Le naufrage tout en douceur de la « Santa Maria »

image001De toute l’histoire maritime, il n’y eut pas de naufrage plus tranquille et plus rondement mené que celui de la nef amirale qui découvrit l’Amérique. Précisons quand même que l’illustre Colomb se croyait en Extrême-Orient du côté du Japon. A ce niveau d’erreur, une petite approximation dans le calcul de la hauteur d’eau est un péché véniel. La Santa Maria (1) talonna dans la nuit de Noël 1492 sur les côtes Nord d’Hispanolia (Haïti aujourd’hui). Un novice était à la barre alors que l’équipage se remettait d’une nuit de festivités. Le choc fut doux, mais sensible, et le navire s’immobilisa non loin de la côte. La mer était tranquille « comme l’eau d’une jatte ». Le navire ne se brisa pas et Colomb n’eut qu’à faire transférer l’équipage sur la Nina.  La Santa Maria fit naufrage dans les bras d’un peuple accueillant. Le nouveau monde naissait dans un élan solidaire et généreux ! Dès la pointe du jour, le chef des indigènes accourut tout éploré avec ses deux frères. Il mit à la disposition de Colomb de grands canots et tous les bras dont il pouvait disposer. Sous la supervision de Colomb, le navire fut vidé et quasiment démonté. Au point de débarquement, pas un clou, pas une aiguille, pas une bague en laiton convoités avec frénésie par ce peuple ne fut dérobé. Ce fut au point que Colomb leur trouva des âmes naturellement chrétiennes ! : « On peut dire d’eux qu’ils aiment leur prochain comme eux-mêmes. » Un fortin sur des caves voutées fut édifié avec les bois du navire sur la côte à l’endroit même où dort sous quelques mètres d’eau les restes de la sainte relique marine (1). On appela ce lieu Noël (La Natividad) et on y entreposa les vivres et munitions. Une nouvelle colonie administrée par le chef local devenu prince et définitivement allié de la couronne d’Espagne naquit ainsi sur les débris de la Santa Maria. Une croix, la plus imposante du nouveau monde, fut érigée sur le coteau voisin. Ainsi furent convertis à la « vraie » religion des hommes qui n’avaient peut-être pas besoin de ce Dieu pour élever leur âme. Quant à l’âme de la Santa Maria, elle n’est sans doute plus loin de ressortir des flots.
Francis Bergerac
(1) La « caravelle » de Christophe Colomb n’était pas une caravelle mais une caraque. Ce sont les plus gros navires à la fin du Moyen Âge. Ils ont une carène ventrue, sont plus étroits dans les hauts et sont dotés d’imposants châteaux avant et arrière.

0 Responses to “Le naufrage tout en douceur de la « Santa Maria »”



  1. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Contact
« Escales Maritimes » est ouvert à tous. Contributeurs, informateurs, critiqueurs, approbateurs, suggestionneurs…
Pour ceux-là, une seule adresse : escales.maritimes@orange.fr

Archives

Faites connaître
Escales Maritimes !

Ajoutez ce lien dans votre site :
https://escales.wordpress.com/

Affichez cette bannière dans votre site en copiant le code suivant dans votre page html :
<a href="https://escales.wordpress.com/"><img src="https://escales.files.wordpress.com/2010/01/escales3.gif" alt="" width="180" height="60" /></a>

Les opinions émises ne sont pas nécessairement celles d'Escales Maritimes ; elles sont de la responsabilité de leurs signataires.


%d blogueurs aiment cette page :