Archive for the 'Les bateaux de la mémoire' Category

Octobre 1912, la triste fin du trois-mâts Bessel

573DSCN3989C’est un trois-mâts barque à coque métallique, (46,60 m de long, 428 tonneaux) construit en 1869 en Belgique, puis revendu à plusieurs reprises. Il porte le nom de Bessel, pavillon norvégien, et revient d’Aruba (Antilles néérlandaises) avec une cargaison de 838 tonnes de phosphate. Après sa traversée, il est pris dans une forte tempête de suroît qui le rejette dans la Baie d’Audierne ce 28 octobre 1912. Incapable de gagner au vent, il tente de se réfugier à Audierne qu’il ne parvient pas à atteindre. Le coin est très difficile. Désemparé, il mouille en catastrophe au large du port et lance des appels de détresse, mais la chaîne d’ancre se brise et le bâtiment part en dérive. Il s’échoue à 150 m du phare à l’extrémité de la jetée de Raoulic où les sauveteurs du canot Général Béziat vont, de nuit, arracher à la mort les 10 marins d’équipage. Acte héroïque, lorsqu’on sait que c’est là que se forme une barre redoutable par vent de sud-ouest.
Le lendemain, le navire abandonné, porté par la marée et les lames se déséchouera et viendra, seul, se briser le long de la jetée à une trentaine de mètres de son extrémité.
Ce n’est pas terminé. Le bateau restera dans cette position jusqu’au 24 novembre 1912. Ce jour-là, profitant de bonnes marées, deux remorqueurs tentèrent de tirer le navire de sa situation délicate. Ils ne réussirent qu’à le déplacer de 250 mètres où, à la suite d’une fausse manœuvre (!), le bateau se mit en travers du chenal, l’obstruant presque totalement. Le Bessel restera dans cette position pendant quatre mois. Il fallut l’intervention du ministre des Travaux Publics pour prendre la décision de détruire l’épave. Ainsi finit le Bessel dont on ne récupéra que peu de choses, dont un tronçon du mât de misaine (4,20 m), visible actuellement au Musée maritime du Cap Sizun.
Cyrano
• Images – A gauche, Le Bessel drossé sur la jetée du Raoulic, le 29 octobre. A droite, le tronçon de mât conservé au Musée maritime du Cap Sizun. (Photo Escales Maritimes).
PS – Malgré la légende de la carte postale Escales maintient la date du 28 octobre 1912.

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Cherche infos, désespérément…

Ville_Bordeaux-02Jacky Bernard, un fidèle d’Escales, cherche à identifier le second bâtiment (coque noire) visible sur cette carte postale.
Le premier est le Ville de Bordeaux de la Compagnie Générale Transatlantique mis en service sur la Corse en 1960. L’autre bateau, plus petit, a une cheminée semblable, rouge et noire et pourrait appartenir à la même compagnie. Quelqu’un peut-il l’aider dans sa recherche ? (nous, on est secs…)

Les bateaux de la mémoire (78)

bernardC’est un joli paquebot-poste allemand lancé en 1924 à Wesermünde, de 145 m de long sur 18,60 de large (déplacement de 15 380 tonnes ; 6 000 CV donnant 15 nœuds). Bien que construit après la Der des ders, il est  remis à la Compagnie des Messageries Maritimes au titre des dommages de guerre (14/18). Il prend le nom de Bernardin de Saint-Pierre. Ses mésaventures commencent le 30 mars 1930, date à laquelle il est abordé par le paquebot anglais Otranto à Port-Saïd ; pas très grave. Le 21 décembre 1932, il est à nouveau abordé, étrave contre étrave, par le navire espagnol Navemar. On le répare et il reprend son service sur la ligne Marseille-Madagascar. De décembre 1940 (Seconde guerre) à juin 1942, il est affecté aux lignes d’Extrême Orient. Ainsi rapatrie-t-il à Saïgon les ressortissants américains venant de Shangai et Hankeu. Ça ne dure pas, le 10 avril 1942 il est saisi par les Japonais qui l’incorporent dans la marine impériale sous le nom de Teibi Maru. Ce n’est pas fini ; en octobre 1943, il est torpillé par le sous-marin américain USS Bonefish au large de l’Annam. Désemparé, il est échoué par le capitaine japonais  pour limiter les pertes ; au total 6 passagers et 8 membres de l’équipage.
En 19 ans de service, ça fait beaucoup. Alors, bien sûr, ce n’est pas tout à fait le mauvais œil, mais ça y ressemble un peu.

Les bateaux de la mémoire n° 77

Alain gerbaultFire Crest, le bateau d’Alain Gerbault, bateau historique, aurait pu finir en école de voile ou au musée de la Marine. Malheureusement…
• A l’origine le voilier est anglais ; il est dessiné par Dixon Kemp,  et visiblement taillé pour la compétition ; fin, racé, sans superstructure, à gréement de cotre franc, il ne fait que 2,60 m au maître-bau pour une longueur de 11 m. Son tirant d’eau de 1,80 m, sa quille en plomb de 3 tonnes auxquels s’ajoutent 3 autres tonnes de lest intérieur en font ce qu’on appelait à l’époque un couloir lesté. Très marin mais pas facile à tenir...   
• C’est à bord de ce superbe racer que Gerbault fit le tour du monde de 1925 à 1929, après avoir remplacé le gréement de cotre par un gréement marconi et ajouté un long beaupré sur l’avant. On le voit ici à son arrivée au Havre, le 26 juillet 1929 bien reconnaissable au pied du mât, accueilli par ses admirateurs. Il relate son aventure dans divers ouvrages à succès.
Malheureusement, le destin veille ; après l’exploit, il frappe. Durant le remorquage de Fire Crest du Havre à Brest par la Marine nationale, il coule dans des conditions pas très claires. A cette occasion, Gerbault aurait déclaré en toute modestie : mon cher compagnon préféra disparaître plutôt que naviguer sans moi.
• Juste un mot de la personnalité de Gerbault. D’abord pilote de chasse en 14/18, puis champion de tennis, c’est un aventurier mondain. Dans « Les navigateurs solitaires », Jean Merrien n’est guère tendre avec lui. Ses exploits sont réels, mais après son tour du monde, il repart vers la Polynésie (sur un autre bateau) où il défend la culture des autochtones, mais prend activement le parti de Pétain, l’inventeur de la Collaboration avec les nazis… Il finit en 1941, dans la misère, l’alcoolisme et la dépravation dit la rumeur.
• Image : collection Escales Maritimes.

Les bateaux de la mémoire n° 76

AubeCe cuirassé représente une vielle formule de bâtiment militaire dépassé depuis belle lurette. C’est L’Amiral Aube. Lourd, massif, haut sur l’eau, il n’a évidemment rien à voir avec les frégates furtives de notre temps. Lancé en 1902, il était pourtant considéré comme un navire de combat moderne, bien adapté à la guerre sur mer. Il faisait partie de la « Classe Dupleix », fortement blindée, et bien armée, avec des dimensions imposantes : 139,60 m x 20,02, tirant d’eau 7,7 m, 21 nœuds.
• Après plusieurs missions de prestige, il participa aux combats de la Première guerre mondiale. Dès le début, avec ses quatre cheminées bien identifiables, il fut une proie facile pour le sous-marin autrichien U 12 en Méditerranée. Torpillé, le 21 septembre 1914, il parvint tout de même à regagner Malte. Plus tard, il intervint à Mourmansk pour soutenir les contre-révolutionnaires russes dans leur lutte anti- bolchevique. Placé en réserve en 1919, il fut démoli à Lorient en 1922.
Finalement, une carrière assez classique pour ce bâtiment représentatif des conceptions navales (et militaires) de son temps.
On le voit sur l’image effectuant une manœuvre de port plutôt délicate (qui n’a pas échappé aux badauds de Saint-Nazaire) eu égard à la faible largeur du bassin. (Collection Escales Maritimes)

Les bateaux de la mémoire (75)

IMG_ 4 mats Quevilly 0003Voici, à mon avis, l’un des plus beaux voiliers de la grande époque de la voile : le Quevilly. C’est un quatre-mâts barque de la Compagnie Bordes construit (en acier) par les Chantiers de Normandie. Il est superbe comme l’est aussi son sister-ship le Dunkerque, mais celui-ci (pourquoi ?) a ma préférence.
• En 1898, lorsqu’il est lancé, c’est un bâtiment des plus modernes avec des proportions admirables : 105 m de long, 13 de large, tirant d’eau de 6,50 m  et une voilure de… 4 500 m². Comme les autres voiliers de la Compagnie, sa coque est peinte avec de faux sabords noirs et blancs, bien caractéristiques. Il inclut plusieurs originalités audacieuses pour l’époque, comme par exemple, un système de pompage autonome d’un débit de 100 t/heure. Pompage ? Oui, car le navire est un des premiers… pétroliers !  Il assure la liaison Philadelphie-Rouen où il livre sa cargaison à la société Deutz.
• En 1909, il reçoit deux moteurs Diesel de 300 ch chacun ; but : propulser le navire par calme plat. Les résultats sont médiocres car, si le moteur aide dans le petit temps, la traînée d’hélices ralentit le navire quand il marche à la voile…
Durant la Première guerre mondiale, il échappe à deux tentatives de torpillage, ce qui lui vaut une réputation de chanceux.
• Mais, en 1923, tout change, le Quevilly est acheté par la Norvège qui le rebaptise Deodata, le démâte, le motorise, dépose sa belle figure de proue (1) et le transforme en transport d’huile de baleines, puis d’huile minérale, de charbon. C’est un autre bateau, ex-voilier, faux citerne…
• Il finira piteusement au tout début de la Seconde guerre, en octobre 1939, coulé par une mine larguée par le sous-marin allemand, U 19…
(1) Figure de proue en tulipier d’Amérique, sculptée par J. B. Foucher.

Les bateaux de la mémoire (74)

Ce paisible petit paquebot (91 m, 2027 tx) lancé le 29 octobre 1891 au chantier Napier, de Govan (GB), pour le compte de la Khedivial Administration d’Alexandrie s’appelait alors Tewfik Rabbani. Il fut acheté en 1900 par la Mixte, compagnie créée en 1850, qui faisait surtout du trafic avec l’Afrique du Nord. Il fut alors rebaptisé La Marsa.
• Durant la Première guerre mondiale, en Méditerranée,  il fut attaqué au canon le 9 avril 1917 par un sous-marin allemand déguisé en… voilier ! (bateau piège probablement). Mais le petit bâtiment, qui était lui-même armé de quelques pièces, ne s’en laissa pas compter. Sous les ordre du commandant Sizes, il manœuvra adroitement et rendit coup pour coup à son adversaire surpris par sa résistance. Mieux, après un combat d’1 h 1/2 durant lequel l’U-boot encaissa plusieurs coup au but, il mit en fuite le faux voilier dépité.
• On le voit ici, après la guerre, appareillant de Sète (qui, à l’époque s’écrivait Cette) poursuivant benoîtement ses liaisons avec  l’Afrique du Nord.

Les bateaux de la mémoire (73)

Belle image qui pourrait être un document rare. Non, ce ne sont pas La Cancalaise (1) et La Granvillaise (2), les deux belles répliques de Bisquines du Golfe de Saint-Malo. Celles-ci sont plus anciennes, photographiées sans doute juste avant ou pendant  la Première guerre (3).  Mais, le duo peut nous tromper tant il est habituel de les voir ensemble…
En tout cas, ces bateaux de travail (parmi les plus beaux gréements de nos côtes) montrent bien l’immensité de la voilure qui faisait la force et la faiblesse de ces coquilliers pêchant à la drague. Force, par leur énorme surface, faiblesse, par la délicatesse des manœuvres qui en découlaient.
On voit ici la Bisquine CAN 13 au premier plan, l’immatriculation de la seconde étant invisible.
Peu de choses à ajouter sinon que ce type de voilier a déjà fait l’objet d’un Portrait  de bateau dans Escales.
• Image :  les deux superbes voiliers, tout à fait dans leur « jus ». (Collection Escales Maritimes)
(1) Construite en 1987.
(2) Construite en 1990.
(3) La Bisquine « Courlis » immatriculée CAN 16 a coulé en mars 1916. La Bisquine de la photo  (premier plan) est immatriculée CAN 13 ; donc antérieure.

Les bateaux de la mémoire (72)

Etrangement cadrée cette carte postale… On a l’impression que cet interminable paquebot est perforé par un quai non moins interminable. Heureusement, il n’en est rien. Il s’agit de l’arrivée du France, au Havre au début du XXᵉ siècle.
Ce navire, perle rare de la marine française, fut lancé en 1910 et mis en service en 1912 (longueur 217 m, largeur 23 m, puissance 45 000 ch, vitesse 25 nœuds) ; il était le seul paquebot français à quatre cheminées.
Affecté à la ligne Le Havre-New York il fut en son temps le plus luxueux des navires existants. Il appareille pour son voyage inaugural le 20 avril 1912, cinq jours après le drame du Titanic… Par son confort (plus que par sa vitesse),  il sera surnommé le Versailles des mers ou Château de l’Atlantique… Rien que ça !
Le France (ce France-là) traversera toute la Première guerre mondiale sans avatars particuliers. Il est pourtant très actif. Réquisitionné, il sera, tour à tour, croiseur auxiliaire, transport de troupes, navire hôpital (2 500 lits), puis de nouveau transport de troupes en 1915.  Le tout sans trop de casse.
Il reprendra son service commercial en 1919 et, après modernisation en 1924, passera de la chauffe au charbon à la chauffe au mazout.
Après un incendie en 1933, il sera désarmé au Havre puis vendu pour démolition à Dunkerque.
Finalement, une carrière assez honorable…
• Image : collection Escales Maritimes.

Les bateaux de la mémoire (71)

Est-ce bien un bateau ? En tout cas le Pousse-pied (1) est une embarcation de travail  minimale utilisée depuis fort longtemps par les boucholeurs entre Loire et Gironde. Elle sert de véhicule amphibie capable de flotter à marée haute et de glisser sur les vasières à marée basse (lorsqu’il y a très peu d’eau).
Sa rusticité est fonctionnelle : 2 m de long environ (capable d’embarquer un homme), 50/75 cm de large, fond plat, franc-bord d’une seule pièce (environ 50 cm), le Pousse-pied ne possède qu’une simple levée à l’avant, faisant éventuellement office de patin ; ni aviron, ni safran, la pelle de travail en fait office.
Dans les très petits fonds, son déplacement est assuré  par son unique utilisateur ; celui-ci, agenouillé dans l’embarcation, laisse dépasser une jambe de la coque qui, prenant appui sur le fond, la pousse du pied, d’où son nom.
Comme les parcs sont parfois très éloignés, une petite voile au tiers (bien visible sur l’image) prend la relève à marée haute et soulage le travail du pêcheur.
Les mytiliculteurs de la Baie de l’Aiguillon les appellent aussi Acon, (ou Accon) ou encore Galupse.
Certains dictionnaires font une distinction entre Pousse-pied et Acon, les uns étant gréés, les autres non. Dans leur célèbre dictionnaire Bonnefoux et Paris désignent sous ce nom une annexe portuaire ainsi qu’une petite barque pour le travail sur vasière.
• Image : collection Escales Maritimes.
(1) Ne pas confondre avec le pouce-pied, crustacé marin vivant sur les rochers.


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