Un passage de la Ligne vécu par Edouard Manet

Le passage de la ligne sur un voilier de commerce au XIXe - La France MaritimeSi Paul Gauguin a été peu prolixe sur ses embarquements dans la Marine Marchande, en revanche Edouard Manet a été plus éloquent. Enrôlé au Havre en décembre 1848 comme pilotin sur le 3-mâts Havre et Guadeloupe armé par Cor Palm et Cie à destination de Rio-de-Janeiro, il a laissé un intéressant témoignage dans des lettres à sa mère. Il a alors 16 ans et demi. Parmi ses descriptions de la vie à bord, le passage de l’Equateur l’a particulièrement marqué.
Le dimanche 21 janvier à midi, un  astrologue  descendu de la hune du grand mât fait monter le capitaine sur la dunette pour lui faire prendre une hauteur du soleil puis remonte dans la mature demander au Père La Ligne l’autorisation de franchir l’Equateur. La réponse est apportée en fin d’après-midi par une pluie de fayols (1) et de seaux d’eau déversés du haut des mâts. Se présentent alors un  messager équinoxial  suivi d’un Breton « chargé de poules (2), d’œufs et de crêpes ». Un postillon présente une lettre au capitaine de la part du Père La Ligne l’autorisant à entrer dans ses Etats.
Une tente a été dressée en guise d’autel. Le tintement de la cloche annonce le départ de la procession conduite par un suisse suivi du prêtre, d’un enfant de chœur, du Père La Ligne accompagné de son épouse, de Neptune, d’un barbier, de deux gendarmes, enfin du diable et son fils. Après la parodie de sermon, les gendarmes viennent chercher les candidats au baptême (3) les uns après les autres y compris les passagers. Menés à l’autel, le prêtre les confesse et les fait communier. Le barbier se charge ensuite de les badigeonner avant de leur racler le visage avec son grand rasoir en bois. Priés de se débarbouiller dans un baquet d’eau, ils s’y trouvent plongés la tête la première avant d’être copieusement arrosés en se relevant. Le « bizutage » n’est pas terminé pour autant car le diable les enduit à son tour de mixture noire que de la graisse fondue malodorante aura bien du mal à enlever.
Beau joueur, Edouard Manet écrit à sa mère après cette épreuve « Nous voilà enfin marins, nous avons passé la Ligne ; il y a tant de capitaines de vaisseau qui ne l’ont pas passée ».
Claude Briot
(1) Se prononce fayots : haricots secs souvent confondus avec les gourganes qui sont des fèves.
(2) Il y a des poules vivantes à bord d’où le nom de lieutenant de cage à poules donné à l’officier chargé de s’en occuper en plus de ses autres tâches.  
(3) Qui passaient l’Equateur pour la première fois de leur vie.
Illustration – Cérémonie du baptême au passage de la Ligne sur un grand voilier de commerce au milieu du XIXᵉ siècle. La France Maritime 1852.

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