Chavirement à quai du trois-mâts Carbet

Chavirement du Carbet au Havre - Coll. Brindeau CCIHLa stabilité d’un navire de charge, préoccupation des seconds capitaines et des subrécargues chargés du plan de chargement des marchandises en cale et en pontée, a fait souffrir bien des élèves des écoles d’Hydro. À bord, sur le tas, il ne fallait pas se planter ; la sécurité de l’équipage, du navire et de sa cargaison était en jeu. Au temps des grands voiliers, un navire lège à quai se trouvait en position d’instabilité du fait du fardage important de sa mâture offrant une grande prise au vent même sans ses voiles. Pour y remédier, à défaut de ballasts à eau de mer ou de lest solide en quantité suffisante, il fallait procéder au stiffening (1) opération consistant à commencer le chargement des marchandises de la rotation suivante dans les parties de cales libérées avant le déchargement complet de la cargaison.
Le 3-mâts barque en fer de 778 tonneaux Carbet, construit en Ecosse à Dumbarton en 1878, appartenait à l’Union des Chargeurs Coloniaux ancienne maison havraise Ambaud Frères. Il assurait la ligne des Antilles. Le 19 juillet 1903, il entrait au Havre venant de Fort de France avec 400 fûts de rhum, 1 000 peaux salées, de la mélasse, de vieux métaux ainsi que des canons rapatriés de Martinique. Après avoir mis son chargement à terre dans le bassin Dock (actuel bassin Paul Vatine) puis quai Frissard dans le bassin Vauban, il déhala pour aller s’amarrer quai Lamandé dans le bassin de la Barre où il fut désarmé pour des réparations et des travaux d’entretien.
Dans la nuit du 10 au 11 septembre, à la suite d’un très violent coup de vent en Manche avec surcote d’eau importante dans le port entraînant une tension anormale des amarres, le gardien du navire n’ayant pas eu le temps de les choquer (2), malgré ses 40 tonnes de lest bien insuffisantes, Carbet se coucha sur le quai par bâbord. L’eau pénétra dans le navire par des hublots restés ouverts. Il fallut envoyer un scaphandrier pour les fermer, mettre une pompe à vapeur en action et établir une caliorne (3) sur le quai Casimir Delavigne en face pour le redresser. Des gueuses en fonte ont été placées dans la cale du côté tribord, contenues par un bardis longitudinal central (4). De plus pour augmenter encore la traction à exercer et obtenir un couple de redressement suffisant, des chaînes ont été passées sous la coque et fixées sur la muraille tribord.
Sous l’effet des forces réunies de la caliorne et des chaînes, Carbet a été remis d’aplomb le lendemain après-midi devant de nombreux badauds. Si les canons avaient été gardés comme lest et déchargés au dernier moment alors que le chargement du voyage suivant était en cours, ils auraient probablement évité cet accident. Carbet a repris ses rotations normales avec le capitaine Codet appareillé du Havre le 20 octobre suivant pour la Martinique.
Claude Briot

(1) Ballast put into. Cette opération se pratiquait couramment sur les grands voiliers cap-horniers dans les ports du Chili. Le chargement du nitrate commençait avant que le charbon anglais ne soit complètement déchargé.
(2) Donner du mou pour diminuer la tension.
(3) Très fort palan composé de 2 grosses poulies triples.
(4) Cloison montée avec de gros madriers comme pour les chargements de grain, de charbon ou de minerais en vrac afin de prévenir le ripage de la cargaison, danger gravissime dans les gros temps.
• Illustration : 3-mâts
Carbet chaviré quai Lamandé dans le bassin de la Barre au Havre. La coque «rapiécée» de peinture indique que le navire était bien en arrêt technique. Photo anonyme. Collection Brindeau. CCIH. Reproduction C. Briot 1991.

Publicités

3 Responses to “Chavirement à quai du trois-mâts Carbet”


  1. 1 yon 4 février 2015 à 09:04

    Bonjour à tous , très bon article fort intéressant ! par contre vous parlez du subrécargue , je ne crois pas que ce monsieur soit responsable du plan de chargement (peut être à l’époque ) en fait c’est le représentant a bord de la compagnie . personnellement j’en ai vu une seule fois dans des circonstances « spéciales » a l’époque ou nous sévissions dans l’archipel des mascareignes sur le « ville de port louis » de la C mauricienne de navigation .

  2. 2 Claude Briot 4 février 2015 à 16:57

    J’ai assuré la fonction d’ aide subrécargue sur les cargos allemands Adrian et Montant affrétés par Delmas Vieljeux dans les années 60. Avec mon collègue nous établissions le plan de chargement que l’on déposait au siège parisien de la Cie en fin de tournée du nord. Bien sûr que le second capitaine allemand avait son mot à dire mais la confiance régnait.

  3. 3 yonn 4 février 2015 à 20:24

    je vous remercie pour ces renseignements ! j’ai appris donc que cette fonction comprenais cette tache , que de souvenirs ces plans de chargement (et de nuits blanches ) j’en ai encore mal à la tète ! et puis les logiciels nous ont simplifiés la tache .


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Contact
« Escales Maritimes » est ouvert à tous. Contributeurs, informateurs, critiqueurs, approbateurs, suggestionneurs…
Pour ceux-là, une seule adresse : escales.maritimes@orange.fr

Archives

Faites connaître
Escales Maritimes !

Ajoutez ce lien dans votre site :
https://escales.wordpress.com/

Affichez cette bannière dans votre site en copiant le code suivant dans votre page html :
<a href="https://escales.wordpress.com/"><img src="https://escales.files.wordpress.com/2010/01/escales3.gif" alt="" width="180" height="60" /></a>

Les opinions émises ne sont pas nécessairement celles d'Escales Maritimes ; elles sont de la responsabilité de leurs signataires.


%d blogueurs aiment cette page :