Tragique Noël en mer sur le 4-mâts « Seine »

4-mâts dans la tempête, misaine réduite et petit hunier déchiré - collection Michel Maurin

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !… (Océano nox)

Victor Hugo n’a rien dramatisé en écrivant cette émouvante ode aux marins. Les disparus en mer étaient légion au temps des grands voiliers tant sur les cap-horniers que sur les terre-neuviers, mais être immergé en mer à Noël était plus rare. Le cas s’est produit en 1920 pour le capitaine Jean-Louis Arzul originaire de Pontrieux, inscrit à Paimpol, capitaine du 4-mâts Bordes « Seine » 1898 ex-« Ernest-Siegfried » d’Edouard Corblet, port d’attache Le Havre, ainsi que deux de ses marins, le maître d’équipage et un matelot.
Le navire rentrait d’Antofagasta au Chili avec un complet chargement de nitrate de soude à destination de Bordeaux. Il dut relâcher à Horta (1) pour réparer des avaries de gros temps rencontré à 50 milles des Açores. Le 24 décembre 1920 au cours de la tempête qui faisait rage le grand voilier, à voilure réduite sous les huniers fixes et la misaine, avait subi de graves dégâts à son appareil à gouverner. Soudain, un paquet de mer s’était abattu sur le pont avec violence balayant tout sur son passage. Le capitaine, le maître et quatre hommes se trouvaient à la barre.
Allongé sous la baleinière le capitaine ne pouvait plus bouger ayant la colonne vertébrale brisée. Une de ses cuisses n’était plus qu’une masse sanglante de lambeaux de chair arrachés laissant voir les os, explique le second capitaine Gervin dans son rapport rédigé ultérieurement sur rade de Fayal. Aidé par le lieutenant et deux matelots, Gervin a fait transporter les blessés : le capitaine Arzul, le bosco Denmat et le matelot Chauvin dans la chambre de veille pour leur donner les premiers soins selon les prescriptions du « Médecin de papier ». Denmat avait la jambe droite brisée et le crâne perforé laissant voir son cerveau. Chauvin avait une jambe brisée en trois endroits avec lui aussi de la chair arrachée laissant voir les os. Le matelot Geffroy a été porté disparu. Marec et Dauphin blessés moins grièvement ont été soignés après les cas urgents.
Le capitaine Arzul, qui n’avait pas perdu connaissance, donna l’ordre de mettre le navire à la cape afin de parer à d’autres paquets de mer, puis il expira dans la nuit à 2 h 50 du matin en même temps que le maître d’équipage. Le matelot Chauvin survécut jusqu’à 10 h 45. Tous les trois ont été immergés en mer au large des Açores.
Claude Briot
(1) Archipel des Açores
• Illustration : 4-mâts dans la tempête, misaine réduite et petit hunier déchiré. Coll. Michel Maurin.

2 Responses to “Tragique Noël en mer sur le 4-mâts « Seine »”


  1. 1 BIHAN Yann 24 décembre 2014 à 17:04

    Mon grand-père, François-Marie Le BIHAN inscrit maritime à Paimpol n°15645, était à bord.
    Quelques mois auparavant il était sur le Caroline qui a brulé puis coulé en baie d’Antofogasta au Chili.
    Après avoir débarqué du SEINE à Bordeaux, il a quitté définitivement la marine à voile pour embarquer sur des cargos à vapeur.
    Il a fini sa carrière maritime comme chauffeur sur le transatlantique FRANCE et débarqué définitivement au Havre en juillet 1931.
    Avant d’être cap-hornier sur les grands-voiliers de la Cie Bordes, il fit comme patron de doris, une douzaine de campagnes à Terre-Neuve sur les goélettes paimpolaises.
    Il ne voulait pas que son fils, mon père, soit marin !!

  2. 2 Hervé 29 avril 2015 à 18:50

    Sauf erreur, je pense bien que ce capitaine Arzul était mon arrière-grand-père.
    Merci pour ce récit qui corrobore ce qu’on en racontait dans ma famille.


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