La Poste aux Choux de la côte du Chili

Cote Nord du Chili - Pluvinage 1912Après trois mois de mer dans le meilleur des cas, voire quatre mois, que ce soit à l’aller ou au retour, les cap-horniers avaient épuisé leurs vivres frais depuis longtemps. Jusque la mise en service du Canal de Panama au début de la Première Guerre mondiale, le scorbut était donc encore une menace pour les équipages de ces grands voiliers long-courriers. Si les escales de ravitaillement étaient interdites en cours de traversée, notamment chez Bordes, l’arrivée au port de destination de la cargaison permettait de se rafraîchir à temps. Comprendre : embarquer des fruits et des légumes, de la viande fraîche, du poisson, de l’eau douce potable…
Les ports de la côte nord du Chili où les cap-horniers du nitrate allaient décharger leur charbon anglais utilisé pour le fonctionnement des salitreras (1) se trouvaient dans la partie aride et désertique du pays où rien ne poussait. Il fallait faire venir le ravitaillement de la région de Valparaiso dont la vallée fertile est à l’origine du nom « Vallée de Paradis ». De vieux caboteurs à vapeur chiliens assuraient la liaison avec les ports nitratiers du nord : Taltal, Antofagasta, Iquique, entre autres. Une fois par semaine, avec le courrier, ils apportaient les produits frais du sud en abondance dont une grande quantité de choux en pontée d’où le nom de « Poste aux Choux » (2) donné à ces petits steamers.
Les capitaines envoyaient leur lieutenant de cage à poules chargé de la cambuse faire le marché dès l’arrivée du bateau ravitailleur car les prix étaient deux fois moins chers que chez les shipchandlers (3) de terre qui, bien entendu, cherchaient à acheter toute la cargaison pour la revendre avec un substantiel bénéfice. Ces derniers menacèrent même les navires français de ne plus les pourvoir en matériel et vivres de mer pour leur retour en Europe. Il fallut l’intervention du Consul de France auprès des autorités chiliennes pour résoudre le litige.
Claude Briot
(1) Salitreras : Usines traitant le caliche ou minerai brut pour en extraire le nitrate de soude utilisé alors comme fertilisant des sols (très prisé des viticulteurs) puis comme composant de la poudre à canon en 14-18. On n’en parle pas beaucoup mais des marins cap-horniers civils sont morts en mer pour la France sur des grands voiliers du nitrate torpillés par les Allemands qui les empêchaient de rentrer en Europe avec leur précieux chargement.
(2) Poste aux choux, voir Dico si nécessaire.
(3) Shipchandlers : Avitailleurs de navires
• Illustration : Carte de la partie nord du Chili avec les gisements de nitrate figurés en noir. (Pluvinage : Industrie et commerce des engrais. Paris 1912).

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