Archive for the 'Course' Category

1886, « Teaping », comme un cheval fou…

clippersA la fin du mois de mai 1886, quatre clippers appareillent le même jour de Fou-Tcheou (Chine) à destination de Londres. Ce sont quatre champions : Fiery Cross (695 t), Serica (708 t.), Teaping (767 t.) et Ariel (852 t.).
La course s’annonce serrée et tout le monde sait que son issue dépendra davantage de l’adresse des capitaines que des navires. Le défi est relevé sur chaque bord.
A Anjet, l’ordre des passages est le suivant : Fiery Cross (18 juin), Ariel (20 juin), Teaping (22 juin), Serica (22 juin).
Les capitaines forcent leur navire à l’extrême ; pas un espar ou un étai qui ne porte sa voile ; certains vont même jusqu’à établir des voiles triangulaires au-dessus de leurs vergues de cacatois. Des vitesses considérables sont atteintes mais aucun avantage ne se dessine.
Au Cap, les écarts se comptent en demi-journées. Puis, remontant l’Atlantique tout dessus, les navires se rapprochent de plus en plus ; les capitaines savent que leurs concurrents sont là, juste derrière l’horizon ; ils rusent au maximum…
A Sainte-Hélène, les passages s’échelonnent à quelques heures ! Ils passeront tous quatre en deux jours : Teaping, d’abord puis Fiery Cross, Serica, Ariel.
Du 9 au 17 août Teaping et Fiery Cross sont en vue l’un de l’autre mais les calmes équatoriaux vont modifier les positions ; Ariel plus à l’ouest touche du vent et prend la tête devant Teaping.
A l’entrée de la Manche, les deux navires sont toujours bord à bord ce qui ne s’était jamais vu…
A Beachy Head, Ariel a une heure (!) d’avance sur Teaping ; les équipages se voient très bien et à terre on suit l’arrivée avec fébrilité. Teaping se rapproche et parvient à 1 mille (1 852 m !) de Ariel. A l’entrée de Londres, le classement reste le même. Dix minutes de différence après une course de 100 jours, l’aventure est unique.
L’histoire ne s’arrête pas là ; les deux voiliers ayant pris leur remorqueurs remontent la Tamise, mais Teaping ayant un tirant d’eau plus faible que Ariel, double son rival qui attend la marée ; il entre dans son dock avec 20 minutes d’avance. Or c’est là que se joue la première place. Teaping a gagné !
Milady
• Image –  Ariel et Teaping à la lutte selon l’excellent L. Haffner.

Publicités

Histoire de remettre enfin, les pendules à l’heure

Pour des raisons évidentes, les officiels comme les communicants des organisateurs, se montrent peu prolixes sur la sécurité dans les grandes courses en solitaire. C’est que la question dérange. Or, nous, nous sommes têtus et ne sommes pas près de lâcher le morceau. Voici quelques précisions du commandant Marco qui peuvent éclairer nos lecteurs.
(…) Suivez le raisonnement « tordu » de notre Administration de la Mer :
1. Faire prendre un arrêté par le Préfet Maritime de l’Atlantique pour le départ du Rhum qui stipule que tout contrevenant à ColReg 72 (Règlement international pour prévenir les abordages en Mer) est passible de 2 ans de prison et 30 000 € d’amende (excusez du peu, vis-à-vis des budgets secrets des favoris qui se chiffreraient en millions d’euros !).
2. On peut toujours déroger à un règlement mais en aucun cas à une loi ! Donc ledit rédacteur de l’arrêté, fait ensuite référence à l’article L 5242-2 du Code des Transports, qui est un article législatif, donc auquel, on ne peut déroger !!!
3. ColReg 72 a été adopté dans le Droit français par une loi de transition, donc des dispositions non dérogeables.
4. Attendu que les concurrents du Rhum (…) contreviennent aux règles 3 (vitesse de sécurité) et 5 (veille visuelle et auditive + moyens appropriés en toutes circonstances) et que ce comportement a déjà causé la perte de 3 coureurs au large (2 dans le Rhum, 1 au Café) semble néanmoins encouragé, tant par les Autorités, les médias et la sphère financière.
5. Il est proposé d’asseoir au Banc des Menteux :
Le préfet maritime de l’Atlantique, le secrétaire d’Etat à la Mer, la ministre de l’Ecologie.
Et par contre, de décerner la médaille du courage au Commandant de l’AHTS (remorqueur-releveur d’ancres-et-ravitailleur) « Leonard Tide », Philippe Martinez, qui a sauvé d’une mort certaine 1 840 migrants, en effectuant « une veille attentive ».
Cdt Marco, Saint-Malo
• Notons que la Course du Café (Le Havre-Brésil) se court désormais en double, après la disparition du sympathique navigateur havrais : Paul Vatine.

Ce matin, Peyron tout seul à la Guadeloupe

Si cela vous intéresse, sachez que Loïck Peyron vient de couper ce matin vers 5 heures la ligne d’arrivée après sept jours quinze heures et 48minutes de course. Il réalise ainsi le meilleur temps de la course . Bien joué l’artiste !
Pour les survivants, (il y a eu pas mal de casse), la course continue.
Si vous êtes un inconditionnel de la transatlantique en solitaire, précipitez-vous sur les télés, radios, et autres média-papier qui vont tout vous dire… sauf ce qui fâche.

Les limites d’une « tolérance » injustifiée

• La course. Après la marée d’abandons du début, les bolides survivants foncent vers la Guadeloupe. Mais dès maintenant cette édition 2014, met en évidence les limites de la sécurité des skippers.
Les Règlements Internationaux exigent une veille permanente sur tous les navires ; or, en solitaire c’est juste impossible.
• On évoque parfois une tolérance plus ou moins facultative, mais rien d’officiel ne peut être présenté ; je me crois donc autorisé à poser ces quelques questions : tolérance, peut-être, mais en vertu de quoi ? Qui la délivre ? Sur quels critères ? Où est-ce écrit ?
Si Le Secrétariat général de la mer, le Conseil National de la Navigation de Plaisance, la Fédération Française de Voile peuvent nous donner quelques précisions, nous serons heureux de vous les communiquer. En attendant… attendons.
• Plusieurs lecteurs d’Escales proposent une solution simple qui règlerait le problème avec élégance. Il suffirait que la course ne soit plus en solitaire mais en double. On pourrait ainsi espérer – au moins en théorie – une veille permanente, sans recours à de petits aménagements opaques.
Aramis

Comment veiller 24 h/24 pendant une semaine ?

On ne va pas y revenir pendant 107 ans, mais la première nuit de course de « La Route » a vu plusieurs coups durs, dont certains provoqués semble-t-il, par un déficit de veille nocturne. Dans le cas de Coville, nous ignorons s’il s’agit du cargo ou du trimaran.
Ce type d’ accident posent le problème de la sécurité nocturne (et même diurne) pour les solitaires dans des zones à fort trafic.
• Il y a incompatibilité entre l’obligation naturelle de dormir et les règlements internationaux en vigueur .
Le Règlement International pour Prévenir les Abordages en Mer (RIPAM) établi par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) dit clairement :
Tout navire doit en permanence assurer une veille visuelle et auditive appropriée, en utilisant également tous les moyens disponibles qui sont adaptés aux circonstances et conditions existantes, de manière à permettre une pleine appréciation de la situation et du risque d’abordage.
De toute évidence cette obligation n’est pas respectée durant les grandes courses océaniques en solitaire. Toute impertinence mise à part : comment est-ce possible ? Merci à celui qui me l’expliquera.
Athos

La face cachée du Rhum 2014

Ça y est ! ils sont partis. Bon vent aux 91 bolides en route vers la Guadeloupe. Les quais de Saint-Malo se dépeuplent peu à peu, la fête se termine.
Pas pour tout le monde. Les organisateurs vont rester sur les dents pendant toute la course. Mais au fait, qui sont les organisateurs ? Si le dessous des cartes vous intéresse, voici.
La « Route » est organisée par la SAS Pen Duick (suivez mon regard), Société par Actions Simplifiée au capital de 50 000 € ; modeste, mais elle a réalisé un chiffre d’affaires de de 3 535 000 € en 2013. Pas mal. Cette société fait partie du Groupe Télégramme, depuis 2004 ; elle a vocation à organiser des courses océaniques et intervient à toutes les étapes de leur déroulement (concept, positionnement, relation avec les collectivités, recherche et gestion des partenaires, médiatisation). Elle a dans son giron les courses les plus célèbres vantant le café, le rhum, un grand quotidien, une compagnie de gestion financière. Une usine bien huilée. Et efficace ; elle aurait obtenu pour la « Route » de 2010 environ  57 h de TV, 40 h de radio, plus de 4 000 articles dans la presse à peu près gratuitement. Du bon business, rentable et facteur de notoriété. Son propre budget serait de 6 à 7 millions d’euros dont une partie (?) proviendrait de l’augmentation des droits d’inscription pour les plus grands bateaux.
Du côté des participants (sponsors), les investissements ne sont pas ceux de gagne-petits. L’argent coule à flot. Les concurrents sont classés en cinq classes, pour certaines le budget moyen serait de 75 000 € à 300 000 pour d’autres, de 200 à 500 000, sans parler des ténors qui dépassent largement ces chiffres. Tous, ou presque, soutenus par de grandes marques commerciales dont les noms s’affichent partout, sur la coque et les voiles.
La « Route » est donc un des rouages d’une énorme machine économique associée à une cascade de partenaires qui tous ont quelque chose à gagner dans l’affaire.
Tout est en ordre, rien d’illégal, mais sachez-le, il s’agit avant tout de faire du commerce. Les skippers, eux, (1) sont en mer…
(1) Nuit furieuse dès le départ, une demi douzaine d’avaries dont certaines fort sérieuses.
Aramis

Les grandes courses ne sont pas notre tasse de thé

Escales Maritimes, qui se place délibérément en dehors des circuits commerciaux, ne se croit nullement obligé de faire la pub des courses en mer sponsorisées. La mer-spectacle, la voile business, ne sont pas son affaire. C’est la raison pour laquelle nous n’abordons que très rarement ces sujets, souvent sur la pointe des pieds, toujours d’un œil critique. C’est pourquoi, aussi, nous ne nous mêlerons pas au concert commercial de la Transat qui se prépare à Saint-Malo. Notre intérêt est ailleurs.
• En revanche, nous saluons bien bas les skippers qui vont se lancer dans l’aventure, non pas parce qu’ils sont plus forts que les autres, mais parce qu’ils vont affronter seuls, un océan entier, dans des conditions de mer toujours sévères. Bonne route et bons vents à eux !
Il fallait que ce soit dit, c’est fait !
Aramis

La mal nommée « Coupe de l’America »

image00122 Août 1851, la reine Victoria s’adresse à l’enseigne de vaisseau sur le yacht royal :
– Dites-moi, les yachts sont-ils en vue ?
– Oui, s’il plaît à Votre Majesté.
– Qui est le premier ?
– L
America.
– Qui est le deuxième ?
– Ah, Votre Majesté
, il n’y a pas de second.
L’anecdote  est  connue mais histoire n’est pas à une ingratitude près. Après avoir « grillé » une marque du parcours que les quatorze autres bateaux en course virèrent, la célèbre goélette America coupa en tête la ligne d’arrivée talonnée par l’Aurora, à 18 minutes derrière elle sur un parcours de dix heures. L’Aurora est un cotre anglais incomparablement plus petit qu’elle. Il y avait bien un second et c’était lui. Si l’on avait tenu compte de son handicap comme cela était pratiqué dans les éditions antérieures de cette course, il serait arrivé vainqueur. On avait pour une fois fait exception pour accueillir les yachts étrangers…
• Revenons sur les faits :
La goélette américaine America, issue des bateaux-pilotes de New York, au dessin audacieux pour l’époque, traverse l’Atlantique pour démontrer au Vieux Monde qu’il est déjà dépassé.
Le gratin du yachting anglais se prépare à relever le défi sous le regard de sa reine. Nous sommes à l’île de Wight. Il faut en faire le tour. Le parcours est largement connu de tous, on contourne par l’extérieur la Nab Tower qui déborde l’île largement à l’est (1). C’est à la fois une règle de course et une règle de prudence tant les bancs de sable sont nombreux entre la tour et la côte. Las, les Américains qui avaient pris un mauvais départ, coupent court au mépris des risques de talonnage et prennent la tête de la flotte.
La polémique et les réclamations qui s’en suivirent n’entamèrent pas le flegme de la reine qui se rendit à bord d’America déclarée « vainqueur », mais elle fut fondatrice d’un esprit « coupe America » où les lawyers et les skippers se disputent encore aujourd’hui le résultat.
Francis Bergerac
(1) Ce point sera sujet de discussion car les Américains nieront avoir été informés de cette règle.
• Image – A ce stade de la course le cotre Aurora est en tête devant deux goélettes dont America (tableau AD Blake)

Des drones maritimes à l’assaut des océans !

Fallait s’y attendre. En 2018, devrait avoir lieu la première course autour du monde… sans équipage ! Les concurrents seront tous des drones nautiques (donc sans skipper embarqué) capables de boucler la boucle sans recourir à une énergie polluante, fossile ou nucléaire. Pour la circonstance, Christophe Guigueno, l’initiateur de la compétition, a créé le mot de Dronautic.
La course autour du monde ne devrait pas être « sans assistance ». Tout Dronautic sera équipé d’un système AIS pour être repéré par les autres concurrents et navires en navigation classique. Il aura également un GPS et une balise de positionnement pour transmettre des informations sur son parcours.
En tant qu’objet navigant pouvant transporter une cargaison, chaque Dronautic devrait embarquer un micro-laboratoire scientifique. Les données récoltées étant retransmises tout au long du parcours à une centrale d’information les diffusant aux équipes scientifiques qui les auront développées.
• A partir de maintenant, jusqu’en juin 2018, des équipes d’étudiants, architectes, ingénieurs, navigateurs se seront constituées pour déboucher sur un projet sérieux  conforme à une jauge qui reste à définir.
• Parcours :
– Date de départ : jeudi 14 juin 2018.
– Port de départ : ouvert à candidature.
– Parcours : port de départ – contours de l’Antarctique par les 3 Caps (Bonne Espérance, Leeuwin (ou Lewin), Horn) – retour au port de départ.
– Durée du parcours : 312 jours (temps de course de Suhaili à battre).
• Qu’on nous permette un petit bémol. Cette course a un grand avantage : elle n’expose pas la vie des hommes et ne cultive pas le goût de l’exploit individuel. C’est déjà beaucoup. En revanche, le communiqué lâche cette petite phrase qui va faire lever un sourcil à plus d’un : Un Dronautic n’est pas qu’un bateau de course, c’est aussi un bateau de fret, un cargo du futur. Il n’est pas certain que les marins professionnels pensent exactement la même chose.
Porthos

Les grands voiliers relâchent à Toulon

DSCN2566A partir d’aujourd’hui et jusqu’au 30 septembre, Toulon accueille 39 grands voiliers pour une escale de 4 jours. Moment rare où 11 bâtiments de classe A (de 40 à 120 m) mouilleront dans la Vieille Darse ; et pas n’importe lesquels, Krusenstern, Alexander von Homboldt 2, Belem… et d’autres célébrités. Les plus petits (classe B) mais aussi beaux, seront également de la fête : Adornate, Pandora, La Recouvrance… et quantité de superbes voiliers que nous ne pouvons citer.
• Un rassemblement qui s’inscrit dans la course des grands voiliers, l’ancienne Tall Ships’ Races, qui porte désormais le nom de Mediterranean Tall Ships Regatta. Une compétition plutôt formelle où le plaisir de naviguer sur des navires prestigieux passe bien avant l’obsession du classement.
A voir absolument si vous avez la chance d’être sur la Côte d’Azur. (Plusieurs bâtiments seront ouverts au public).
• Image – Le quatre-mâts barque russe Krusenstern (Photo Escales Maritimes).


Contact
« Escales Maritimes » est ouvert à tous. Contributeurs, informateurs, critiqueurs, approbateurs, suggestionneurs…
Pour ceux-là, une seule adresse : escales.maritimes@orange.fr

Archives

Faites connaître
Escales Maritimes !

Ajoutez ce lien dans votre site :
https://escales.wordpress.com/

Affichez cette bannière dans votre site en copiant le code suivant dans votre page html :
<a href="https://escales.wordpress.com/"><img src="https://escales.files.wordpress.com/2010/01/escales3.gif" alt="" width="180" height="60" /></a>

Les opinions émises ne sont pas nécessairement celles d'Escales Maritimes ; elles sont de la responsabilité de leurs signataires.