Les escales du banc des menteux

image001• La fois où  Kerdubon manqua – de peu – de couler bas – Racontes-nous Kerdubon la seconde fois où tu as failli te laver les choses !
– J’étais le timonier du « Broutard » un patrouilleur côtier effectuant les essais de torpilles de l’usine de Cogolin non loin de Saint-Tropez. Il faisait très chaud en ce début d’après-midi de jeudi, tout le monde dormait plus ou moins respectant le rite sacré de la sieste. S’il n’y avait pas eu les deux moteurs en train de tourner, on aurait pu entendre les mouches voler. J’assurais la veille et le quart à la passerelle à la place du pacha qui me faisait confiance et ronflait dans sa petite cabine. A part l’homme de barre, l’homme à l’étage au-dessous qui s’était assis sur un casier à pinard, tout le reste de l’équipage était également mollement allongé sur les bannettes. J’étais en train de me dire que le Broutard avait une drôle d’assiette ainsi incliné vers l’arrière, lorsque Legronion apparut en haut de la descente machine en hurlant : sauve qui peut… on coule ! En une fraction de seconde, les types tirés de leur somnolence réalisèrent qu’en effet, les conditions de flottabilité du bateau étaient pour le moins inquiétantes. Ce fut la ruée sur le pont… puis chacun s’activa en silence, qui à désamarrer le canot, qui à larguer les radeaux… le radio était le seul à crier : Dois-je envoyer le “ may-day ” ?
– Bien sûr… et vite !
répondit le Pacha qui la chemise en bannière sur ses jambes nues, grimpait quatre à quatre dans la baignoire, la passerelle supérieure. Le Second Maître Mécanicien qui faisait office de “ Chef mécanicien ” était en train de souquer la descente machine à coup de masse. Les moteurs cessèrent de tourner et ce fut le grand silence général.
Que s’est-il passé ? Interrogea le Commandant ?
La durite a pété net… sectionnée quoi… à la hauteur de la coque, ce qui fait que l’eau a entré par ce trou dans la chambre des machines et de plus… les moteurs refoulaient leur eau de refroidissement également à l’intérieur
– On ne coule plus Commandant !…
dis-je. En effet, à l’arrière, la mer calme affleurait le pont… qui ne s’enfonçait plus. Il y avait une gîte importante sur bâbord. Tout le monde attendait silencieusement la suite. A ce moment, on entendit des coups frappés contre la descente machine.
– C’est Minet… le matelot mécanicien… dit Labadon… faut ouvrir… et il prit la grosse masse des mains du “ Chef Mécanicien ”. Sitôt libéré, le mécano Minet, pâle comme un mort se dirigea avec calme vers son chef… et sans un mot… lui balança un violent coup de poing en plein visage. Le Bidel se précipita pour le ceinturer. Pensez… un énergumène qui ose frapper son supérieur, c’est passible du conseil de guerre ça !
Ce salaud s’est sauvé comme un pet sur une toile cirée !… Il m’aurait laissé couler avec cette chiotte sans chercher à faire quoi que ce soit… un héros ! Alors Commandant, j’ai stoppé les moteurs… et comme l’eau avait jailli sur bâbord, on a pris de la gîte… comme vous voyez, ce qui a mis le trou juste un poil plus haut que la surface de l’eau… On peut le boucher à présent en remettant la durite de rechange
Le radio apparut décontenancé : Commandant… j’peux plus émettre… y a plus de courant… alors pour le may-day… qu’est-ce que je fais ?
Normal ! j’ai aussi coupé le groupe électrogène !
T’aurais pu brancher les batteries de secours sur la radio… andouille ! déclara le Second Maître, “ Chef Mécanicien ”. Le Bidel eut besoin de toute sa force pour retenir Minet… qui se précipitait sur la masse.
La réparation effectuée, le Broutard reprit sa route. Chacun songeait maintenant au week-end qui s’annonçait, oubliant déjà que le sang-froid de “ Minet ” dont le nom était en réalité Lechatduick … (Lechatnoir), avait quoiqu’on en dise, sauvé le navire… comme quoi un chat noir ne porte pas forcément malheur sur un navire !
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des dires de Kerdubon.
Signé : Planchet

5 Responses to “Les escales du banc des menteux”


  1. 1 claudebriot 11 novembre 2014 à 08:36

    Bravo Planchet. J’adore vos articles. Continuez à nous rafraichir la mémoire avec humour.

  2. 2 André 11 novembre 2014 à 10:29

    Bjr à tous. Je ne sais pas si c’est à Planchet ou à Kerdubon qu’il faut dire merci, en tout cas c’est super, chaque fois que je découvre un nouvel épisode sur  »escales » c’est de la bonne humeur pour toute la journée et en ce moment on en a bien besoin
    Kenavo

    André

  3. 3 Henri Bourdereau 11 novembre 2014 à 19:19

    Il est vraiment très drôle, Kerdubon, mais son humour serait encore meilleur si il y avait un peu moins d’invraisemblance à la base de son récit… La Durite pétée ? De quel « trou » s’agit-il ? Echappement ou refroidissement ? Mais comme il semble qu’il était sous la flottaisonil était obligatoirement doté d’une vanne. Je sais, technique et humour ne vont pas bien ensemble, mais tout de même… Quant à la sieste générale, passons…

  4. 4 escales maritimes 12 novembre 2014 à 19:55

    Kerdubon a choisi l’humour, et tant pis pour la mécanique navale ! Ça n’est vraiment pas le propos. Les plus grands (Rabelais, Molière, La Fontaine ou Charlie Chaplin…) ont tous pris quelques licences avec la froide réalité. Ce qui compte en l’occurrence est bien plus la façon de dire que ce qui est dit.
    « Le banc des menteux » n’est pas un manuel de motorisation navale, il y a d’excellents traités sur le sujet, mais ils sont ailleurs. C’est très bien ainsi.
    Maurice Duron

  5. 5 Claude Briot 15 novembre 2014 à 11:43

    Aide subrécargue sur un navire allemand affrété par ma compagnie, nous avons failli coulé à quai à Brème. Une nuit alors que nous chargions du divers pour la Côte d’Afrique, on nous a fait stopper précipitamment le chargement, l’eau entrait dans la machine par un clapet de coque démonté dans la journée par les mécaniciens qui ne nous en avait pas informé. Je ne sais pas si ces mécaniciens allemands avaient fait un calcul prenant en compte les cadences de chargement des dockers de Brème et concluant qu’ils pouvaient laisser les choses en l’état jusqu’au lendemain après les libations du soir dans la cabine.


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