Chacun son costume sur les grands voiliers de commerce

Maudite bigaille sur le 4-mâts Emilie Siegfried  - Photo A. Noêl - Coll. Dr Marc Carré• Marin comme ma sœur, soldat du pape, marin de gravure, marin de pigoulière,  gabier de poulaine, marin d’escarbilles, écrevisse de rempart, face à Judas, failli chien… tels étaient quelques-uns des gentils qualificatifs donnés par les  matelots finis ou de premier brin à leurs collègues qui ne savaient pas de quel bord amurer et dont Armand Hayet et Pierre Sizaire ont dressé la liste dans leurs ouvrages (1). Les recherches sur les Clippers Français et les Cap-Horniers du nitrate de l’Armement Bordes en ont révélé quelques autres indépendamment de ceux peu aimables dont étaient affublés les cuisiniers embarqués.
Bon à tout, propre à rien : dans un coup de blues, Francis Roger lieutenant de cage à poules sur le 3-mâts Général-Neumeyer en 1911 s’attribue ce qualificatif. Faire le quart, dégermer les patates,  aider le mécanicien à nettoyer le bouilleur de la chaudière (2), soigner les blessés et les malades, surveiller le chargement, renouveler les vivres aux escales, composer les menus, distribuer le quart réglementaire de château cambusard par homme et par repas  allongé à l’aqua simplex en fin de voyage, repeindre la cabine du commandant… c’était une rude épreuve pour un futur capitaine au long-cours !
Bordée à cracher le sang : matelots sans spécialité constituant la bordée volante ou du milieu à laquelle étaient dévolues les corvées comme l’interminable piquage et grattage de la rouille, le lessivage, le miniumage et la peinture sur les voiliers en acier. Les matelots de la Bordes avaient de ce fait baptisé leur compagnie « la boîte à rouille ».
Chevalier de la paumelle et intouchable désignaient les voiliers et les gabiers de mâts, ces deux spécialités, composant l’élite, échappaient à toutes les sales corvées pour se consacrer, les premiers à la confection et la réparation des voiles, les seconds à l’entretien du gréement. Ils étaient jalousés bien entendu par la bordée à cracher le sang.
Damnés de la mer : Avoir quitté la  France depuis 8 mois sans pouvoir fouler le plancher des vaches, endurer le froid, les gros temps, la brume et les glaces flottantes dans les mers australes et au Cap-Horn à l’aller comme au retour, espérer passer Noël à la maison et trouver la tempête dans le Golfe de Gascogne faisant rater de peu les fêtes de fin d’année en famille, alors oui ils étaient bien des damnés de la mer ces cap-horniers.
Jean le Gouin : contesté par Armand Hayet, ce terme désignant Jean Matelot est pourtant utilisé par Francis Roger dans son journal de bord personnel. Gouin pourrait provenir selon Hayet du mot breton gwin (vin) ce qui tendait à traiter les marins appelés ainsi d’ivrognes, cependant pas plus que dans les fermes, dans les usines ou sur les chantiers à cette époque, sans parler de l’alcoolisme mondain, et qui plus est en mer, pas question d’envoyer le mousse à l’épicerie du coin.
Lieutenant de vapeur : officier pont provenant d’un bateau à mécanique, peu expérimenté dans la manœuvre des voiles.
Maudite bigaille : expression utilisée quand un mousse avait commis une bêtise comme renverser, dans un coup de roulis, le plat du maître d’équipage apporté de la cuisine. La bigaille comprenait les mousses et les novices. Cette appellation affectueuse était synonyme de pièces de peu de valeur, de menu fretin ou encore de petits poissons sans valeur rejetés par-dessus bord par les pêcheurs de Lorient. Les novices étaient souvent appelés Castor par le bosco, appellation qui a perduré longtemps dans la Marine Marchande.
Parisien : nom donné aux pilotins par les matelots. Fils de bonne famille en général, ayant reçu une instruction, ils occupaient un rang intermédiaire entre officiers et matelots, effectuaient le quart de nuit en doublure et participaient aux travaux de matelotage où leur maladresse de débutants leur avait valu ce surnom.
Claude Briot
(1) Armand Hayet : Us et Coutumes des Long-Courriers. Pierre Sizaire : Le Parler des Gens de Mer.
(2) Destinée à fournir la vapeur aux treuils pour la manutention des marchandises dans les ports.
• Illustration : Mousse assis sur le 4-mâts cap-hornier du nickel
Emilie-Siegfried. À voir sa tenue crasseuse contrastant avec la blancheur de l’albatros capturé, il a dû être affublé plus d’une fois du qualificatif de maudite bigaille ! Photo Augustin Noël. Collection Dr Marc Carré.

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