Un peu d’histoire : Trafalgar revisité

image001Même si l’effet n’en fut pas immédiat (et plus certainement encore que Waterloo), Trafalgar, tournant géopolitique majeur, sonne le glas de l’ambition napoléonienne.
Dans la tactique du combat naval Trafalgar est aussi une rupture. Avant cette bataille, les flottes ennemies défilaient en lignes parallèles, travers au vent, s’engageaient au canon, viraient lof pour lof (vent arrière) et recommençaient dans l’autre sens pour une nouvelle passe. Du côté anglais, on préférait généralement tirer à couler bas, c’est-à-dire sous la flottaison, du côté français, on visait plus volontiers le gréement pour immobiliser et capturer la prise. C’était la seule touche d’originalité.
La quantité de bouches de feu simultanément mises en œuvre au moment du croisement consacrait la supériorité d’une flotte. Les pertes totales étaient assez faibles. A moins d’être coulé, chacun décidait pour lui-même de la fin du combat en amenant ses couleurs. Nul n’imaginait alors que ce rituel puisse changer un jour.
• Le 21 Octobre 1805, quand Nelson décide d’attaquer l’escadre de l’amiral Villeneuve à angle-droit – c’est-à-dire vent arrière, toutes voiles dessus, dans un vent assez faible – il a l’avantage d’être au vent de l’ennemi et plus manœuvrant. Son objectif est de casser la ligne franco-espagnole et de détruire méthodiquement chaque navire en l’encerclant.
Deux éléments jouent en faveur des Anglais, la mobilité des bateaux avec des équipages très entraînés (voir le billet : Conséquences inattendues du doublage en cuivre) et les dégâts causés sur le pont des navires adverses par de gros canons courts les caronades (voir le billet : L’Hébé, Un  cadeau Royal pour la Navy) qui envoient de la mitraille en combat rapproché.
Le scénario de l’attaque dite de coupure de ligne ne fut pour l’amiral Villeneuve (1) qu’une demi-surprise. L’Anglais s’y était déjà essayé dans des combats antérieurs. Lorsque Villeneuve comprend la manœuvre et avant l’engagement, il donne ordre via le code de pavillonnerie (2) à son avant-garde de faire demi-tour pour soutenir  la bataille qui se prépare au centre de la ligne. L’ordre -non reçu ? Incompris ?- n’est pas exécuté.
L’engagement fut à l’honneur des trois marines mais les dégâts causés par les caronades sur les vaisseaux français et espagnols furent considérables. 4 000 marins de la flotte franco-espagnole périrent contre 400 anglais.
• Villeneuve porte au regard de l’histoire le poids de cette défaite. Pourtant, il savait qu’il serait difficile de coordonner une flotte « combinée » d’une trentaine de vaisseaux. Bien avant cette bataille, il avait recommandé que la force navale soit organisée en petites divisions commandos afin de nuire au commerce et d’affaiblir la puissance anglaise. Ce n’est pas le choix tactique qu’a retenu Napoléon. Trafalgar a démontré que Villeneuve avait raison.
Imaginez maintenant que si la tête de l’escadre franco-espagnole avait viré de bord pour soutenir son amiral comme il le lui ordonnait, nous aurions sans doute à Paris une place Trafalgar en lieu et place de la Concorde.
Francis Bergerac
(1) L’amiral de Villeneuve commandait la flotte franco-espagnole à Trafalgar. L’histoire a glorifié à juste titre Nelson. Pourtant, Villeneuve n’avait jusque-là pas démérité. Le corps de Nelson qui perdit la vie au début du combat,  fut stocké dans un baril de rhum et envoyé à Londres. Villeneuve qui bien que s’étant bravement comporté en sorti indemne, eut une fin moins honorable. Assassiné ou suicidé, l’histoire n’a pas tranché.
(2) Le navire amiral communique ses ordres avec des messages codés correspondant à des pavillons ou à une combinaison de deux pavillons. Le livre des correspondances pavillons/messages est gardé au secret dans le coffre du commandant.

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