L’histoire méconnue, d’un pionnier de la vapeur

BAC_RoyalWilliam1834-C9041BAC_CapBlanc• Carte postale du Québec – Le premier voyage du Royal William n’eut pas un profond retentissement. Cela s’explique. Une petite colonie comme la nôtre, de médiocre importance et presque perdue dans un coin de l’Amérique, ne pouvait nourrir la prétention de passionner le monde entier avec une expérience dont l’heureux résultat devait pourtant amener toute une révolution dans la navigation. On ignora ou l’on feignit d’ignorer le Royal William, vaisseau canadien, qui marchant par la seule puissance de la vapeur s’aventura le premier sur le grand océan (1).
• Premier ? pionnier ? inventeur ? révolution ? Chronologie des moments d’importance :
En 1778, le Français Claude de Jouffroy d’Abbans construit Palmipède et réussit la toute première navigation propulsée à la vapeur, sur le Doubs à Baume-les-Dames. L’Américain Robert Fulton inaugure, en 1807, la première ligne régulière de navigation à la vapeur sur la rivière Hudson, entre Albany et New York, à bord de Clermont. En 1809, le Canadien John Molson fait construire et lance à Montréal Accommodation puis descend le Saint-Laurent, notre Mer à nous, jusqu’à Québec. Cette première navigation ouvre un service « régulier » sur le fleuve. L’Américain Savannah est généralement crédité de la première traversée atlantique, en 1819, entre le port de Savannah (Georgia) et Liverpool. Or l’essentiel de la traversée de 29 jours fut effectué à la voile, la machine utilisée durant 80 heures seulement. Disqualifié ? Le vapeur de la Marine royale néerlandaise Curaçao réalise entre le 26 avril et le 4 août 1827 le premier aller-retour entièrement à vapeur, entre Rotterdam et Paramaribo (au Suriname, et de là à Curaçao, Antilles néerlandaises). Construit au Cap Blanc à Québec (voisin du cap Diamant) en 1831, Royal William effectue d’abord des liaisons régulières entre notre capitale et Halifax (Nova Scotia) avant de traverser en toute vapeur l’Atlantique, de Québec à Pictou (Nova Scotia) puis Gravesend (estuaire de la Tamise) en 24 jours, du 17 août au 11 septembre 1833, pour y être vendu. Quatre ans plus tard, les américains Sirius et Great Western relièrent Cork (Irlande) et New York. En 1837, donc pas du tout les premiers, quoi qu’en claironnent d’aucuns, assourdis par les tambours et trompettes. Mais la preuve est faite, ça fonctionne !
• De toute manière, ceci permet de souligner qu’en ce XIXᵉ siècle, Québec figure au sommet du palmarès des ports nord-américains de construction navale et innovation, avec quelques-uns de la Nova Scotia et de la côte est étasunienne. À Québec, des dizaines de chantiers maritimes s’alignent sur les rivages du Saint-Laurent et de la rivière Saint-Charles, qui construisent des voiliers et des vapeurs de tous tonnages pour les navigations locales, domestiques et océaniques. Royal William, construit à Québec par James Goudie et parmi les pionniers de cette conquête mécanique de l’Atlantique n’est pas une surprise, c’est une fière évidence !
• Ce gros navire, gréé en goélette à trois-mâts à huniers, mesurait 176 pieds (54 m) de pont sur 146 (44,5 m) de quille, 27 pieds 4 pouces au maître-bau (8,3 m) et un total de 43 pieds 10 pouces (13,2 m) et 17 pieds 9 pouces (5,5 m) de creux. Il jaugeait 830 tonneaux. Nous n’avons que peu d’informations sur sa machine à balancier, autres qu’elle fut construite par Boulton & Watt à Londres, installée à Montréal par Bennett & Henderson et qu’elle développait 200 chevaux-vapeur. Aussitôt arrivé en Angleterre en septembre 1833, Royal William fut vendu à un armement britannique puis affrété par le Portugal pour le transport de troupes. L’année d’après, il fut à nouveau vendu, cette fois à l’Espagne, renommé Ysabel Segunda (Isabel II) et armé comme navire de guerre jusqu’en 1837. Envoyé à Bordeaux pour inspection après plusieurs missions, sa coque fut jugée malsaine mais sa machine récupérée à bord d’un nouveau Ysabel Segunda construit là. La jeune mais misérable carcasse de Royal William termina ses jours en épave dans le port de Bordeaux (2). Fort heureusement demeure sa glorieuse mémoire !
Alain Boucher, le rédacteur
(1) Eugène Rouillard. Le premier vapeur océanique, dans Revue canadienne, n° 25, Montréal, 1889, pp. 74-78.
(2) James MacPherson Le Moine. Quebec Past and Present. A History of Quebec 1606-1876 in two parts, Québec, Augustin Côté, 1876, pp. 266-269.
• Images – Le
fier Royal William, en prime une vue du Saint-Laurent au Cap Blanc.

1 Response to “L’histoire méconnue, d’un pionnier de la vapeur”


  1. 1 BOUCHER le rédacteur 6 janvier 2015 à 18:58

    Complément d’information à la suite d’une découverte fortuite :
    le tableau qui illustre ce billet est une huile sur toile (59 cm x 76) du peintre britannique Stephen Dadd Skillett (1817-1866). Peint en 1834, il est intitulé « Le « Royal William » transformé en frégate et rebaptisé « Isabel Segunda » ».
    Toutefois, le pavillon à la corne d’artimon est bien le Red Ensign britannique et non le pavillon jaune et rouge de l’Armada espagnole de l’époque. En 1834, le Canada n’était pas encore un pays, le Québec n’existait pas encore en soi et nous portions les couleurs de notre conquérant de 1759. Rappelons que Royal William, construit à Québec en 1831, a été britannique de septembre 1833 jusqu’en 1835, avant de devenir espagnol.
    Le tableau fait partie de la collection du Musée national des beaux-arts du Québec, acquis en 2007 de Bibliothèque et archives nationales du Québec.


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