On le sait : tous les bateaux naissent en forêt…

ForetMarine• Carte postale du Québec – « Tous les bateaux naissent en forêt » ce délicieux sous-titre de l’ouvrage de Jean-Marie Ballu, Bois de marine (Gerfault, 2000) a trouvé toute ses dimensions au Nouveau Monde, sur les pentes boisées d’un modeste accore aux Éboulements, en rive gauche de notre Mer à nous. Depuis le début du XVIIIᵉ siècle, le village des Éboulements (voir la carte postale du 10 mars 2014) a construit sa forte identité par la mise au monde de marins, fils de marins et petits-fils de marins, et la construction des bateaux pour les faire naviguer sur le Saint-Laurent. Simple prédestinée ? Il y a toujours eu là de l’eau en profondeur, du bois en quantité, une agréable pente à lancer des embarcations, un savoir-faire riche et aisément transmissible et aussi… d’aimables nuits sous les étoiles, loin des villes et leurs épivardages et distractions.
• Or, les temps ont changé et si les marins sont restés nombreux, avec leur savoir-faire, leur rivage pentu et leur Saint-Laurent, le bois est venu à manquer, pour des raisons qu’on devine mais qu’il n’est pas utile de relater ici. Le Musée maritime de Charlevoix, né en 1981 à l’endroit même où se bâtissaient autrefois ces bateaux (voir la carte postale du 4 avril 2014), a entrepris depuis 2008 de remédier à cette privation de matière première en créant la Forêt marine. Bien sûr, personne n’ira bûcher là encore cette année. Toutefois, sans préciser d’échéance, les créateurs visionnaires de ce précieux lieu désigné désirent léguer à la postérité 5 000 arbres matures des essences de chêne blanc (Quercus alba), pin blanc (Pinus strobus), bouleau jaune (Betula alleghaniensis), érables à sucre et rouge (Acer saccharum et rubrum), et épinette (Picea sp.). Il y aura là de quoi construire deux goélettes, pratiquant les techniques traditionnelles de charpenterie en usage dans cette région entre le début du XIXᵉ siècle et le milieu du XXᵉ.
• D’ici là, l’aménagement et la gestion de la forêt marine auront été confiés à la Faculté de foresterie et de géomatique de l’université Laval de Québec. Les étudiants des trois cycles de cette école de grandes expérience et renommée utiliseront la forêt comme laboratoire, notamment en réhabilitation de forêts feuillues dégradées. Les professeurs pourront y œuvrer en sylviculture et aménagement intégré de forêts habitées, en aménagement écosystémiques et biologie de conservation. La forêt marine occupe 42 hectares sur un flanc abrupt de colline, bien irrigué et exposé aux quarts sud. Les arbres qui croissent dans ces pentes raides développent les courbures désirables pour la charpente marine.
Le partage des savoirs marins et sylvicoles étant assuré et l’horizon de maturité des bois presque en vue, la forêt marine s’offre entre temps à la découverte par le public curieux et les randonneurs. Un sentier est accessible en toutes saisons, pour une balade d’une heure dans cette forêt où naissent lentement les bateaux. Ayant fait là l’expérience du sujet, on pourra s’y prendre à rêver du bruit des haches et godendards ; à imaginer s’abattre les pins pour s’élever les membrures ; à humer les odeurs des copeaux de chêne et pourquoi pas, le salin d’une excursion sur notre Mer à nous dans une goélette toute neuve.
• Fureter sur la Toile vous mènera au Musée maritime de Charlevoix, sa forêt marine et tout son trésor laurentien : http://www.museemaritime.com/fr/
Alain Boucher, le rédacteur
PS – Merci à l’ami Alain de préciser prochainement les termes un peu trop « québécois » peu accessibles pour nous, issus de la vieille France.
• Photo : En 1917 aux Éboulements-en-Bas, il n’était pas question de réhabilitation de forêt marine : elle s’y trouvait déjà, en arrière-plan de cette photo. (Le quai des Éboulements, source inconnue)

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6 Responses to “On le sait : tous les bateaux naissent en forêt…”


  1. 1 BOUCHER le rédacteur 11 avril 2015 à 14:29

    Mais avec grand plaisir !

    Épivardage :
    n. m., dérivé du verbe s’épivarder, d’usage québécois.
    S’émanciper ou faire la fête, sans retenue ni contrainte, avec insouciance et exubérance.
    se lâcher ; fam. lâcher son fou.
    S’épivarder dans la grande ville.
    Étymologie : 1867 (in Favre) ; 1585, espivarder le temps (in Nicolas de Montreux) « flâner, musarder » ; régionalisme du sud-ouest d’oïl d’origine inconnue.

    Godendard ou godendart :
    n. m., d’usage québécois.
    Grande scie à bois, sans cadre, à lame généralement plus large au milieu, munie à chaque extrémité d’un manche en bois et manipulée par deux personnes.
    Étymologie : 1306, godendac « sorte de hallebarde très grande » (in TLFi) ; 1702, godendar (in TLFQ) ; 1683, godendart (in TLFQ) ; du moyen néerlandais goedendach « sorte de hallebarde ».

    Source : USITO(.com), le dictionnaire électronique du français standard en usage au Québec.

    Quant à l’accore :
    permettez que je vous informe et invite à découvrir le CNRTL(.fr), où les curieux trouveront mille et cent réponses.
    Au pays, ce mot est habituellement prononcé « ékar » et désigne n’importe quelle dénivellation subite.

    J’aime le français !
    (et la mer aussi)

  2. 2 COKELUNDE 11 avril 2015 à 19:49

    Excellente initiative qui nous l’espérons arrivera à terme, même si nous ne sommes plus la pour le voir.
    Bien cordialement
    JP L

  3. 3 lecoq 12 avril 2015 à 19:35

    Des courbures désirables pour le charpentier de marine..on croit rêver d’espaces et d’effluves sauvages..à vous déjà la Goelette toute neuve pour le fleuve mer..,à nous gens de Loire le Gabareau de chêne taillé à la serpe,
    bientôt paré de ses goudrons et de son chanvre pour s’affronter aux tourbillons et à la galerne…sans avoir pu éviter de ménager un peu de pouvoir à la brise de cale et ses remugles…
    Amitiés ligériennes

  4. 4 escales maritimes 18 avril 2015 à 14:44

    Bientôt la réponse…Hier encore j’étais à l’hosto, laissez-moi le temps de reprendre mon souffle.

  5. 5 BOUCHER le rédacteur 18 avril 2015 à 18:30

    Aramis, mon ami !

    Si je comprends bien le sens de votre précédent commentaire, je vous interdis formellement d’aller vous-même sur CNRTL.fr au mot accore, chercher la réponse et la diffuser, en lieu et place des lectrices et lecteurs. Vous les priveriez du plaisir de la découverte personnelle…

    Oui, reprenez votre souffle, nos voiles en ont bien besoin, sans parler de vous-même !

    Amitiés laurentiennes,

    le rédacteur

  6. 6 Lecoq J_Claude 24 avril 2015 à 18:50

    Juste pour rendre à notre « vieux François » son « godendard », outil des  » scieurs de long, ces couples de journaliers débiteurs de bois de charpente ou autre se louaient nos campagnes..,Bien avant le PACS leur situation pouvait être l’objet de « sourires entendus », ou au pire peut_etre de quelques galéjades de foirail?..Comme pour la flibuste du XVIIeme’ le temps avait fait oeuvre d’accommodement au profit d’une situation de fait.


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