Rebell, l’homme qui naviguait en songe

Je parie que vous ne le connaissez pas celui-là… C’est pourtant l’un des plus extravagants navigateurs solitaires du monde.
C’est un Letton qui se nomme Paul Sproge, mais se fait appeler Rebell ce qui lui va comme un gant ; c’est un pacifiste un peu anar, chômeur, fauché comme les blés  ; il survit en Australie mais son but est d’aller en Amérique pour y vivre sa vie. A 45 ans, il va faire des petits boulots, pour acheter Elain un dériveur construit à clins, de 6 m sur 2,15 de large avec un franc bord de 50 cm… C’est là-dessus qu’il va traverser le Pacifique, seul et contre les vents dominants… Et bien sûr, Rebell n’a jamais navigué !
• Mais l’homme est un bricoleur de génie. Il lui faut des instruments nautiques qu’il ne peut se payer ; eh bien il les fera lui-même ! Un sextant d’abord. Quelques morceaux de fer de récup’ feront la structure, une lunette de scout servira d’optique et les miroirs seront des morceaux de lame de couteau polie par ses soins. Ce n’est pas tout. Le limbe sera une vieille lame de scie à métaux (souple) dont les dents s’adapteront au pas d’une simple vis à bois… La mesure du temps ensuite. Deux petites montres bon marché (l’une servant de témoin à l’autre) feront l’affaire. Puis le loch, qu’il fait dans un tronçon de manche à balai muni d’ailettes en alu orientées pour faire un tour complet tous les  30 cm. Le compte-tours enfin, réalisé par le bricolage d’une pendulette donnant un mille parcouru à chaque tour de cadran… Plus bricolo, tu meurs.
• Donc, en route pour la traversée du Pacifique… Il part de Sydney le 31 décembre 1931.
Bien entendu, les ennuis ne tardent pas à venir ; une voie d’eau se déclare, il répare ; le rouf de toile part en lambeaux, il s’arrange ; ses vivres sont gâtés, il s’en passe… S’il n’a pas d’ennuis de moteur, c’est qu’il n’a pas de moteur.
Rebell a un principe : la nuit, il dort ; le soir il amarre sa barre et va se coucher. Et là, il rêve… Des voix (Dieu ?) le conseillent, lui indiquent la route, les îles où il trouvera de l’eau,  lui évitent les récifs ; Dieu n’exauçait pas seulement mes prières, il allait au devant de mes désirs. Tous ces faits sont tellement énormes (relatés dans le bouquin de Jean Merrien « Les navigateurs solitaires ») qu’on doute parfois de leur authenticité.
Débarquant à Honolulu le douanier lui demande son passeport, Rebell lui tend un papier visiblement faux.
– Ce n’est pas une pièce officielle, ça…
– Mais si,  je suis mon propre gouvernement !
Finalement, Rebell débarque près de Los Angeles le 8 janvier 1933, après 372 jours de mer.
Si le mot incroyable a un sens, c’est ici qu’il faut l’employer.
Jussac

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3 Responses to “Rebell, l’homme qui naviguait en songe”


  1. 1 Quiesse Guy 20 juin 2014 à 22:46

    Fred REBELL a écrit « Seul sur les flots » paru chez Hachette traduction de Martine Rénier (collection aventures vécues) en 1948. C’est le récit de son aventure ! En couverture la photo de Rebell sur l’Elain, au dos, la photo de ses curieux instruments de navigation !
    A admirer sans réserve !

  2. 2 Nicoledl 21 juin 2014 à 11:08

    On a envie de lire le récit en détail tant pis pour l’invraisemblance…

  3. 3 Quiesse Guy 21 juin 2014 à 18:40

    Je peux le prêter !


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