Paquebot La Provence, oublié du ruban bleu

La Provence taillant de la route dans le gros temps - CP coll. auteurDans la course au ruban bleu sur l’Atlantique nord, la France n’est victorieuse pour la première fois qu’en 1888 avec le paquebot transatlantique La Bretagne (1) qui réalisa 19,6 nœuds de moyenne sur la ligne du Havre à New York. En 1892, La Touraine figure au palmarès avec 21,2 nœuds sur la même ligne. Il faut ensuite attendre 1935 avec le paquebot Normandie qui réalisa sa traversée inaugurale du Havre à New York en 4 jours, 3 heures, 15 minutes à la vitesse moyenne de 30,35 nœuds.
Oublié du palmarès, le paquebot La Provence, lancé à Saint-Nazaire, premier liner français équipé de la télégraphie sans fil, avait pourtant réalisé une belle traversée en défiant le record de 1900 détenu par l’allemand Deutchland. Avec ses deux machines à triple expansion de 30 000 chevaux alimentées par 21 chaudières à charbon, La Provence atteignait les 23,45 nœuds aux essais, ce qui le classait parmi les cinq plus rapides paquebots du monde à l’époque, au prix de 400 tonnes de charbon par jour.
Au retour de sa deuxième traversée, il se trouva en compétition avec le Deutchland. Appareillé un quart d’heure plus tôt de New York, La Provence arriva à l’entrée de la Manche 4 heures avant l’allemand. Les passagers des deux paquebots s’étaient passionnés pour la course et avaient engagé des paris comme au temps des clippers. Rockefeller, le roi du pétrole était à bord du Deutchland et Vanderbilt le roi du charbon, à bord de La Provence, tout un symbole qui donna à l’évènement une grande portée médiatique internationale, ce qui ramena à la Cie Générale Transatlantique la riche clientèle de 1ᵉʳᵉ classe qui l’avait abandonnée. Mais le vainqueur de la course n’eut pas le droit de porter la prestigieuse flamme d’étamine bleue d’azur longue d’autant de mètres que de nœuds atteints.
En effet, en 1906, ce ruban bleu était détenu par le paquebot allemand Kaiser Wilhelm II avec un retour de New York en 5 jours, 11 heures, 58 minutes à la vitesse moyenne de 23,58 nœuds. Ce record sera battu par les anglais de la Cunard Line Lusitania en 1909 puis Mauritania de 1910 à 1924 suivi par l’allemand Bremen de 1929, Europa en 1930, Bremen à nouveau en 1933, le français Normandie en 1935, l’anglais Queen Mary en 1936 et 1938, puis à nouveau Normandie en 1937, l’américain United States en 1952 à la vitesse moyenne de 35,59 nœuds. Ce sera le dernier car la concurrence des avions de ligne mit un terme à cette course de vitesse des grands paquebots transatlantiques sur la ligne de New York. En dépit de ses 160 000 chevaux fournis par 4 turbines et 8 chaudières, France 1960, troisième du nom comme paquebot de la Transat se contentait d’une vitesse de 30 nœuds, un peu moins que son célèbre « frère » aîné Normandie 25 ans auparavant.
La Provence, connut une tragique fin de carrière. Réquisitionné en décembre 1914 comme croiseur auxiliaire(2), le paquebot reçut le nom de Provence II et un armement de 17 canons. Affecté au transport de troupes et à la surveillance du Détroit de Messine, il fut torpillé et coulé le 26 février 1916 par le sous-marin allemand UC 38 alors qu’il se rendait à Salonique avec 3 000 passagers militaires dont 1 800 du 3ᵉ Régiment d’Infanterie coloniale. Il y eut 2 130 disparus.
Claude Briot
Chercheur en Histoire des Transports Maritimes
(1) L’article faisait partie intégrante du nom peint sur la coque et indiqué sur les documents officiels comme les autres paquebots de la Transat portant des noms de provinces françaises dont La Lorraine, La Touraine, La Bourgogne, La Gascogne…
(2) Les navires de commerce réquisitionnés n’intégraient pas pour autant la flotte de guerre.
Source principale : Jean Trogoff. La course au ruban bleu. Ed. Maritimes et Coloniales. Paris 1945.
• Illustration : Paquebot transatlantique
La Provence taillant de la route dans le gros temps en Atlantique nord. Carte postale : collection C. Briot.

1 Response to “Paquebot La Provence, oublié du ruban bleu”


  1. 1 Desjardins 16 février 2015 à 19:53

    J’ai le plaisir de vous informer de la publication d’un article intitulé : LE PAQUEBOT TRANSATLANTIQUE LA PROVENCE – Héros de la Grande Guerre par Pierre-Antoine Dumarquez dans les Annales du Patrimoine de Fécamp, n°21 / 2014
    > http://www.fecamp-terre-neuve.fr/NumerosAnnales/Annales21.html


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