L’âme noire des trafiquants de bois d’ébène

02_souffrancepdf_l_Etude_des_traites_ne_grie_res_travail_de_groupe_Jamais, dans l’histoire de la navigation occidentale, il n’y eut pratique plus atroce que celle des négriers.
Même aujourd’hui, nous avons du mal à imaginer ce que fut le quotidien des traversées de la honte. En voici une vision d’époque qui est tellement cynique qu’on pourrait croire à une dénonciation de l’esclavage. C’est malheureusement peu probable, puisque l’ouvrage dont elle est extraite (1) sous-entend que c’est une pièce versée au dossier, sans plus… Comprenne qui pourra.
• Les produits d’Européens en baisse donnent parfois des pertes ; mais les Noirs,  jamais ; et sauf épidémie à bord, il y a toujours quelques piastres à gagner dans le commerce. Quoique la mortalité soit grande parmi les hommes parqués comme des moutons, nous eûmes, grâce à l’air et au mouvement, ces deux principes de vie, peu de Noirs à jeter à la mer. A certaines heures du jour, nos mains philanthropiques allégeaient les entraves, et la consigne était alors de respirer et folâtrer à l’aise sur le pont. Avec ces précautions d’hygiène, notre chargement essuya peu d’avaries et sur 300 Noirs nous eûmes le bonheur d’en débarquer 271 sur la côte du Vent, sans autre mal que quelques chevilles enflées et quelques cous meurtris par les barres de justice et les carcans. Nous comptâmes onze suicides, chiffre satisfaisant qui grossirait jusqu’à des proportions ruineuses sans les boissons fortes qui hébètent les sens, et la bruyante musique qui émousse le souvenir et assoupit le désespoir.
• C’est trop… Pour ceux qui ne le croirait pas, ce texte est extrait du tome 2 de La France maritimeDutertre, Libraire-Editeur, Paris, page 119.
(1) Publié sous le patronage du ministère de la Marine.
• Images – A gauche, visite de contrôle inopinée dans l’entrepont où s’entassent les déportés. A droite, traitement infligé par le capitaine anglais Kimber à une jeune fille pour… sa trop grande pudeur ! (Londres 1792 – British cartoon collection).

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4 Responses to “L’âme noire des trafiquants de bois d’ébène”


  1. 1 dh 2 octobre 2014 à 21:48

    Ce cynisme n’est-il pas tout proche de celui des passeurs qui sévissent aujourd’hui en Méditerranée, par exemple ? Que diraient-ils s’ils parlaient de leur cargaison de réfugiés ? Que disons-nous pour justifier notre aveuglement… ou notre ignorance des conditions de ces navigations contemporaines ?

  2. 2 Francis Bergerac 3 octobre 2014 à 04:34

    Ce texte n’apparait cynique qu’avec le recul historique. Notre regard sur ces faits a profondément changé. Rares étaient à l’époque les consciences éclairées qui dénonçaient ces pratiques. Avant l’instauration de ce commerce, Louis XIII dit Le Pieu ne voulait dans son royaume que des hommes libres. Il a été convaincu de l’officialiser (ce n’était plus alors un trafic) par l’argument religieux. En capturant les esclaves et en les convertissant à la religion catholique de force on sauvait aussi leur âme. Le texte montre la préoccupation de préserver au mieux cette « cargaison » non par souci humanitaire mais afin d’en augmenter la valeur marchande.
    Un esclavage blanc s’est développé à partir des côtes du Maghreb (Tunis, Alger et Salé), là encore les nouveaux maîtres de manière assez symétrique exigeaient la conversion à l’Islam..

  3. 3 Claude Briot 3 octobre 2014 à 11:07

    Malgré l’immense travail des Anneaux de la Mémoire, tout n’a pas été dit sur cet abominable trafic triangulaire interdit par la Révolution bien avant l’abolition de l’esclavage puis rétabli par Napoléon en 1802. Le dessin de gauche montre un arrimage inhabituel des captifs dans un entrepont de navire négrier. Le plan d’arrimage du Brooks largement repris par Bourgeon pour sa BD les Passagers du Vent aura eu le mérite de sensibiliser les opinions publiques sur l’atrocité de ce commerce. Pendant la période légale et encouragée par la Monarchie, les capitaines négriers percevaient une prime « à la Tête de Nègre arrivé vivant aux iles françaises d’Amérique et à la Louisiane », La Cie des Indes accordait 3 livres par esclave. Le chirurgien embarqué devait donc veiller à l’état de santé de la « marchandise ». Certains témoignages de capitaines français rapportent que les captifs étaient déferrés une fois le navire au large. Les atrocités se sont produites pendant la période illégale au début du XIXe siècle quand les Anglais, maintenant l’interdiction, faisaient la chasse aux autres navires négriers européens qui pour ne pas être pris en flagrant délit de traite faisaient disparaitre toute trace à bord, y compris la cargaison humaine jetée par dessus-bord. Le Pot au Noir, cette zone de calmes plats à l’Equateur ne tirait-il pas son appellation de cette odieuse inhumanité ?

  4. 4 BOUCHER le rédacteur 4 octobre 2014 à 14:37

    Bonjour Claude,

    Pourriez-vous préciser la ou les sources de cette information linguistique quant à l’origine de l’appellation pot au noir ?

    A


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