La cérémonie de la Croix du Sud, rituel cap-hornier

3-mâts par beau temps dans l'hémisphère Sud - Dessin René LatasteElle n’est pas souvent décrite dans le détail cette cérémonie et cependant elle était un beau symbole de la solidarité des Gens de Mer. Au moment du départ du Chili (1) pour le retour en Europe, on s’entraidait d’un navire à l’autre pour remonter les 6 maillons de 30 mètres chacun de la lourde chaîne d’ancre à l’aide du guindeau en entonnant les chansons à virer : La Margot, Passant par Paris, Quand la boîteuse va au marché ou Le Grand Coureur. C’était la fête à bord du grand voilier sur le départ dont l’équipage, épuisé par le chargement du nitrate, avait trouvé le courage de confectionner la Croix du Sud, en l’occurrence : deux barres d’anspect (2) disposées et maintenues ensemble en forme de croix latine par une solide rousture (3) ; quatre fanaux à pétrole : deux rouges, deux blancs, fixés à l’extrémité de chaque bras de la croix, figuraient la constellation indiquant le pôle Sud céleste aussi précieux alors aux navigateurs dans l’hémisphère Sud que pouvait l’être la Petite Ourse et l’étoile Polaire dans l’hémisphère Nord.
Hissée à la corne d’artimon ou en avant du mât de misaine, amenée trois fois tandis que les deux cloches du bord retentissaient et que les matelots poussaient des hourrah ! tonitruants auxquels répondaient les marins des navires proches, cette Croix du Sud indiquait aux autres navires présents sur la rade, et ils étaient nombreux à Iquique, alignés dans les rangs perpendiculairement à la Cordillère des Andes, que le navire l’arborant était au poste d’ appareillage. Des matelots des autres navires de la compagnie étaient venus prêter main forte et faire la fête à bord car l’allégresse était de mise… une fête des voisins en quelque sorte. L’ancre haute et claire, les souhaits réciproques de bonne chance et de bon voyage continuaient de retentir sur la rade où le carillon des cloches de tous les navires présents saluait la solennelle descente de la Croix du Sud le long de sa drisse.
Claude Briot
(1) Cette cérémonie se pratiquait sur les rades fréquentées dans l’hémisphère sud notamment sur les cap-horniers du nitrate au départ du Chili et sur ceux du nickel au départ de Nouvelle-Calédonie.
(2) Leviers en bois servant à manœuvrer les treuils à bras : cabestans et guindeau.
(3) Amarrage de deux espars ensemble avec un solide cordage.
• Illustration : Trois-mâts en route par beau temps et de nuit dans l’hémisphère Sud, cap au Sud-Est comme l’indique la position de la Croix du Sud dans le ciel austral. Dessin de René Lataste, lieutenant en 1920 sur le 3-mâts Bordes en acier Adolphe 1892.

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