Les escales du banc des menteux

image001Où Kerdubon montre qu’il apprécie la peinture – Le Mézidon un liberty-ship, après un voyage sur la COA, remontait au Havre dans les années 50. Il serait donc repeint entièrement des pommes de mâts au pont principal. Evidemment, on commençait par les mâts de couleur chamois, un jaune… cacateux disait-on. La peinture était stockée avec le reste du matériel dans le magasin sous le gaillard d’avant. Il était hors de question de hisser les touques de 50 litres en haut des mâtures ! Les novices remplissaient donc des moques de 5 ou 10 litres, ex-boîtes de conserves. Amarrées aux « chaises » en bois, elles accompagnaient les peintres rois du rouleau ou du large pinceau, dans leur descente le long du mât, au fur et à mesure que le bosco ou un matelot choquait la drisse passée dans une poulie sous la vergue. En cas de faible roulis, un bout’ avec mousqueton empêchait l’attelage et son trapéziste de s’écarter trop du fût du mât. D’un commun accord, pour achever avant midi, les matelots décidèrent de se passer du casse-croûte règlementaire de dix heures. La cuisine n’avait pas été prévenue, les rations de bœuf en boîte qui rôtissaient avec des oignons allaient crâmer, le coq s’impatienta. « Mossieu l’Intendant » risquait de ne pouvoir justifier le bœuf brûlé et passé à la poubelle. Il partit en flèche rechercher ses apôtres, et arriva essoufflé au pied du mât avant où opéraient les singes d’une nouvelle espèce maritime.
– Le casse-croûte de dix heures, comme celui de nuit étaient sacrés Kerdubon !… Cela permettait de mettre bas les marteaux pendant une bonne demi-heure !… dit Bernard habitué du banc des menteux, ex-matelot au long cours.
Apercevant Loizic au-dessus de lui, il cria : « T’es bien d’la vallée d’la Rance toi là-haut ?… Justement l’casse-croûte c’est du singe… Tu vas pouvoir goûter à la chair de tes frères ! »… Le matelot qui n’appréciait ni l’Intendant ni la grosse plaisanterie des gars du Finistère appelant sa vallée… la vallée des singes, inclina fortement la moque de peinture amarrée à sa planche, et la renversa à fond après avoir écarté l’extrémité de sa ceinture de sécurité qui aurait pu être souillée. « T’as l’air malin !… Au nom du père, du fiston, et de l’Esprit Saint qui ne t’effleure pas… j’te baptise : Peau de chamois !»… Du sommet du crâne un peu chauve à la semelle de ses sandalettes, l’intendant… fut repeint à neuf ! Jusqu’à ce que l’armateur mette fin à sa carrière en supprimant le poste d’Intendant sur ses navires… ceci pour économiser quatre sous, l’individu garda ce surnom d’embarquement en embarquement… bien que personne à la fin ne sache plus pourquoi !
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport relatif aux hommes hauts en couleurs des navires de Kerdubon.
Signé : Planchet

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