Les escales du banc des menteux

image001• Où Kerdubon montre que le non conformisme est héréditaire – C’était le meilleur second que j’avais eu, il était mûr pour passer commandant, et le devint pour me succéder sur notre roulier transporteur de bagnoles. Plus tard, il commanda pendant quelques années le « Belem ». Il avait assimilé mes audaces raisonnées, et amélioré mes connaissances nautiques. Il m’en était reconnaissant. Le superbe trois mâts avait été accueilli somptueusement et fêté dans le port de La Rochelle. Le passage sous voile entre les tours avait impressionné plus d’un. Pour se rendre ensuite à La Pallice, il emporta le Maire et quelques personnalités par un bel après-midi d’été. J’étais avec ma mère devant le sas portes ouvertes lorsque le voilier le franchit, toutes voiles déployées par faible brise d’ouest. Michel à côté du regretté Michel Crépeau, maire et député, dirigeait la manœuvre. Il me remarqua et me cria : « Kerdubon viens à bord, je t’attend ! ». En bon « écraseur de crabes », toujours sous voiles, il fit éviter le « Belem » de 180 degrés pour le remettre face à la sortie, et accosta en douceur à son poste dans le bassin à flot, tandis que l’équipage et les passagers stagiaires amenaient toute la toile. Quelle belle manœuvre qui fit sans doute frémir les assureurs et autres grelotteux grippe-sous et que peu de prétendus grrraaannnds commandants peuvent réussir sans casser du bois.
Quel Capitaine aujourd’hui oserait effectuer une telle manœuvre sans avoir son sac dès l’accostage ? Oser donner des frissons de peur aux financiers boursicoteurs soi-disant armateurs, en risquant d’abîmer leur capital… faut le faire !… soupira Albert qu’on surnommait « Le Prince » sur le banc des menteux au bout de la jetée.
Un planchon fut posé sur le quai, ma mère et moi avons été accueillis comme il se doit. Tout le beau linge tenait une coupe en main et trinqua à notre santé, lorsque nous avons pénétré dans la pièce de réception. « Le commandant nous a expliqué qui vous étiez y compris votre tour du monde à la voile ! »… déclara Monsieur Crépeau. Il ajouta en embrassant ma mère : vous devez être fière de vos fils ?… « Tu parles !… répondit-elle en agitant sa coupe remplie… Je perds mon mari en juin, mes cochons de fils appareillent en juillet pour une expédition risquée !… Et vous croyez que j’étais heureuse et fière ? »… Ce qui devait arriver se produisit, ma mère arrosa copieusement de champagne le pantalon du Maire avec le contenu mousseux de sa coupe ! Sans se démonter, elle mit cette coupe dans la main libre de l’édile, pour sortir de son sac à main un mouchoir et éponger une partie des dégâts !… « Ce n’est rien Madame, laissez !… Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance !… à la vôtre ! »
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport des dires voilés de Kerdubon.
Signé : Planchet

2 Responses to “Les escales du banc des menteux”


  1. 1 André 13 février 2015 à 11:28

    Bjr à tous, dans les carrés, il y avait aussi parfois des conteurs qui eussent mérité de s’asseoir sur le banc des menteux.
    J’ai entendu jadis deux récits que ce dernier épisode et très intéressant épisode conté par Kerdubon m’a remis en mémoire.

    Le premier c’est l’arrivée du ‘’France/FNRR’’ à Southampton un jour de grève des remorqueurs. Le Cdt Croisille, jugeant le vent propice, réussit paraît il à faire accoster le paquebot grâce à sa seule machine. Et pourtant, je ne crois pas que le France ait été doté de propulseurs d’étrave, ni de pods.

    Le deuxième m’a été conté par un Cdt digne de toute confiance et qui avait navigué comme lieutenant à la C.T.O. (Tocansa, Tofevo…etc.) au début de sa carrière. Sur un cargo de cette compagnie, la machine est tombée en avarie peu avant l’arrivée au bateau pilote à New York où l’attendaient les remorqueurs. Le Cdt du cargo qui arrivait vent arrière a fait capeler les manches à air en toile (sur les pétroliers on appelait ces manches ‘’les bonnes sœurs’’ du fait de leur forme rappelant celle des cornettes.)…et l’arrivée au point de rencontre s’est effectuée sans problème. Si les remorqueurs étaient venus au secours du navire en avarie machine, c’eut été un sauvetage, alors qu’en fait il ne s’agissait plus ensuite que d’un simple remorquage.
    Amitiés marine
    André

  2. 2 Quiesse Guy 14 février 2015 à 10:30

    André a raison… Georges Tanneau est effectivement assis sur le banc… là-haut… en compagnie de Aubin, La Croix, Perret et tant d’autres !… quant aux présents à l’appel, certains sont malheureusement pour notre plaisir, trop discrets et peu partageurs de souvenirs personnels !


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