Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Mer

LE CONTRÔLE TECHNIQUE DES VOILIERS DE PLAISANCE : INUTILE ET COÛTEUX

« Le contrôle technique existe dans le secteur routier. Il n’est pas anormal de réfléchir à un suivi technique, un contrôle technique en mer des bateaux… Je souhaite que les professionnels et les acteurs du tourisme puissent être associés à cette réflexion »
Frédéric Cuvillier (1)
Escales Maritimes qui n’accepte pas de tels propos, ne pouvait rester sans réagir ; voici la réponse.
biquille Locqui 2010DSCN1099• Comme nous adorons réfléchir sur les sujets qui nous concernent au premier chef, nous qui ne sommes ni professionnels, ni acteurs du tourisme mais simplement plaisanciers – payeurs – spectateurs des décisions gouvernementales, voici ce que nous pensons de votre idée portée par les lobbies professionnels que vous avez coutume de consulter.
• Ce sont les statistiques d’intervention des secours en mer et leur « forte » croissance qui vous conduisent, Monsieur le Ministre à poser comme postulat implicite que les incidents techniques ou pannes sont la cause principale de ces interventions. Une observation détaillée des causes réelles montre qu’elles sont, plus généralement, imputables à une mauvaise préparation de la sortie en mer (insuffisance de carburant, développement de bactéries dans le gasoil par exemple), erreur de navigation ou plus généralement le manque de formation ou d’expérience des navigateurs occasionnels. Un contrôle technique n’a sur ces causes (au moins 80 % des situations rencontrées) aucun effet préventif.
• L’Espagne a créé un contrôle technique des bateaux de plaisance en 1999. Avec 15 ans de recul, aucune analyse statistique n’a mis en évidence une réduction des interventions de secours en mer liés à la prévention par le contrôle technique.
• L’analogie avec le secteur routier est impropre. Un contrôle technique sur une automobile peut se justifier par le risque qu’une défaillance fait courir aux autres automobilistes. Un voilier ne présente des risques que pour ceux qui ont accepté d’embarquer à son bord. Un contrôle technique serait une mise en question de leur capacité à évaluer pour eux-mêmes le niveau de risque qu’ils acceptent. Ce serait donc une contrainte règlementaire à la fois infantilisante et liberticide.
• Sur quels critères et quelle fréquence faudrait-il obligatoirement contrôler les bateaux ? l’âge n’est pas un critère pertinent car la variable principale est le niveau et le suivi de l’entretien. Le mode de construction non plus. Des bateaux amateurs peuvent être de meilleure qualité que des professionnels.
• Le coût d’un contrôle technique, qui pour être sérieux implique la mise au sec du bateau (en Espagne il est de l’ordre de 500 à 600 euros pour un voilier autour de 10 m hors manutention) s’ajoutant au coût de la sécurité (révision survie, balises de détresse…) finirait par achever un secteur déjà bien malade. La chute des ventes de voiliers neufs est de 75 % sur les quatre dernières années. Avec cette charge supplémentaire, la plaisance, bardée de toutes les sécurités possibles, réduirait ainsi le nombre de ses victimes ! Est-ce la bonne méthode ?
• Enfin, ceux qui survivront face à l’étouffement protecteur d’une puissance publique si généreuse avec l’argent de nos portefeuilles trouveront sans doute un pavillon plus accueillant. Est-ce l’effet recherché ?
Alors, Monsieur le Ministre, vous conviendrez qu’il n’est pas anormal que nous réfléchissions, nous aussi, sur votre amorce de réflexion. Et sans vouloir vous offenser, nous pensons que la piste information, formation, voire certification en situation concrète du plaisancier est une voie plus difficile mais bien plus prometteuse qu’une énième sanction financière inutile dans ses effets, mais si bien dans notre époque. La fortune de mer guette tous les marins, contrôle technique ou pas, il faut accepter cette idée et s’y préparer en entretenant des moyens de secours efficaces sur nos côtes. C’est sur ce point, qui relève de votre compétence que nous vous marquerons notre reconnaissance.
Francis Bergerac
(1) Cité par le journal Var Matin du 16 Août 2014 
http://www.varmatin.com/var/bientot-un-controle-technique-pour-les-bateaux.1813351.html

14 Responses to “Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Mer”


  1. 1 LIVORY Pierre 24 août 2014 à 16:46

    A quand le contrôle technique des bicyclettes, des patins à roulettes … des chaussures … des pieds même !

  2. 2 Gu sur Roz Avel 24 août 2014 à 19:21

    « ceux qui survivront face à l’étouffement protecteur d’une puissance publique si généreuse avec l’argent de nos portefeuilles trouveront sans doute un pavillon plus accueillant. »
    En Espagne, ou je me trouve depuis pratiquement un an à bord de notre bateau, j’ai constaté une prolifération des bateaux à pavillon belge qui m’a surpris et que j’ai fini par comprendre lorsqu’un des marineros du port ou j’étais m’a expliqué le système des contrôles obligatoires et l’échappatoire que le pavillon belge représentait. J’ai des amis dont le bateau reste depuis des années au port, a servir d’élevage de moules, parce qu’ils estiment disproportionné le coût d’une inspection technique par rapport au nombre de sorties – résultat, le bateau se dégrade bien davantage et ils ne sortent plus (si ce n’est à bord des bateaux des amis). Si c’est cela l’effet souhaité, bonjour. La filière navale, après une dizaine d’années fastes, se trouve à présent sinistrée, il me semble que cette idée finira par l’achever. A réfléchir…

  3. 3 godchel 24 août 2014 à 21:15

    Il y a autant d’accidents l’été en montagne qu’en mer.
    A quand un controle technique des chaussures des randonneurs?

  4. 4 COKELUNDE 24 août 2014 à 23:58

    Autrefois on pouvait se noyer « légalement » avec son marteau emmanché.
    La réforme des armements de sécurité et des catégories de navigation dans un esprit « anglo-saxon » : navigation par des personnes responsables qui doivent éventuellement rendre des comptes étai un progrès : chacun était poussé à être responsable. A lui de savoir si son embarcation et ses compétences lui permettait de traverser la baie, d’aller jusqu’à l’île voisine ou de traverser l’atlantique. Naturellement il avait complété sa pharmacie avec le médicament qui va bien à son équipier(ère) préféré.
    Ces derniers temps on revient à la chasse aux sorcières avec des contrôles de dates de gilets de sauvetages, de listes de matériels, etc.
    Le père UBU n’est donc pas mort : coulons s’il le faut mais dans la légalité !
    Sans compter que certains préconisent des entreprises de sauvetage ert se plaignent de la concurrence « déloyale » de la SNSM.

    Les démons de l’administration à tout va ne sont pas morts !

    JP L

  5. 5 MINNI 25 août 2014 à 00:41

    Il y a peu le quizz d’Escales Maritimes portait sur le philosophe ayant considéré les Marins comme une catégorie à part. Quelle manie que cette comparaison avec les terriens ? Contrôle technique des voitures, code de la route comparé aux Règles de prévention des abordages en Mer. . . Encore cette fin de semaine, un très haut personnage de l’Etat considérant qu’il faut arrêter de « godiller » !
    Dans le même temps, des Ministres ont pris l’habitude de donner le départ de la Route du Rhum par VHF depuis la passerelle d’un navire; or cette course en solitaire est en complète contradiction et infraction avec COLL REG 72 qui impose une veille permanente (Règle 5) : « Tout navire doit en permanence assurer une veille visuelle et auditive appropriée en utilisant également tous les moyens disponibles qui sont adaptés aux circonstances et conditions existantes … »
    Alors de ce fait, je ne me lancerai pas dans une diatribe stérile, sur des propos relatifs à la responsabilité des Navigateurs ou de leurs esquifs.
    Le Capitaine demeure le Chef de l’expédition Maritime, quand bien même de nombreux paramètres lui échappent : contrôle des poids embarqués etc.; Devrait-il donc, fortune de mer oblige, mettre sa vie entre les mains de Guetteurs de Vigie, qui pour la plupart, n’ont pas navigué ?
    Bien amicalement
    Cdt Marco
    Saint-Malo
    PS Ne mangez pas les moules qui poussent sur les coques des navires ou bâteaux, en cas de doute, exigez un contrôle des AFFMAR ou de la DCCRF

  6. 6 SPITERI Joseph 25 août 2014 à 08:12

    Je pourrai à l’unisson de vos remarquables remarques et commentaires disserts, m’associer et porter les miens propres, mais devant la hauteur du projet je me contente d’une simple :  » Des fois, la connerie française n’a pas de limite !!! « .

  7. 7 LOIT Serge 25 août 2014 à 09:30

    Bonjour,
    La question du contrôle technique des bateaux de plaisance resurgit régulièrement. Aujourd’hui un nouveau pas est franchi avec l’approbation d’un ministre du gouvernement.

    Je partage largement les arguments contraires contenus dans l’article. J’ajouterais qu’il s’agit, de surcroît, d’une demande de professionnelles qui recherchent par tous moyens possible, de rentrer de l’argent “facile” immédiat, sans se préoccuper véritablement du bien fondé ou de l’intérêt général et même de leur propre intérêt à long terme … Vive le libéralisme !!

    J’avais évoqué ce phénomène que je considérais inquiétant, il y a quelques années lors d’une AG du Comité50, à Dielette, je crois, sans avoir obtenu de réponse de ce Comité, de la FNPPSF …

    Aujourd’hui rajouté aux interdictions, aux soi-disante gestions de la ressource, aux zones de pêches interdites etc. etc. … contrairement à ce qu’en pensent ces quelques professionnels plutôt spécialistes de la spoliation du fric des autres qu’autre chose, c’est la mort programmée de la petite plaisance… Enfin, c’est mon avis …

    Bien à vous,
    Le citoyen SL

  8. 8 Joana 25 août 2014 à 09:40

    Souvent en désaccord avec le ton des différents « éditoriaux » d’Escales Maritimes que je lis pourtant avec plaisir, j’approuve, cette fois, cette réaction à un projet délirant imaginé pas des gens qui n’ont sans doute jamais approché de prés un bateau de plaisance de leur vie. Soyons optimiste, on peut penser qu’il aura autant de mal à se mettre en place que le serpent de mer – permis voile et que M.Cuvelier sera passé à la Francophonie ou aux Anciens Combattants où il parlera d’une voix tout aussi compétente.
    Mais la graine est semée…

  9. 9 LETROUVE Michel 25 août 2014 à 09:58

    Pourtant l’article commençait bien, . . . . . j’ai cru quelques instants que nous avions à nouveau, un Ministre de la MER !!

  10. 10 Quiesse Guy 25 août 2014 à 13:37

    Quand ils cessent de dormir, les grands penseurs (Pas celui de Rodin… quoique l’attitude soit ambiguë !), des cabinets… ministériels, pondent dans des souffrances hémorroïdaires, des réglementations la plupart du temps inutiles, voir dangereuses, sans se préoccuper de l’application ou non des pontes de ceux qui se sont assis avant lui sur le siège… de la connerie !… obligeant leurs collègues sérieux à pondre à leur tour… des dérogations !… ainsi il y a justification d’un salaire versé par nous autres.!

  11. 11 MINNI 25 août 2014 à 15:04

    Je m’disais aussi, Maître Quillien ne réagit pas ? C’est fait, comme les Cabinets Ministériels, il a pondu; mais il ne nous coûte rien, lui !
    Suite du Quizz « ils emploient le langage maritime », ce matin, le gouvernement est démissionnaire, du fait pour certains d’entre eux d’avoir « trop godillé » …! De ce fait, le contrôle qui a déclenché l’ire d’Escales Maritimes, est sans doute passé par dessus bord, qui s’en plaindra ?
    Amitiés
    Cdt Marco
    Saint-Malo

  12. 12 Gilou 25 août 2014 à 16:50

    Courage, bientôt le permis voile !

  13. 13 Alain 26 août 2014 à 17:58

    merci pour cet article !

    luttons pour nos libertés contre les lobbyes qui dirigent nos gouvernants européens bien laches face aux financiers de tous bords !

  14. 14 Richard 9 octobre 2014 à 09:47

    Etes vous sûrs que les pros ne verraient pas ça d’un bon oeil ? Si au contrôle technique on vous dit « votre haubanage à plus de 10 ans, votre joint de saildrive a plus de 7 ans » et que l’assureur nous impose de faire les réparations sinon il ne nous assure plus pour les risques liés au gréement et en cas de voie d’eau ?..


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