Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerdubon sauve tout seul l’honneur de la patrie – Depuis la guerre, le balisage avait été rétabli dans le détroit de Torrès, mais les radars sur les navires étaient encore assez rares dans ces années 50. Si une balise n’avait pas été repérée, s’y retrouver dans le dédale des cailloux, de la mer d’Arafura à la Blight entrance dans la Mer de Corail, amenait forcément pas mal de cheveux blancs, sous les casquettes des passerelles. D’ailleurs, quelques épaves bien plantées, servaient d’amers ! L’Australie décida d’étendre le champ de son corps des Pilotes Royaux au détroit de Torrès. Outre le balisage et les fonds assez bien cartographiés, il restait des zones non explorées, pour y découvrir des abris, des mouillages et autres détails touchant la sécurité. Le service hydrographique avait armé des vedettes pour ce travail. J’étais à Port Moresby en Nouvelle Guinée alors Australienne. L’une d’elles du type « Fair miles » ayant appartenu au service rescue de la RAF, branche australienne, s’y trouvait en réparation. J’eus tôt fait de devenir copain avec son équipage et son patron. Apprenant que j’avais un brevet panaméen… toujours aussi faux, mais bien imité… je fus engagé comme matelot. Ce n’était pas la gloire mais l’aventure qu’ils vivaient dans le détroit, et telle qu’ils me la contaient entre deux pintes de bière, qui m’intéressait vivement.
– C’était après ton séjour sur les goélettes de Tahiti Kerdubon ?… Demanda Henri habitué du banc des menteux.
Exact ! Nous avons donc appareillé de Port Moresby, y laissant ses bars pour « white only », et ses « stores » où se côtoyaient les prudes dames « old england », et les indigènes… poitrines à l’air pour les femmes, pour les hommes habillés d’une espèce de jupette en fibres végétales bleues ou rouges, des colliers de coquillages, bracelets d’os et autres gris-gris autour du cou, avec peintures vives et tatouages, le nez percé, pour y caler une pipe en travers du visage… bref la civilisation ! La vedette filait ses douze à quinze nœuds. Le temps était sale et de nombreux grains rendaient la visibilité nulle, le soleil était à l’abri derrière de gros cumulus, nous approchions du nord de la grande barrière qui longe sur 2 000 kilomètres la côte d’Australie, pour la relier à la Nouvelle-Guinée. Les passes y sont rares et mal pavées, il ne fallait pas louper celle du Capitaine Blight. Je faisais une petite sieste, lorsque les puissants moteurs stoppèrent. Le jour allait faire place à la nuit dans une heure ou deux. « Je ne veux pas me planter dans la nuit, notre position est inconnue, on va pêcher en attendant demain matin ! On y verra plus clair !… décréta le patron qui n’était pas un… hauturier
A cause de notre vitesse, sur moins de 200 milles, à moins que votre compas ne soit pourri, on n’a pas dû s’écarter sérieusement de la route !… Osais-je remarquer.
Puisque le Froggy est si malin, qu’il nous montre notre position sur la carte ! » Un « p’tit coup d’clairon » dans l’ouest en face de nous, me fit deviner que le soleil allait percer dans quelques minutes. J’ai bondi sur mon paquetage, sorti les éphémérides, les tables de calculs, et mon sextant, puis fusillé le soleil lorsqu’il parut. Ma montre n’avait pas plus d’une seconde d’erreur, j’eus une droite de vitesse perpendiculaire à notre route. Peu après, un caboteur hollandais allant de la passe Blight à Port Moresby arriva en face… nous avions avec lui le relèvement de la passe, qui recoupé avec la droite de hauteur, donna notre position que je marquai sur la carte… Sans commentaires, les bécanes furent remises en avant toute. Avec la nuit, les phares apparurent… à leur place prévue.
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport concernant les dires de Kerdubon.
Signé : Planchet

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