Le remorqueur qui trafiquait dans les bois

OutaouaisEstacadesBergeron_TEDraper• Carte postale du Québec – Dans tous ses états, notre Mer à nous possède certains visages surprenants : comme tous les ruisseaux qui vont à l’océan, elle commence loin, très loin au Nord, au Sud et ailleurs, au plus profond des terres boisées et des montagnes. Par exemple, avec un puissant remorqueur de 100 tonnes et 19 mètres sur 5 en pleine forêt. Le patrimoine maritime a de ces caprices…
T.E. Draper – c’est lui – a été en service de 1929 à 1972, un âge d’or de l’exploitation forestière dans tout le Québec, incluant les territoires du Témiscamingue et de l’Abitibi, au Nord-ouest du pays, nouvellement ouverts à la colonisation. Construit par la John Inglis Company de Collingwood en Ontario, le remorqueur a été livré en pièces détachées par chemin de fer à Laverlochère, dans le Témiscamingue, puis transféré à cheval sur une quinzaine de kilomètres depuis la gare jusqu’à la baie Gillies du lac des Quinze, où est né T.E. Draper.
En saison, le remorqueur était en service sans aucune interruption et les équipages se partagaient les quatre quarts de six heures. Depuis les parterres de coupe jusqu’aux usines de transformation de pâte à papier, le transport de la pitoune (1) était grandement facilité par son flottage sur un immense réseau de rivières et de lacs. Rassemblées en estacades (2) de plusieurs dizaines de milliers, les billes de bois de la Canadian International Paper étaient remorquées par le puissant T.E. Draper sur une trentaine de milles (marins !), traversant les lacs Simard et des Quinze jusqu’à Angliers. Depuis cet endroit, les estacades démantelées, le bois descendait par la rivière jusqu’au lac Témiscamingue, puis la rivière des Outaouais jusqu’à l’usine de pâte située à Témiscaming, 125 kilomètres au sud. Le remorquage sur les lacs d’un train composé de trois ou quatre estacades durait entre 24 et 36 heures, selon les conditions ; ce flottage en entier du lac à l’usine s’était déroulé sur plus de 160 kilomètres.
Classé bien culturel du Québec en 1979 et désormais en cale sèche, le remorqueur T.E. Draper est la vedette d’un centre d’interprétation à Angliers.
Alain Boucher, le Rédacteur
(1) Bille de bois résineux (essentiellement épinette noire, Picea mariana) destinée à la pâte à papier et tronçonnée en longueur de quatre pieds (122 cm). L’origine du mot pitoune est controversée. Fort vulgairement, il désigne aussi une belle fille.
(2) Le mot n’a pas le même sens qu’en France ; une estacade est un ouvrage constitué d’un chapelet de flotteurs (madriers, fûts, etc.), qui sert à contenir les corps flottants à la surface d’un plan d’eau (bois, glace, nappe de pétrole…). 
• Images – A gauche,  estacades sur la rivière des Outaouais vers les années 1960. (Source non identifiée). A droite,
le T.E. Draper au repos à  Angliers. (Photo Roger Bergeron). 


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1 Response to “Le remorqueur qui trafiquait dans les bois”


  1. 1 Nicoledl 30 août 2014 à 10:08

    Merci pour ce texte qui fait rêver et nous rappelle notre enfance et les livres de Jack London


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