Cures marines, au large, sur le 5-mâts France 1911

Image 2L’idée n’était pas nouvelle puisque chez les Anciens, Hérodote conseillait les voyages en haute mer pour se refaire une santé et Cicéron qui crachait le sang raconte qu’il a été guéri après deux ans de navigation dans les mers de Grèce. Plus près de nous, Lionel Peau 16 ans de santé précaire, fils d’un conservateur adjoint au Muséum du Havre, Etienne Peau chargé d’une mission minéralogique et botanique aux îles Kerguelen, embarqua avec son père en octobre 1923 sur le navire Oural. Il rentra de cette longue expédition maritime complètement guéri et fortifié (1).
Un grand voilier cap-hornier du nickel, le 5-mâts France 1911 armé à Rouen par Prentout Leblond (2) pour les voyages de Nouvelle-Calédonie avait été équipé pour recevoir des curistes. Le prospectus publicitaire vantait l’avantage de la formule sur les paquebots à passagers à traversées courtes où il fallait se plier aux exigences mondaines. Pour concilier prix abordable, confort et calme absolu, il fallait un navire assez grand équipé d’une installation moderne de cure et surtout que le fret assure à l’armateur un revenu suffisant (3). France 1911 répondait à ces critères. Effectuant un tour du monde à chaque voyage avec aller Le Havre-Nouméa par Bonne Espérance et retour par le Cap-Horn, les traversées en droiture duraient en moyenne 100 jours chacune.
Le château central contenait les aménagements réservés aux curistes. On y accédait par un grand salon situé sur le pont promenade. Au bas d’un escalier à double révolution, se trouvaient sept grandes cabines réservées à leur usage ainsi qu’à celui du médecin, un vaste salon avec piano, divans, fauteuils et plantes vertes, une bibliothèque, une salle d’hydrothérapie, une infirmerie-salle d’opérations, une lingerie. Il y avait également une chambre noire pour le développement des photographies. Les cabines de 12 m² étaient équipées chacune d’un lit en cuivre doré avec table de nuit, commode, armoire américaine, bureau, canapé, lavabo avec eau chaude. Dans la salle à manger située sous la dunette étaient servis des repas améliorés par rapport aux menus de l’état-major et de l’équipage. Les chambres frigorifiques largement pourvues permettaient, avec l’appoint des étables et des cages à poules du bord, de servir une nourriture aussi abondante et variée que dans les meilleurs restaurants à terre selon la plaquette publicitaire. Pendant le séjour en Nouvelle-Calédonie, un canot à moteur permettait d’effectuer des excursions autour du « Caillou ».
Ces cures de santé au grand large sur le 5-mâts France 1911 furent de courte durée en raison de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle le grand voilier parvint à échapper aux sous-marins allemands mais pour aller faire naufrage, trois ans après l’armistice, sur un récif de corail au large de Nouméa. Alors qu’à notre époque le stress fait tant de dégâts, l’idée des cures de repos en haute mer serait à reprendre et à promouvoir, en quelque sorte, des voyages en cargo adaptés et pourquoi pas sur un 5-mâts France 2017 ou 2020, le troisième du nom.
Claude Briot
(1) Les Frères Bossière, pionniers des Kerguelen. Recueil des Amis du Vieux Havre n°40-1990.
(2) Un autre 5-mâts cap-hornier
France premier du nom a été armé par la Cie Bordes. Construit en Angleterre en 1890, il était affecté au transport du charbon anglais et du nitrate de soude du Chili. D’où ne pas confondre les 5-mâts France 1890 et France 1911 sans parler des paquebots transatlantiques France.
(3) Jean Randier : Grands Voiliers Français. CELIV 1986.
● Illustration : Publicité pour les cures de repos à bord du 5-mâts
France 1911 et portrait de celui-ci par Roger Chapelet. Ex-collection Henri Picard.

1 Response to “Cures marines, au large, sur le 5-mâts France 1911”


  1. 1 Nouazé Yvon 1 avril 2015 à 21:02

    Dans son ouvrage de 1974, GRANDS VOILIERS FRANÇAIS/1880-1930, Jean Randier lançait un appel aux personnes ayant profité de ces cures (ou aux familles de ces voyageurs) pour obtenir des souvenirs ou des notes relatifs à ces voyages. Il semble que l’on ne connaisse toujours aucun témoignage.


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