Très important : « Escales » reprend le large

Oyez, oyez, braves gens…
Vous avez sans doute remarqué une petite baisse de régime d’Escales Maritimes, depuis quelques temps ; cela mérite une explication. La voici.
Le principal animateur de votre site préféré (moi qui vous parle) vient de passer une petite semaine à l’hôpital pour une escale technique non programmée. Bon. Tout semble rentré dans l’ordre, nous allons reprendre un rythme plus équilibré.
• Je demande aux fidèles d’Escales de m’en excuser, et de continuer à nous proposer des sujets, les commenter et les enrichir comme ils l’ont toujours fait. Je pense notamment (mais il y en a bien d’autres) à Francis Bergerac, Henri Bourdereau, Claude Briot, Alain Boucher (le québécois), maître Jiheldet, Jean-Paul Hellequin, et le fameux Kerdubon dont les « menteux » se délectent.
Merci à eux, et a quelques milliers d’autres, de nous maintenir leur confiance. Car l’histoire est loin d’être terminée. Sur la Baie du Stiff le ciel se gâte ; à bord de l’Abeille Bourbon, Thierry Choquet et ses hommes sont prêts… (Salut Thierry ! On se voit cet été…)
Vous le voyez, tout continue comme avant.
Aramis

Transport à la voile, oui, mais…

L’entreprise est des plus séduisantes : développer une liaison permanente entre la France et la Grande-Bretagne, pour le transport à la voile de denrées alimentaires… notamment liquides (1). Les arguments écologiques ne manquent pas, l’enthousiasme non plus et plusieurs organismes officiels soutiennent le projet.
• Menée en collaboration avec Transoceanic Wind Transport (TOWT) l’opération semble disposer de tous les atouts pour réussir.
Tous ? C’est pas sûr…
• Notre monde est ce qu’il est et il faudra attendre pour savoir si la sacro sainte rentabilité est au rendez-vous. D’abord les caprices du vent, ne peuvent assurer une livraison à date fixe ; ensuite la clientèle est-elle mûre pour accepter les aléas de ce moyen de transport ? Enfin, les bateaux sont-ils adaptés à ce type de marchandises ? Je lis que Biche fait partie de la flotte, mais Biche est à l’origine un thonier et non un voilier travaillant au bornage (2). Toutes choses impliquant des modifications lourdes et coûteuses, qu’il faudra bien intégrer à l’exploitation  (aménagements des cales, de la sécurité, propulseurs, etc.).
Alors, en souhaitant très sincèrement la réussite du projet, ayons le courage d’exprimer quelques réserves sur son destin qui n’est pas encore assuré.
Mousqueton
(1) Déjà évoqué par Escales les 11 mai et 16 juin 2013.
(2) Petit cabotage dans un rayon de 25 milles du port d’armement.

On le sait : tous les bateaux naissent en forêt…

ForetMarine• Carte postale du Québec – « Tous les bateaux naissent en forêt » ce délicieux sous-titre de l’ouvrage de Jean-Marie Ballu, Bois de marine (Gerfault, 2000) a trouvé toute ses dimensions au Nouveau Monde, sur les pentes boisées d’un modeste accore aux Éboulements, en rive gauche de notre Mer à nous. Depuis le début du XVIIIᵉ siècle, le village des Éboulements (voir la carte postale du 10 mars 2014) a construit sa forte identité par la mise au monde de marins, fils de marins et petits-fils de marins, et la construction des bateaux pour les faire naviguer sur le Saint-Laurent. Simple prédestinée ? Il y a toujours eu là de l’eau en profondeur, du bois en quantité, une agréable pente à lancer des embarcations, un savoir-faire riche et aisément transmissible et aussi… d’aimables nuits sous les étoiles, loin des villes et leurs épivardages et distractions.
• Or, les temps ont changé et si les marins sont restés nombreux, avec leur savoir-faire, leur rivage pentu et leur Saint-Laurent, le bois est venu à manquer, pour des raisons qu’on devine mais qu’il n’est pas utile de relater ici. Le Musée maritime de Charlevoix, né en 1981 à l’endroit même où se bâtissaient autrefois ces bateaux (voir la carte postale du 4 avril 2014), a entrepris depuis 2008 de remédier à cette privation de matière première en créant la Forêt marine. Bien sûr, personne n’ira bûcher là encore cette année. Toutefois, sans préciser d’échéance, les créateurs visionnaires de ce précieux lieu désigné désirent léguer à la postérité 5 000 arbres matures des essences de chêne blanc (Quercus alba), pin blanc (Pinus strobus), bouleau jaune (Betula alleghaniensis), érables à sucre et rouge (Acer saccharum et rubrum), et épinette (Picea sp.). Il y aura là de quoi construire deux goélettes, pratiquant les techniques traditionnelles de charpenterie en usage dans cette région entre le début du XIXᵉ siècle et le milieu du XXᵉ.
• D’ici là, l’aménagement et la gestion de la forêt marine auront été confiés à la Faculté de foresterie et de géomatique de l’université Laval de Québec. Les étudiants des trois cycles de cette école de grandes expérience et renommée utiliseront la forêt comme laboratoire, notamment en réhabilitation de forêts feuillues dégradées. Les professeurs pourront y œuvrer en sylviculture et aménagement intégré de forêts habitées, en aménagement écosystémiques et biologie de conservation. La forêt marine occupe 42 hectares sur un flanc abrupt de colline, bien irrigué et exposé aux quarts sud. Les arbres qui croissent dans ces pentes raides développent les courbures désirables pour la charpente marine.
Le partage des savoirs marins et sylvicoles étant assuré et l’horizon de maturité des bois presque en vue, la forêt marine s’offre entre temps à la découverte par le public curieux et les randonneurs. Un sentier est accessible en toutes saisons, pour une balade d’une heure dans cette forêt où naissent lentement les bateaux. Ayant fait là l’expérience du sujet, on pourra s’y prendre à rêver du bruit des haches et godendards ; à imaginer s’abattre les pins pour s’élever les membrures ; à humer les odeurs des copeaux de chêne et pourquoi pas, le salin d’une excursion sur notre Mer à nous dans une goélette toute neuve.
• Fureter sur la Toile vous mènera au Musée maritime de Charlevoix, sa forêt marine et tout son trésor laurentien : http://www.museemaritime.com/fr/
Alain Boucher, le rédacteur
PS – Merci à l’ami Alain de préciser prochainement les termes un peu trop « québécois » peu accessibles pour nous, issus de la vieille France.
• Photo : En 1917 aux Éboulements-en-Bas, il n’était pas question de réhabilitation de forêt marine : elle s’y trouvait déjà, en arrière-plan de cette photo. (Le quai des Éboulements, source inconnue)

Pierre Péron « A l’ancre ! »… et à Brest

dp_pierre_peron-1Jusqu’au 2 novembre 2015, le musée de la Marine de Brest (Château) présente une expo sur l’œuvre d’un artiste à forte personnalité.
• Pierre Péron (1905-1988) « À l’ancre ! » est un parcours original dédié à ce créateur éclectique et à son ancrage brestois. L’expo met en dialogue l’œuvre de l’artiste avec les collections permanentes du musée, telles l’exposition « Il était un petit navire » ou les  » bateaux jouets » et les panoramas offerts depuis les remparts.
• Cet évènement est une invitation à la découverte de ce « diable d’homme», à travers un voyage onirique dans le temps et l’espace… maritimes.
• « Pierre Péron – A l’ancre ! » – Ouvert tous les jours, tarif et réservation : Tél : 02 98 37 75 51 ou brest@musee-marine.fr
• Illustration – Pierre Péron – Visite du château, La Dépêche de Brest, 1937. Collection particulière.

Coucou ! C’est moi la Calypso…

calypso4-1De nouveau, ça discute ferme autour du destin de la Calypso. Le vieux dragueur de mines devient encombrant et Monaco n’a pas encore dit oui. D’ailleurs, est-ce si important que ça ? (Voir la saga en cliquant sur Cousteau/Calypso).
• La directrice de la communication de la Fondation Prince Albert II de Monaco affirme que la Principauté est très attachée à l’homme au bonnet rouge. Bon. Toutefois, cette estimable personne vient de montrer le bout de l’oreille en proposant plusieurs possibilités pour le bateau : « soit on le garde sur l’eau, soit on le fait visiter au sec ». Choix délicat, car la différence est grande, surtout du point de vue financier et de l’intérêt du public
A moins que l’intérêt de Monaco soit ailleurs, par exemple dans la récupération de la documentation scientifique et produits audiovisuels liés à la vieille carcasse.
Athos
• Image – L’une des dernières photos de la Calypso, encore à flot… et en piteux état.

Pseudo-Quiz n° 165 – Testez vos connaissances

Quel érudit a écrit cette forte phrase qu’Escales apprécie beaucoup. (Ça se passe au cours d’une bagarre dans un port grec…) :  » nous on a pris la bordée du large, pour faire courir un peu nos mousquetaires » (Athos, Porthos et Aramis en frémissent encore).
• Réponse à la fin du prochain pseudo-Quiz.
• Réponse au pseudo-Quiz n° 164 : le rythme imposé pour la vogue « normale » est de 12 à 15 palades soit autant de coup de rames par minute. Mais on rame plus longtemps…
(Source « Des mots de voile et de vent » – Maurice Duron – Autrement).

Nomination à la Marine Marchande

Le ministre de l’Ecologie et Secrétaire d’Etat chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, ont nommé Marie-Françoise Simon-Rovetto à la Présidence du Conseil Supérieur de la Marine Marchande (CSMM).
Le CSMM est composé de 7 représentants de l’Etat, de 12 représentants des armements maritimes et des ports, de 12 représentants des personnels maritimes et portuaires, ainsi que de 8 personnalités « qualifiées ». Si nous avons bien compris, c’est lui qui s’occupera désormais de la Plaisance.
Il serait prématuré de faire, aujourd’hui, un commentaire sur les grands choix de la présidente dont les compétences culturelle et éducative sont bien connues. Attendons pour voir…

Les escales du banc des menteux

• Où Kerdubon crée la débandade au Poste de bande – Pour éviter que des amiraux se mangent la gâpette en voulant pistonner un petit protégé, l’Etat-major plus futé qu’on ne le pense, désigna pour le Broutard le PC affecté à Saint-Tropez pour assister l’usine de torpilles de Cogolin, le plus bête des brevetés provisoires de seconde classe, sorti avant-dernier de l’Ecole des timoniers, privé du cours d’EOMR, dont on avait cassé le sursis soi-disant par erreur, et envoyé manu militari sous les drapeaux, forcément pistonné par aucun gradé de la Marine Nationale… votre serviteur Kerdubon !
– Tu nous l’as déjà dit mon ami !… viens au fait !… interrompit René, adepte du banc des menteux, un ancien des cols bleus qui était chatouilleux lorsqu’on grattait les démangeaisons de son ancien métier, cela se comprend !
Les torpilles fabriquées par l’usine, devaient être mécaniquement essayées. Le Broutard  à une certaine distance dans la baie de Saint-Trop’ se plaçait perpendiculairement à l’axe du tube fixe de l’usine, ce qui prenait un certain temps. Un hélicoptère « Bell » faisait évacuer le plan d’eau, ce qui prenait encore du temps en raison des plaisanciers et pêcheurs nombreux en période estivale. (On n’allait pas procéder aux essais par mauvais temps ou fort mistral). Puis enfin, l’équipage du patrouilleur côtier se plaçait sur le pont au poste de bande généralement à tribord. Lorsque tout était clair, le tir signalé par un pavillon hissé avait lieu. A 50 nœuds, le cigare de métal passait à deux mètres sous la coque du navire, puis faisait surface plus loin, pour que nous allions le récupérer. Le matelot qui voyait l’engin passer sous lui levait le bras. A l’usine, on vérifiait si le cap de la bête était correct. Jusque-là rien d’extraordinaire. Depuis des années on procédait de cette façon. J’étais avec mon pacha dans la passerelle supérieure, la baignoire. C’était un brave officier sorti des équipages à quatre galons mérités et non systématiques, bloqué à ce grade comme ses collègues, pour ne pas concurrencer les élites sortis de l’Ecole Navale terminant comme amiraux.
« Excusez-moi Commandant, ces torpilles sont bien réglées, mais si l’une déraillait et était moins profonde, croyez-vous que sans exploser puisque inerte, elle pourrait percer notre faible coque fatiguée par son âge ?
– Certainement timonier ! Et juste à l’endroit où la dernière a passé, qu’y-a-t-il ? – Tu le sais bien, le stock d’obus de 75 qui d’ailleurs ne va pas avec le calibre de notre canon américain !… Nom de dieu !… Au poste d’appareillage, on part à Toulon décharger ces pruneaux ! ».
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des paroles explosives de Kerdubon !
Signé : Planchet

Le Roi Gradlon, en guise de cadeau souvenir…

DSC_0170On le sait, après 66 ans de bons et loyaux services le Roi Gradlon, baliseur côtier a pris sa retraite au Port-Musée de Douarnenez.
• Construit en 1948 au Havre, le Roi Gradlon, était l’un des 2 baliseurs côtiers utilisés par l’Administration des Phares et Balises. Il avait en charge 60 tourelles, 220 bouées et 250 balises de la Baie du Morbihan. Long de 35 m et 7 m de large, avec un tirant d’eau de 3,20 mètres, le navire était équipé d’un matériel complexe dont une grue hydraulique de 36 tonnes et un treuil hydraulique.
Tous ceux qui ont écrasé des crabes dans cette région se souviennent de son élégante silhouette dont l’approche méritait parfois un détour.
En souvenir de ces temps révolus, Christian Biard nous offre cette belle image du bateau, quittant Port haliguen (Quiberon) dont Escales le remercie bien vivement.

Les naufragés perdus du clipper Tamaris

Ile aux Cochons aux Crozet en 1889Pour rebondir sur l’information d’Escales Maritimes du 5 avril 2015 concernant l’exposition de Baden Cap-horniers et Robinson dont on peut saluer l’initiative,  je voudrais rappeler l’histoire incroyable mais véridique des naufragés du Tamaris qui avaient attaché au cou d’un albatros un morceau de fer blanc avec ce message en français inscrit dessus : « Treize naufragés sont réfugiés sur les îles Crozet, 4 août 87 » comprendre 1887. Cet albatros a été trouvé mort sur la grève de Fremantle en Australie du Sud-ouest le 22 septembre suivant ce qui permit de déclencher les secours. L’aviso de transport français Meurthe de la station de la Réunion fut dépêché aux Crozet.
Le 3-mâts clipper en fer de 670 tonnes de port en lourd Tamaris armé par les frères Bordes était parti de Bordeaux pour Nouméa sans escale le 3 décembre 1886 avec 13 hommes seulement, le capitaine Jean-Pierre Majou compris. Normalement, sauf avaries, il devait atteindre la Nouvelle Calédonie aux environs du 15 mars 1887 et rentrer en France par le Cap-Horn. Ne donnant pas de nouvelle à partir de cette date, des avis de Bordeaux du 16 juillet font part de graves inquiétudes sur son sort. En août 1887, il est considéré comme perdu par le Llyod, sa compagnie d’assurance.
En février 1888, le Journal du Havre rend compte du résultat de la mission du lieutenant de vaisseau Richard Roy commandant le Meurthe. En arrivant à l’île aux Cochons (1) celui-ci trouve une lettre du capitaine Majou enfermée dans une caisse. Tamaris s’était échoué par brume épaisse sur l’île inhospitalière des Pingouins (2) le 9 mars 1887 et s’est déchiré la coque. Parvenu à se dégager, il a sombré trois quarts d’heure plus tard à 3 milles de l’île. L’équipage rescapé arrive le 11 mars sur l’île aux Cochons voisine inhabitée avec un peu d’eau et 150 kg de biscuits de mer. Il y trouve les vivres de secours aux naufragés et des vêtements déposés dans une hutte 8 ans auparavant par le navire de guerre anglais Comus. Ils survivent à la Robinson Crusoé jusqu’au 30 septembre après avoir lancé leur improbable appel au secours avant de se décider d’aller sur une autre île des Crozet, la Possession, espérant y trouver un autre dépôt de vivres pour naufragés ayant épuisé le précédent. Mais le 3 décembre 1887 le lieutenant Richard Roy constate que le dépôt de la Possession est intact et ne trouve pas de naufragés sur place. Il en déduit que les embarcations portant l’équipage du Tamaris ont été emportées vers le sud et englouties en mer. Depuis ce drame, la toponymie de l’Archipel des Crozet s’est enrichie d’une baie Tamaris et d’un cap Majou. Pendant un temps il aura attiré l’attention de l’opinion publique sur ces iles désertiques françaises de l’océan Indien perdues dans les cinquantièmes rugissants.
Claude Briot 
(1) Une des îles de l’Archipel des Crozet.
(2) Autre île des Crozet.

Source : Claude et Jacqueline Briot : Cap-Horniers Français Tome 2. Histoire de l’Armement Bordes et de ses navires page 387. Chasse-Marée. Douarnenez 2003.
• Illustration : L’île aux Cochons dans l’Archipel des Crozet sur laquelle les naufragés du 
Tamaris ont survécu pendant 6 mois et demi. Dessin extrait du Journal des Voyages du 15 septembre 1889. Bibliothèque personnelle.


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