La première femme à avoir fait le tour du monde

image001image0031768 – 250 ans après l’expédition de Magellan on LA découvre par hasard à Tahiti sur l’Etoile, navire qui accompagnait La Boudeuse du grand explorateur français Bougainville. Elle était LE domestique de Philibert de Commerçon, naturaliste de renom et premier scientifique de l’expédition.
Bien sûr, à bord, on s’étonnait de ses manières peu habituelles chez les matelots : « son physique, le son de sa voix, son menton sans barbe… accréditaient le soupçon : le merveilleux attachement de Jean Baré pour son maître éveillait l’attention des matelots ! On remarqua que M. de Commerçon s’enfermait bien souvent dans sa cabine avec son domestique » mais la façon qu’avait ce dernier de porter dans les expéditions à terre les armes, les provisions et les cahiers de plantes de son maître en impressionnait plus d’un. On lui avait donné le surnom de « bête de somme ».
Le soupçon sur le véritable sexe de Jean se transforme en certitude à Tahiti. Les Tahitiens, malicieusement informés du doute par Aoutourou, l’interprète de Bougainville, veulent lui rendre tous les honneurs. A Tahiti à cette époque « l’amour sans pudeur n’est pas sans innocence » et l’on ne peut accueillir une femme sans lui faire subir la politesse de Tahiti. Philibert de Commerçon voit cela d’un très mauvais œil et tente sans succès de consigner à bord sa servante démasquée. C’est le chevalier de Bournand de garde à terre, ce jour-là, qui vole au secours de Jeanne qui avait été enlevée par le plus agile et le plus robuste de ses adorateurs. Elle n’ose plus mettre pied à terre et, à bord, en rajoute encore dans les travaux les plus masculins donc les plus pénibles. A bout de nerfs, ne supportant plus les ricanements et les sarcasmes de l’équipage, elle s’effondre en pleurs devant Bougainville et lui avoue son véritable sexe. L’aveu est accompagné d’une touchante confession. Sa vie antérieure, misérable, lui avait fait préférer de se présenter comme un homme, pour trouver un travail tout simplement. Elle assume seule le poids du mensonge et épargne Philibert largement son complice. Bougainville, qui n’est pas dupe, accepte sa version et la décrit ni laide ni jolie, âgée d’environ 26/27 ans et, avec un détachement tout aristocratique, remarque qu’après un naufrage sur une île déserte elle eut pu contribuer à assurer une descendance.
De recherches bibliographiques émerge le bas-fond de la relation de Philippe et de Jeanne. Bien des années avant cette aventure, Jeanne Baré était la jeune domestique du couple Commerçon. Au décès de son épouse, une relation plus intime s’est nouée entre la servante et le célèbre naturaliste dont elle est tombée enceinte. L’enfant a été rapidement placé chez une mère adoptive. Lorsqu’on fait à Commerçon la proposition de participer à l’expédition de Bougainville, celui-ci d’une santé fragile négocie l’assistance d’un domestique. C’est Jeanne Baré qui se présente, déguisée en homme, pour satisfaire à l’interdiction absolue de présence féminine à bord des navires du roi. La mise en scène montée par les deux complices donna l’illusion d’une première rencontre. On connaît la suite.
Jeanne Baré, qui se faisait appeler Jean Baré était déjà très au fait des dossiers scientifiques du naturaliste. Elle fut reconnue plus tard comme expert par Bougainville. Commerçon souffrait du mal de mer et d’un ulcère récurrent à la jambe qui handicapait sérieusement l’exécution de ses missions. Jeanne a donc joué un rôle déterminant dans les découvertes faites par l’expédition. L’équivoque levée, elle termina le voyage autour du monde de Monsieur de Bougainville entourée de courtisans mais en restant fidèle à son maître. Ajoutons, car cela ne s’invente pas, que Philibert de Commerçon, à la morale très stricte, était aussi connu dans le royaume pour avoir créé le prix de la vertu !
Offrons en conclusion à cette femme d’exception cette fleur qu’elle a probablement découverte, le bougainvillier : « une plante admirable aux larges fleurs d’un violet somptueux ».
Francis Bergerac

4 Responses to “La première femme à avoir fait le tour du monde”


  1. 1 de Cayeux 14 janvier 2015 à 15:07

    Bougainvillier est admis mais à l’origine et jusqu’à très récemment l’orthographe, d’ailleurs toujours admise, est (une) bougainvillée.

  2. 2 escales maritimes 14 janvier 2015 à 18:32

    Confirmation : les deux orthographes sont admises ; pour Le Robert « bougainvillier » est masculin.
    Bien cordialement.

    Escales

  3. 3 FRK 14 janvier 2015 à 19:18

    Fut elle aussi la première passagère clandestine?

  4. 4 Jean-François Mury 14 janvier 2015 à 20:43

    A ce sujet lire l’excellent roman « La Clandestine du voyage de Bougainvillier » de Michel Kahn et « Fleuve de fumée » de Amitav Ghosh.
    Les deux ouvrages sont passionnants !


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