Les Hirondelles de Rio, clippers havrais du café

Paulista par Marin Marie - Ex-Musée Ancien HavreIls étaient magnifiques ces petits clippers avec leurs fines coques et leurs voilures conquérantes, conçus à l’origine pour participer à la ruée vers l’or de Californie au milieu du XIXᵉ siècle. Il fallait cinq mois en moyenne à un 3-mâts de commerce classique de l’époque pour rallier San Francisco via le Cap-Horn, d’où le besoin des armateurs de disposer de voiliers plus rapides quitte à sacrifier sur leur capacité de charge, en un mot transporter moins de cargaison mais plus rapidement. Ce type de navire fin voilier taillant de la route même par gros temps (1) était déjà en service notamment chez les Anglais pour ramener le thé de Chine avant qu’il ne soit complètement éventé.
La ruée vers l’or californien n’ayant été qu’un feu de paille, il fallut trouver d’autres destinations aux premiers clippers français lancés dans nos chantiers à partir de 1852. Certains ont été placés sur la ligne du Chili et du Pérou avec des passagers et des marchandises diverses à l’aller et du guano (2) au retour. Les autres reçurent une affectation plus conforme à leur prestige : importer le café du Brésil à pleines cales. Pour lutter contre la concurrence des navires à vapeur qui s’emparaient des lignes long-courrières, un consortium d’armateurs de grands voiliers vit le jour au Havre : l’Union des Chargeurs, ancêtre de la Compagnie des Chargeurs Réunis fondée en 1872. Quarante clippers ont été armés par ce consortium assurant des départs du Havre à jours fixés d’avance dont les cinq frères en construction (3) sortis des Chantiers Augustin Normand : France-et-Chili, Paulista, Carioca, Pétropolis, Commerce de Paris.
Une longueur totale de carène de 54 mètres pour une largeur de 9,80 m au maître couple (4) et une profondeur de 4,25 m fournissait une jauge brute de 611 tonneaux ce qui leur permettait de rapporter au Havre, à chaque rotation, 450 tonnes de café, soit 7 500 sacs de 60 kg chargés à Rio-de-Janeiro. Gréés en 3-mâts carrés, ils portaient 1 260 m² de voilure sans les bonnettes ce qui leur permettait d’atteindre, avec ses dernières en renfort, une vitesse de 15 nœuds par vents favorables et de gagner 10 à 15 jours sur une traversée par rapport aux 3-mâts traditionnels de l’époque aux coques plus lourdes et aux voilures moins développées. Les passagers, une vingtaine à chaque traversée, y trouvaient leur compte. La régularité et l’élégance de ces petits clippers sur cette ligne les avait faits surnommés « Les Hirondelles de Rio ».
Claude Briot
(1) Les coques renforcées de ces clippers et de solides gréements permettaient de conserver la voilure plus longtemps dans les gros temps avant de la réduire en prenant des ris.
(2) Fret peu noble pour ces prestigieux navires puisqu’il s’agissait d’excréments de pélicans et autres oiseaux de mer, engrais naturel déposé en abondance à cette époque sur les îles de la côte du Pérou.
(3) Expression utilisée par certains chroniqueurs de la Presse locale havraise de la période pour désigner des navires identiques construits sur le même plan. L’anglicisme « sister-ships » n’avait pas encore colonisé leur vocabulaire.
(4) La plus grande largeur du couple de membrures situé en général au milieu du navire.
• Illustration : 3-mâts-carré
Paulista, clipper français du café. Aquarelle de Marin-Marie d’après le modèle de chantier. En couverture du livre Clippers Français de Claude et Jacqueline Briot 1993.

1 Response to “Les Hirondelles de Rio, clippers havrais du café”


  1. 1 Quiesse Guy 11 novembre 2014 à 21:48

    « Les clippers français » éditions du chasse marée de Claude & Jacqueline Briot, est une source inépuisable de découvertes. Acquis il y a longtemps, relu il y a peu de temps, l’article sur les clippers hirondelles de Rio, me donne envie d’une 3ème lecture. Chapeau et merci à Cl. Briot !


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