De Ruyter :  » à l’assaut, bande de soiffards ! « 

image001L’anecdote est rapportée par le Père Labat (1) missionnaire en Martinique et orfèvre en la matière puisque le rhum du même nom titre 59°, probablement le meilleur rhum devant l’éternel.
Le 20 Juillet 1674, Ruyter, Amiral hollandais, s’apprête à s’emparer de la Martinique, possession française. Celle-ci était défendue par une forteresse, le Fort-Royal, surplombant la baie du carénage où les vaisseaux s’abritent par temps d’ouragan. Impressionnante forteresse par sa dimension mais pas plus que cela… elle était entourée de quelques rangs de palissades.
Sur le bord de la rive, quelques cases et magasins de vivres destinés aux équipages. Dans les magasins sont stockées en abondance des liqueurs et des eaux de vie. Pour l’heure, Ruyter qui ne rencontre aucune résistance, ordonne le débarquement de ses troupes : 3 400 soldats et 1 600 marins.
Le pillage des magasins d’alcool par la soldatesque commence. D’abord avec méthode puis au petit bonheur : « ils en burent de telle manière qu’ils n’étaient plus en état de se tenir sur leurs pieds lorsque le commandant les voulut mener à l’assaut ».
Il y avait à ce moment là au mouillage du Carénage, une flûte (2) de Saint-Malo et un vaisseau de quarante quatre canons. Leurs canons furent chargés à cartouches (et non à boulets) et la mitraille s’abattit en grêle sur les soldats qui titubaient déjà sous les effets de l’alcool : « Ils tombaient en grappe, par douzaines ».
Dans le même temps, de la mer, Ruyter fait canonner la forteresse et en détruit les palissades. Ils sont seulement 160 à défendre la position. Sainte-Marthe, commandant la place semi-forte, les fait défiler plusieurs fois sur la sente qui entoure le fort pour donner l’illusion d’une imposante garnison. A la nuit, Ruyter pensant avoir suffisamment affaibli l’adversaire débarque pour donner l’assaut. Le spectacle de ses troupes est désolant : 1 500 soldats gisent à terre tués ou blessés. Le grand Amiral se résigne à abandonner sa funeste entreprise et embarque les hommes restés à peu près valides.
En même moment, côté Fort-Royal, convaincu de l’invasion imminente par les troupes hollandaises, on fait clouer le canon (cesser le combat)et on ordonne l’évacuation du fort. Cette évacuation est si peu discrète que les Hollandais l’interprètent comme une contre-offensive. Ceux-ci, en cours de retraite, sont pris de panique et abandonnent tout : morts, blessés, armes, attirails divers, pour se précipiter dans les chaloupes. Le malentendu se poursuit mais côté français cette fois-ci : il fait nuit, le bruit de la débandade hollandaise est compris comme celui d’un assaut. Les Français accélèrent leur retraite et quittent le fort précipitamment. Voilà donc deux troupes qui croyant s’attaquer se fuient en réalité l’une l’autre.
Conclusion du Père Labat :
« Cette terreur panique fit fuir les assiégés et les assiégeants chacun de son côté et laissa le fort en la possession d’un Suisse qui, s’étant enivré le soir, dormait tranquillement et n’entendit rien de tout ce tintamarre ; il se vit fort étonné quand à son réveil, sur les six heures du matin, il se vit possesseur de la forteresse sans amis et sans ennemis (3) ».
Pour couronner encore l’immense confusion, Sainte-Marthe en reprenant tranquillement le fort au petit matin après le départ des Hollandais y fit hisser le drapeau ennemi ! Du coup, il mit en alerte tous les autres forts de la Martinique !
La retraite sans gloire de Ruyter eut un effet stratégique décisif : les Hollandais abandonnèrent leurs ambitions sur la Martinique. En Hollande, on se moqua gentiment du glorieux Amiral qui en vieillissant, disaient-ils, devenait un tantinet timide.
Allez, encore un Ty’ Punch à la mémoire du Père Labat.
Francis Bergerac
(1) Les faits sont également attestés par les rapports du vice-roi des Antilles, M. de Baas, 28 août 1674.
(2) Navire de commerce faiblement armé.
(3) Jean-Baptiste Labat –Voyage aux Isles – réédition Libretto
• Image – Amiral de Ruyter (surnommé Le Grand Ruyter jusqu’à Juillet 1674 sans doute)

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