Ce Roi normand qui a vu son royaume…

Histoire de la conquête des CanariesLa contribution de Francis Bergerac à propos de Louis de la Cerda Prince de Fortunie (1) invite à évoquer l’épopée d’un grand navigateur normand au premier temps des voyages de découvertes, 90 ans avant Colomb. L’histoire débute à la fin du XIVᵉ siècle. La Guerre de Cent Ans ruine la France et bien entendu sa Marine. Jean de Béthencourt avait déjà plusieurs campagnes à son actif quand il se retire, à 42 ans, avec sa boussole et son astrolabe dans son domaine cauchois de Grainville-la-Teinturière près de Fécamp. Il va s’y morfondre jusqu’au jour où son oncle Robert de Braquemont vient lui proposer un marché ambitieux. Cet oncle s’était distingué au cours de la guerre du Portugal et avait obtenu d’Henri III de Castille, l’autorisation d’aller conquérir les îles Canaries.
• Sans hésitation Jean de Béthencourt remet la jouissance de tous ses biens à son oncle en échange du titre de Roi des îles Canaries. Avec des gentilshommes intrépides tels le normand Berthin de Barneval et le gascon Gadifer de la Salle, le 1ᵉʳ mai 1402, il appareille de La Rochelle.
• À l’île Lanzarote, première étape de la conquête, les naturels se soumettent sans combattre mais à l’île suivante, Fuerteventura, il se heurte à l’opposition des insulaires dont il viendra à bout grâce à l’aide d’Henri III qui lui envoie des renforts. Il restait encore cinq îles à investir pour devenir maître de l’archipel. Ne souhaitant pas implanter trop d’Espagnols, Jean de Béthencourt, emmène avec lui trois Canariens et une Canarienne preuve de sa conquête et retourne en France recruter des colons normands.
• Fin février 1405, il aborde à Harfleur près du futur Havre-de-Grâce. Son enthousiasme est convaincant car il parvient à recruter 160 colons dont 23 accompagnés de leur épouse. De retour à Lanzarotte, les laboureurs cauchois vont apprendre aux Guanches à cultiver la terre. Comme se comporteront plus tard Verrazano et Champlain cherchant un passage en Amérique du Nord débouchant sur l’océan Pacifique, les visées de Béthencourt étaient ailleurs que dans la colonisation forcenée de terres nouvelles. Il était avant tout un grand navigateur et ces îles représentaient une base avancée pour l’exploration de l’océan Atlantique vers l’Ouest. Ainsi à Grand Canaria et à Ténériffe conquises à leur tour, il distribue des terres aux colons normands et leur fait construire des habitations, mais quand l’ex-roi de Lanzarote vient lui demander des parcelles de terrain pour les mettre en culture, il lui en accorde 4 hectares. Il fera de même dans les autres îles de l’archipel.
• Le 15 décembre 1405, le Roi des Canaries, nomme son neveu Maciot de Béthencourt gouverneur de l’archipel et reprend la mer pour une tournée triomphale en Espagne et à Rome car, bien entendu, l’évangélisation des Guanches était au programme. La colonie prospéra jusqu’en 1420, époque où les Portugais commencèrent à revendiquer ces îles. Leur guerre avec les Espagnols se termina par le traité d’Alcaçovas du 4 septembre 1479 reconnaissant la souveraineté de l’Espagne. Les Guanches changèrent de maîtres et Jean de Béthencourt, mort en 1425 à l’âge de 65 ans, se retourna dans sa tombe creusée sous le chœur de l’église de Grainville-la-Teinturière, son pays n’ayant pas su tirer profit de son entreprise menée à bien.
Gabriel Gravier membre de la Société de l’Histoire de la Normandie écrivait en 1874 en préface d’une réédition du Canarien « La conquête des îles Canaries, éternel honneur de Jean de Béthencourt et des navigateurs normands, ouvrit l’ère de la grande navigation. Elle sollicita nos hommes de mer à sonder les mystères de l’Atlantique et détermina peu à peu le grand mouvement maritime qui devait aboutir aux exploits de Christophe Colomb ».
Claude Briot
(1) Escales Maritimes du 20 novembre 2014. Les Iles Fortunées en Atlantique au large des côtes du Maroc étaient connues des Romains. Redécouvertes par les Espagnols en 1312 mais non occupées par eux.
• Illustration : Le Canarien. Histoire de la conquête des îles Canaries par Jean de Béthencourt avec un portrait de l’auteur. Publiée en 1630 par Pierre Bergeron. Bibliothèque municipale de Rouen.

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