Archive for the 'Portrait de bateaux' Category

Portrait de bateau : le « Nero »

_DSC2023Vous le savez, les super yachts ne sont pas franchement notre tasse de thé, mais ce sont pourtant des bateaux…
En voici un qui, indépendamment de son luxe insolent, garde la distinction d’un véritable petit paquebot « à l’ancienne ». Il ne ressemble en rien aux engins interplanétaires qu’on voit parfois sur l’eau.
C’est le Nero,photographié ici par l’ami Michel Grellier, à Monaco. Ses mensurations sont des plus généreuses : 90 m de long, 12 m de large, tirant d’eau 4,7 m, vitesse 17 nœuds. Silhouette classique, confort (très) haut de gamme. Au final, on trouve tout de même qu’il a une bonne bouille.
Construit en Chine et lancé en 2007, il dispose d’un équipage de 20 marins pour… 12 passagers. A l’aise, Blaise…
Il a connu diverses vicissitudes et des propriétaires successifs ; il est désormais exploité en location au prix discount de 322 000 € par semaine.
Bien entendu, il est immatriculé aux Iles Caïman mais ça, vous l’aviez déjà deviné…

La Barque de la Manche est l’Armance Marguerite

Dans un récent « portrait de bateau », Escales a évoqué plutôt brièvement la Barque de la Manche, illustrée par un bateau immatriculé HOT 64. Ce détail n’a pas échappé à François Renault, l’un des tous premiers experts français en matière de bateaux traditionnels, qui nous adresse ces quelques précisions. Nous l’en remercions bien chaleureusement.
La barque HOT 64 est l’Armance Marguerite lancée le 8 mars 1909 à Saint-Vaast-la-Hougue par le constructeur Lecordier pour les armateurs Prentout de Fécamp et Bellanger de Trouville. Les chantiers de ce port ne construisent plus de barques pour le chalut depuis la fin du XIXᵉ siècle. En 1922, l’Armance Marguerite rejoint le quartier de Trouville. Elle jauge 19 tx 73. En 1929, cette barque coule dans le port de Fécamp.
• Les matricules de Honfleur Trouville ont varié plusieurs fois : jusqu’en 1870 les bateaux de Honfleur Trouville sont HO, puis jusqu’en 1882, HOT. De 1882 à 1914, Honfleur reste HO et Trouville TR. Puis de nouveau HOT. En 1930, CT (Caen Trouville) puis C et enfin CN… En 1920, Bernard Macario installera son chantier sur la rive gauche de la Touques en construisant, avec Georges Hamel, un grand nombre de bateaux pour la plaisance, et bien sûr, pour la pêche, mais le moteur avait remplacé la voile.
Escales

Portrait de bateau : la Barque de la Manche

barqueLe concept de la Barque de la Manche résulte d’une évolution des techniques navales et des modes de pêche pratiqués en Basse Normandie. Ce bateau apparaît vers la fin du XVIIIᵉ siècle dans l’Est du Cotentin pour « remonter » ensuite vers la Baie de Somme. A cette époque, les bateaux sont encore tirés au sec à chaque marée ce qui explique leur modeste dimension d’une douzaine de mètres.
• La Barque de la Manche porte un gréement simple, foc, trinquette, grand voile à corne et bordure libre, plus un flèche, éventuellement. Sa carène est puissante mais fine, arrière à voûte, comme on le voit sur l’image. La coque est évidemment en bois, bordée à franc bord.
La pêche pratiquée (chalutage) exige force et robustesse, ce qui conduit durant le XIXᵉ siècle à des unités plus grandes atteignant parfois une vingtaine de mètres. Les maîtres charpentiers de Fécamp en produisent en grand nombre. Mais ces dimensions les rendent délicates à manœuvrer et obligent à les remplacer peu à peu par des dundées (voilure plus divisée) au lendemain de la Première guerre.
Reste que ces voiliers de travail, bien adaptés à leur fonction et aux conditions de pêche, gardent une élégance  rustique, proprement admirable. La carte postale que nous reproduisons (postée en 1936) provient d’Onival, près du Tréport.

Portrait de navire(s)

goelCe n’est pas tout à fait un portrait de bateau, mais plutôt un descriptif sommaire d’une des deux goélettes de la Marine nationale l’Etoile ou La Belle Poule. Sans prétendre être très révélateur, ce descriptif ne vise qu’à rafraîchir notre mémoire sur le gréement de ces magnifiques unités qui valent bien, à mon sens,  un grand voilier moderne.
• Les jumelles sont du type goélette paimpolaise à hunier, à rouleau, construites à Fécamp en 1932 par les Chantiers navals de Normandie. A quelques détails près, elles sont identiques. Longueur HT 37,50 m, maître bau 7,40 m, tirant d’eau lège 3,65, déplacement 275 t. Elles sont armées à la formation des cadets de la Royale. Pendant la guerre, elles faisaient partie des Forces Navales Françaises Libres. Il est inutile, par ailleurs, d’insister sur leur parfaite élégance.
Dessin : 1/Tableau arrière – 2/Porte de coupée (invisible, juste devant le poste de pilotage) – 3/Youyou – 4/Bossoir d’embarcation – 5/Rouf avant – 6/Barre à roue – 7/ Beaupré – 8/ Sous-barbe – 9/Martingale de foc – 10/ Foc – 11/ Petit foc – 12/ Trinquette – 13/ Mât de misaine – 14/ Mât de hune – 15/ Vergue de volant – 16/ Rouleau – 17/ Vergue fixe – 18/ Chouque de mâts  – 19/ Cuisine – 20 Hunier – 21 Misaine – 22/ Corne de misaine – 23/ Gui de misaine – 24/ Voile d’étai – 25 / Etai de petit mât de hune  – 26/ Etai de grand mât de hune – 27/ Pomme de mât (invisible) – 28/ Flèche – 29/ Grand voile – 30/ Enflèchures – 31/ Bastaque – 32/ Patara – 33 / Balancine – 34/Rouf arrière – 35 Poste de pilotage – 36/Grand-mât – 37 /Grand-mât de hune – 38/ Maroquin – 39/ Gouvernail – 40/ Etrave – 41/ Guibre – 42/ Elongis – 43 / Ecoute de trinquette – 44/ Drisse de mât – 45/ Drisse de pic – 46/Bras tribord de vergue de volant – 47/ Bras tribord de la vergue fixe – 48/ Gui de grand voile.

Portrait de bateau : le Kruzenshtern

Kruz DSCN2566Photo Danielle Ferré  Sète2014 Kruzenstern1Avec son cousin germain le Sedov, le Kruzenshtern est le plus grand des voiliers classiques encore en service. C’est un 4 mâts barque de 114 m sur 14,05 au maître-bau, tirant d’eau de 6,80 m, voilure de 3 400 m², vitesse maxi 17 nœuds, à la fois puissant et racé.
Il a connu une existence mouvementée. Lancé à Bremerhaven, en Allemagne en 1926 sous le nom de Padua, il a d’abord été armé au commerce en vraquier. Il détient plusieurs records de traversées notamment le voyage Allemagne-Australie-Allemagne via le Chili en 8 mois et 23 jours (record jamais battu par ce type de voilier).
Après la Seconde Guerre mondiale, il fut cédé à l’URSS au titre des dommages de guerre, et intégré à la flotte de la Baltique sous son nom actuel. Il fit plusieurs missions scientifiques, puis devint navire école pour les cadets avant d’être transféré au ministère de la Pêche. Exploité comme navire de prestige, il participa à de nombreux rassemblements de voiliers traditionnels dans le monde.
Après la chute de l’URSS, il s’est vu obligé d’assurer son financement en embarquant des passagers sur de longues croisières (tour du monde notamment).
Aujourd’hui encore, sous pavillon russe, il est de nombreuse fêtes nautiques ; on l’a vu aux fêtes de Brest en 2012 et tout récemment au rassemblement  « L’escale à Sète ».
Le Kruzenshtern est, à notre avis, le plus élégant des grands voiliers actuels.
• Images – A gauche, le navire à la parade durant les fêtes de Brest en 2012 (photo Escales Maritimes) – A droite, le Kruzenshtern manœuvrant dans le port de Sète en avril 2014 (photo Danielle Ferré que nous remercions vivement).

Portrait de navire : le bateau-pilote

Pilot_ship_La_Couronnéepilote Santander 1 -DSCN0269Le bateau-pilote (1) ou pilotine est une vedette servant à l’embarquement (et débarquement) du pilote se rendant à bord des navires qui entrent ou sortent d’un port.
Le rôle du pilote consiste à assister et conseiller le capitaine dans les zones de navigation délicates ; à ce titre c’est un expert connaissant parfaitement les particularités du port auquel il est attaché (2) .
• Les bateaux-pilotes sont apparus très tôt dans l’histoire maritime. Au début, le type de navire est très variable, mais peu à peu ses caractéristiques s’imposent et suscitent les célèbres côtres-pilotes du Havre ou de la Tamise ; ce sont de magnifiques voiliers de quinze/vingt mètres, reconnaissables à leur liston blanc et à leur voilure portant une ancre ainsi que l’initiale de leur port d’attache. Jolie Brise, qui gagna par deux fois la course du Fastnet est un ancien bateau-pilote du Havre.
• Aujourd’hui, le bateau-pilote n’est plus à voile, c’est un petit bâtiment rapide, maniable, très marin capable d’affronter le mauvais temps. Il porte sur son franc bord le mot « Pilote », bien lisible,  pour le distinguer des autres embarcations. Selon les ports, les bateaux-pilotes sont de dimensions et types parfois fort différents bien que leur mission reste la même.
(1) Selon les auteurs, s’écrit bateau pilote ou bateau-pilote voire pilote tout court…
(2) Lorsque le pilote est à bord d’un navire ce dernier envoie le pavillon « H » (Hotel) du Code international des signaux.
• Image – A gauche, la Couronnée, bateau-pilote de Loire Saint-Nazaire ; à droite, le bateau-pilote de Santander prêt à rejoindre le ferry Pont Aven.  

Portrait de bateaux : c’est bien un bragozzo !

topotrabaccolobragozzoNous avons publié le 22 janvier le dessin d’un voilier en usage chez les pêcheurs de la haute Adriatique ; nous nous interrogions sur son nom, Bragozzo, Topo ou Trabaccolo ? Plusieurs lecteurs nous ont fourni des précisions qui l’identifient comme un Bragozzo.
Pour bien en montrer la différence, Criss nous a transmis deux images qui montrent qu’un Topo (à gauche) est nettement plus petit. On verra également que le Trabaccolo (image du centre, en noir, empruntée au Dico de Bonnefoux et Paris) semble plus grand que les deux autres. Au final, la différence entre Trabaccolo et Bragozzo semble bien mince…
• L’image de droite est donc celle d’un Bragozzo qui  mesure de 15 à 20 m sur une largeur de 5 à 6. La coque est pleine, massive, en pin et chêne, et porte un gréement au tiers et, éventuellement, un long bâton de foc. N’oublions pas que ces rudes et beaux bateaux étaient décorés (voiles et coque) de motifs multicolores, votifs ou personnels qui leur donnaient un certain air de famille.
Mousqueton

En projet : reconstruire une chatte traditionnelle

chatte ph 1 capitaine lacroix 3-4 profilDeux associations du littoral du Pays de Retz viennent d’unir leurs efforts en vue de reconstruire une chatte de 10 à 14 m, voilier de travail bien particulier dont nous avons parlé récemment. Ce projet se développera sur les lieux mêmes où ces bateaux furent construits et où ils naviguèrent en nombre depuis  le tournant du 17ᵉ siècle jusqu’au 19ᵉ siècle, entre Billiers et Rochefort, principalement en Baie de Bourgneuf.
François Vivier, l’architecte bien connu, contribue à la réalisation du projet en s’appuyant sur les rares maquettes existantes notamment celle du capitaine Louis Lacroix (notre image) et celle du Château des Ducs de Nantes (Musée des Salorges).
Les deux associations entendent expérimenter et démontrer, que cette petite marine fluvio-maritime, (voguant indifféremment sur les eaux littorales ou fluviales) a joué pendant des siècles, un rôle de « livreur à domicile » dans cette région fort active. Un projet à suivre.
• Patrimoine Marche de Bretagne Marais Breton.
• Richesses patrimoniales Naturelles de La Bernerie et Défense de la Côte.

Les Chattes amphidromes, voiliers très spéciaux…

chatte ph 2nantes musee ducs de b profil anc.t musee salorgesAvant toute chose, il faut rappeler que les Chattes sont des voiliers (de 10 à 14 m) amphidromes, c’est-à-dire capables de naviguer dans les deux sens. Leur gréement, parfaitement symétrique, comporte un grand mât emplanté au centre et deux mâtereaux, portant des voiles carrées devenant tour à tour, voiles d’avant puis voiles d’arrière. Pointues aux deux bouts, les Chattes ont un safran de gouvernail amovible qu’on installe à l’une de ses extrémités.
• Ce bateau bien particulier a connu son apogée au XVIIIᵉ siècle ; le nom viendrait de « fundo de chatto », à fond plat du portugais, ou Chatta de l’espagnol ou de chatts, chat, kat des anciens navires nordiques. D’après L’Archéologie navale d’Augustin Jal, la Chatte descendrait de navires fort anciens naviguant dans les baies du Morbihan et de la Vendée.
• Quand les matelots de grande pêche revenaient de Terre-Neuve, l’approche de la terre était un soulagement, « enfin… »  pensait-il et le disait parfois à haute voix, « Les calvaires sont là »… les Chattes étant là, la côte était donc proche, d’où le soulagement général…
• La Chatte naviguait parfois avec ses trois mâts gréés surtout à la pêche au chalut. Mais sa qualité amphidrome de pouvoir repartir toujours « dans le bon sens » lui donnait la capacité d’aller et venir aux abords du littoral côtier ou fluvial, proche d’estuaires, et d’enregistrer des gains de temps notables par rapport aux autres bateaux.
Ce sont probablement ces qualités qui lui ont permis d’exister, si longtemps ; mais sur quelle période exactement ? Nous ne le saurons probablement jamais.
• Voir survivre ou revivre un bateau d’avant l’an mil qui, au fil du temps, adoptait les transformations architecturales qui se faisaient jour en Europe, (abandon de la quille horizontale par exemple ou adoption de la voile « au carré ») lui donnent un caractère précieux au regard de notre patrimoine naval.
Porthos – (D’après des informations transmises par Gérard de Cayeux. Merci à lui).
• Image – Une très belle image de Chatte de La Bernerie ; son gréement, fort rustique montre bien que son concept est très ancien. (Document G. de Cayeux)
PS – Deux associations, en liaison avec l’architecte François Vivier, ont entrepris une large étude expérimentale sur les Chattes. Elle est en cours, nous y reviendrons prochainement

Portrait de bateau : le Doris

DorisC’est l’un des plus modestes bateau de travail, (pêche à la morue) mais aussi l’un des plus fonctionnels de l’histoire de la pêche. Il apparaît en France autour de 1877, inspiré par les formes des bateaux américains et utilisé par les voiliers morutiers. Selon ses versions, il mesure 6 m, parfois plus, parfois moins… Sa formule repose sur une extrême simplicité de construction, fond plat, bordé à clins, coque bien tonturée pincée aux deux bouts, étrave élancée et fermée à l’arrière par un petit tableau en écusson. Armé à l’aviron par deux hommes (un patron et son matelot), il peut à l’occasion gréer un petit mât avec voile au tiers et un foc. Parfois aussi les marins y ajoutent  même un tape-cul. Il est, en principe, construit en sapin du nord rivé au cuivre. Sa silhouette donne une impression de finesse, de rusticité et de robustesse. Il n’est pourtant guère solide, sa durée de vie moyenne étant de deux à trois ans.
L’une de ses qualités des doris est d’être empilables, c’est-à-dire qu’on peut les emboîter les uns dans les autres pour gagner de l’espace à bord du morutier.
• Les doris sont essentiellement utilisés sur les terre-neuviers d’où ils vont mouiller, puis relever, les lignes de fond au large de Terre Neuve (1). Rapidement adoptés par les marins de Saint-Pierre et Miquelon puis par ceux de Bretagne et Normandie ils furent construits par centaines.
Un mot sur notre image qui représente un authentique doris du début du XXᵉ siècle sur la plage de Carolles (50). Les personnages prennent la pose dans des tenues très terriennes dont cet original, bien installé dans l’embarcation, pour y lire son journal. Ce pourrait être aussi une excellente Image pour le plaisir
(1) Longues de 4 000 m (!), mouillées le soir et relevées le matin.
Image, collection Escales Maritimes.


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