Archive for the 'Coup de gueule' Category

Les terre-neuvas n’étaient pas des personnages d’opérette

Image 1• Humeur – Tout d’abord ceci : nous avons le plus grand respect pour la grande pêche, pour les hommes et les bateaux qui en ont écrit le récit. Le plus grand respect, aussi, pour les institutions qui en font vivre la mémoire et, enfin, ceux qui se passionnent pour cet épisode grandiose de la vie maritime.
Parfois, pourtant, on a le sentiment que la légende l’emporte sur une réalité qui fut particulièrement horrible. Les humbles marins seraient ainsi devenus des hommes d’acier fiers de l’épopée à laquelle ils participaient. Un peu comme les cow-boys, simples gardiens de vaches, se sont transformés en héros de westerns grâce aux bons soins des compagnies cinématographiques. Les terre-neuvas méritent (ô combien) qu’on glorifie leur mémoire mais celle des petites gens broyés par la disette et qui acceptent des conditions effroyables pour survivre. Pas de prêchi- prêcha mais de la dignité…
• Il ne faudrait pas que l’épopée de la morue soit marchandisée comme un produit d’appel, pour faire la promo des ports morutiers de jadis. Attention, je ne dis pas qu’ils le font mais que certains pourraient être tentés de le faire. Qu’ils ne la fassent pas !
Et pour bien enfoncer le clou, voici un court extrait de bouquin de R.P. Yvon, « Avec les bagnards de la mer » (1) où l’aumonier des bancs évoque les premiers contacts d’un jeune mousse avec la vie du bord (l’adolescent découvre la cuisine).
« Il y avait pire et plus dégoûtant. L’horrible masure, juchée au plus haut du bateau et à l’extrémité arrière, multipliait le tangage ; elle s’enfonçait au plus bas des creux des lames pour s’élancer au sommet de leurs crêtes. A chaque ascension et à chaque descente, la nausée tordait l’estomac du cuistot avec une telle brutalité qu’un jet de « rouge » en jaillissait avec une violence de jet de pompe hydraulique.
Devant ce spectacle affreux, une stupéfaction et une angoisse affolantes envahirent tout l’être du petit mousse ; des nausées d’agonie révolutionnèrent son âme et son corps par des hoquets et des sanglots à convulsions violentes ; il lui sembla que tout le squelette de son corps et de son âme s’était disloqué et s’était effondré brusquement ».
Il y en a 200 pages comme ça… qui racontent l’horreur d’un métier quasi obligatoire pour les populations côtières qui n’ont que ça.
Alors, rendons hommage au courage des terre-neuvas, mais hors des arrières pensées commerciales et du monde futile. Par humanité, tout simplement.
Cyrano
(1) « Avec les bagnards de la mer », R.P. Yvon, Editions l’Ancre de Marine, Saint-Malo, 1987.

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Pour chérir la mer… encore faut-il la voir !

• Coup de gueule – Ceux qui ont connu la côte du Bas-Languedoc dans les années 60 se souviennent sans doute de l’immense plage de sable vierge qui s’étendait de l’Espiguette à Frontignan. 30 km de littoral, désert, libre accessible à tous où les campeurs prenaient soin de dresser leur tente à 300 m de la vôtre. Un paradis pour l’homme libre. C’était le temps où Sydney Béchet, Boris Vian, Claude Luther faisaient sautiller les jeunes gens dans les caveaux parisiens.
• Et puis un jour, ont surgi les pyramides de la Grande Motte, comme ça, brusquement, aussi moches qu’incongrues. Dès lors le rivage s’est mité de villas Sam Suffi et autres Abris côtiers (riez, c’est si drôle !) jusqu’à former un ruban continu sur la dune. Maintenant, c’est foutu, le Mur de la Méditerranée est achevé.
Or, un coup d’œil à la carte des zones submersibles, montre combien cette frange côtière est fragile. Tout est bâti sur du sable (il n’y a que ça), au raz de l’eau, ou récupéré sur des espaces lagunaires. Je ne donne pas cher de sa résistance si une fille de Xynthia passait par là, ce qui est toujours possible. Et comme je suis curieux, j’aimerais savoir qui a décidé de construire ici ; qui a promu les lotissements pieds dans l’eau, ici : qui a signé le permis de construire, ici ; qui l’a approuvé ici en préfecture, et finalement qui n’a pas respecté les lois de la République : ici ?
• Allez, je me calme, je suis sûr de recevoir la semaine prochaine une liasse de réponses à mes légitimes et citoyennes interrogations.
Quoi, je rêve ? Ah ! j’oubliais, c’est vrai qu’on est en France…
Aramis

Du Concordia à la Faute s/Mer, parallèle insolite

• Coup de gueule – S’agit pas de lancer une polémique mais d’établir un petit parallèle. Nous apprenons que le verdict du procès du commandant Schettino le patron du sinistre Concordia au moment du drame, est attendu début février. On sait que le parquet a d’ores et déjà requis 26 ans et 3 mois de prison (!) pour le capitaine, coupable, entre autre, d’avoir abandonné son navire en train de couler
J’ignore les détails du dossier mais tout le monde comprendra qu’une sanction sévère était prévisible. La faute est lourde. Cela dit, que reproche-t-on à Schettino ? De s’être livré à une pratique imbécile mais tolérée (encouragée ?) par Costa Croisières, (la « révérence ») qu’il n’a pas su maîtriser. C’est grave, très grave, 33 morts au total… Mais il n’en a tiré que de gros emmerdements et aucun profit personnel.
• On est comme on est ; moi je ne peux m’empêcher de rapprocher ça de l’affaire de la Faute-sur-Mer où le maire et sa clique ont monté un système mafieux, organisé, pour des histoires de gros sous. Cette fois 50 morts… et quatre ans de prison que de bonnes âmes jugent exorbitants.
• Ça ne vous paraît pas bizarre ? Tout homme de bonne foi s’interrogerait sur le sens des responsabilités accordé par la justice (?) d’un pays à l’autre. Dans l’un des cas c’est pitoyable, dans l’autre, ignoble.
Drôle de monde, drôle d’Europe…
Et qu’on ne me dise pas que je défends une coterie d’officiers de marine, comme cela se dit parfois : je ne suis pas officier de marine et il y a peu de chance que je le devienne… Je ne suis qu’un citoyen, j’observe mon pays et j’observe l’Europe. J’ai parfois des surprises.
Porthos

La FIN découvre le problème des places de port !

• Coup de gueulePas content l’ami Bergerac… Et pas sa langue dans sa poche pour le faire savoir ! La liberté d’expression, ça existe (heureusement) ; Escales lui donne la parole.
Savourons ce pur joyau d’intelligence visionnaire. La FIN, à la bonne heure, s’inquiète de savoir si les jeunes d’aujourd’hui seront les plaisanciers de demain (1). Elle a raison la FIN de s’émouvoir du sujet. Ses mandants auraient beau jeu de lui reprocher sa belle indifférence.
Quelques jeunes étudiants, stagiaires-enquêteurs-corvéables, montent à l’assaut des pontons pour y traquer la docksides de moins de quarante-cinq ans.
Bonheur des sondages, vous y trouvez toujours de quoi vous rassurer à condition d’en être le commanditaire.
Que disent les Jeuns’ à la FIN :
1 – Ce n’est pas l’argent qui nous freine pour l’achat d’un bateau (esquisse d’un sourire : M. Lyon-Caen, industriel, éprouve une bienveillante proximité avec la génération montante).
2 – Non, ce sont ces affreux ports. Ils nous font lambiner des années, des générations presque. Mon père, rapporte l’un d’entre eux, m’avait inscrit en liste d’attente quand je suis né et je viens d’y mettre mon fils. J’ai mis le jumeau dans le port d’à côté.
Stupéfait mais ravi M. Lyon-Caen découvre le problème. Il sait qu’il suffit de se mettre autour d’une table avec les professionnels pour enfin le régler. Nous, éternels pisteurs de postes d’amarrages, nous le connaissions depuis trente ans. Trente ans déjà que nous observons cette profession inerte et prisonnière de ses conflits internes (2).
Quand les ports s’éveilleront… ils comprendront peut-être ce que nous leur demandons. Ils nous offrent des places, c’est un service que nous voulons. Celui qui nous permet d’accéder à la mer. Aucun d’entre nous ne réclame de nouveaux parkings qui défigurent les côtes, l’existant suffirait largement s’il était mieux utilisé. Oui, le jour où les ports s’éveilleront, ils jetteront à la baille le carcan une place-un homme-un bateau. Ils découvriront, le juste-à-temps, la logistique de flux, le bateau alternativement à sec ou à flot, la mise en réseau pour échanger les places… Bref, les besoins du client comme on dit partout dans le monde sauf dans l’étrange univers du port.
Faut-il attendre d’être mort pour voir enfin briller l’intelligence ?
Vive la plaisance des Jeuns’ ! A bas les ports de plaisance de Grand Papy !
Francis Bergerac
(1) Interview donné au site  Actunautique par Yves Lyon-Caen, président de la Fédération des Industries Nautiques .
(2)
La Fédération Française des Ports de Plaisance « fédère » à peine le quart des ports français. Chaque portion du littoral à sa propre fédération.

Quatre ans de taule pour 29 morts, c’est cher ?

• Humeur – Comme on le sait, l’ancien maire de la Faute-sur-Mer et son adjointe viennent d’être condamnés respectivement à 4 ans et 2 ans de prison ferme (1). C’est un jugement très sévère (voire injuste) clament d’autres maires de communes littorales qui doivent ne pas se sentir le nez très propre. Allons, messieurs, est-ce vraiment si cher payé pour l’homicide de 29 personnes victimes d’un système mafieux où tout est une affaire de gros sous ?
• Je ne sais rien de l’ancien maire ni de son adjointe au tourisme, et je me moque de leur couleur politique (en ont-ils une ?). Mais quand j’entends ce monsieur déclarer « Voilà comment on s’y prend pour abattre un élu de la République » je bondis de ma chaise. Elu de la République ? Certes, mais en qualité de premier magistrat de sa ville, il devait être le premier à défendre et appliquer la loi de son pays. Il ne l’a pas fait.
• D’autres maires soutiennent que c’est l’Etat qui n’a pas fait son boulot. Ben voyons. Si ce n’était pas si grave, on éclaterait de rire. Ce n’est tout de même pas l’Etat qui a monté tout un système immobilier pour se faire du blé sur le dos de résidents inconscients du danger ! Nettoyez d’abord devant votre porte messieurs, et songez aux morts qui vous regardent…
• Une nouvelle fois, il est urgent d’appliquer la Loi littoral et si possible la durcir. Pas bêtement, sans tenir compte de réalités immuables, mais avec conscience, respect des gens et de la nature. Difficile ? oui. Impossible ? sûrement pas. N’oubliez pas, braves gens, il y aura d’autres Xynthia…
M. D.
(1) Responsabilités suite au passage de la tempête Xynthia dans la nuit du 27 au 28 février 2010.

La mer ? Juste l’écume de l’information…

DSCN2198Moi qui vous parle, j’accuse les Etats, la Marine (pas seulement française) les Instances internationales, les grands médias de délit de sous-information maritime. Du superficiel, rien que du superficiel… S’il se passe quelque chose sur la mer, on ouvre le Tam tam, la Com’ fait mousser un max et pfuit ! tout s’arrête. Silence radio, circulez y a plus rien à voir. L’émotion retombe.
• Des exemples ? Le Bugaled Breizh. Cinq morts, c’est jugé, on ne saura jamais ; les militaires ont choisi l’omerta ; qui s’en souviendra ? Le Lyubov Orlova. Ce bateau fantôme qui erre sur l’Atlantique et gît peut-être au fond, personne ne sait où il est ; on retrouve les boîtes noires des avions mais pas un navire de 100 m de long ; tu parles… Les armes syriennes. Sans quelques ONG on saurait seulement qu’elles ont (peut-être) été neutralisées en Méditerranée, mais où, quand, comment ? Pas de détail, c’est trop sérieux. Le Concordia. A de rares exceptions tous les médias citent 32 morts, alors que c’est 33 ; bof, un de plus, un de moins… d’ailleurs, même pas Français. Fukushima. On apprend aujourd’hui (presque par hasard) que, ben oui, les fuites d’eau radioactives (qui n’ont jamais cessé) continuent de se déverser dans la mer ; trois ans après le désastre.
A croire que la civilisation maritime n’intéresse plus personne.
• Ce qui se passe en mer est négligeable, les grands médias s’y intéressent peu, très peu, c’est du fait divers. Tout le monde le sait : la mer ça sert surtout à la bronzette ou à la pêche à la crevette. D’ailleurs, elle est si grande que tout s’y dilue, alors pourquoi s’en faire ?
Et nous, à Escales, en veille à la passerelle, regardons tout cela d’un œil effaré. Est-ce possible ? Comment négliger ce qui se passe sur 72 % de la planète ? Comme si la vie maritime méritait moins que la Coupe du monde, le  Dakar  ou le maillot jaune du Tour de France. Consternant…
M. D.
• Image – Pour l’ambiance, (et pour le plaisir) cette forte aquarelle de notre complice Christophe Verdier.(Le Malabar par temps frais)


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