belle !
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des paroles vivantes de Kerdubon.
Signé : Planchet


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