Le rituel des morts en mer, sans sépulture

Quand un vieux bat-la-houle, avale sa chique (ou sa gaffe), cela pose de grands problèmes à bord. Au tournant des siècles XIXᵉ et XXᵉ les navigations durent fort longtemps ; un long-courrier part pour trois mois (au moins), un terre-neuvier pour huit, un baleinier pour vingt… Les morts n’attendent pas. Aussi lorsqu’un décès survient, il est rapidement constaté par le capitaine qui le mentionne sur le journal de bord ; un inventaire est dressé des biens du défunt, son courrier est placé sous enveloppe cachetée (il sera remis à la famille). Il est d’usage d’immerger le malheureux, dans les 24 heures, on devine pourquoi… Au préalable, ses hardes et denrées périssables auront été vendues au pied du grand mât, au plus offrant.
• Reste la cérémonie. Le corps est habillé « en tenue de travail », propre, et cousu dans son hamac. Cette opération est faite avec un soin tout particulier, par le maître voilier. Le point d’arrêt final de la couture a une forte valeur symbolique. Il se fait soit à l’endroit de la bouche, qui ne parlera plus, soit au niveau du cœur qui ne battra plus. Armand Hayet (1) rapporte qu’ensuite le mousse, ému, balbutie quelque prière, tandis que le timonier fait tinter la cloche de la dunette à petits coups espacés : l’humble glas du large.
Après quoi le corps, lesté de deux gueuses de fonte, est placé sur la planche du mort, une dernière prière est dite, se terminant par « que votre volonté soit faite sur la terre … et sur la mer », et mouille ! C’est fini.

(1) Grand érudit maritime et écrivain, capitaine au long cours [1883-1968]

 

4 Responses to “Le rituel des morts en mer, sans sépulture”


  1. 1 Claude BRIOT 10 mai 2014 à 20:17

    Bravo pour cette référence au capitaine au long-cours Armand Hayet auteur des « Us et coutumes à bord des Long-Courriers ». J’ajouterai que les hardes du défunt étaient vendues au pied du mât sauf quand la mort était causée par une maladie supposée contagieuse. Elles étaient alors jetées par dessus-bord. Le capitaine du navire, officier d’état civil, établissait un acte de décès, assisté de deux témoins, après avoir constaté « l’identité du cadavre ». Cet acte était annexé au rôle d’équipage.

    Concernant la durée des voyages au long-cours, à cette époque les grands voiliers cap-horniers du nitrate du Chili, du nickel de Nouvelle Calédonie, des blés d’Oregon ou d’Australie partaient pour 8 à 9 mois.

    Mourir c’était aussi « filer son câble par le bout ». Délicieux « Parler des Gens de Mer » encore une fois. On ne s’en lasse pas.

  2. 2 Jean 10 mai 2014 à 21:40

    Typo Scépulture …. sépulture c’est mieux. ;-)

  3. 3 eric17 11 mai 2014 à 02:35

    c’est pas forcément à publier, mais y’a une fôte dans le titre…

  4. 4 MINNI Marc 12 mai 2014 à 11:26

    Pour la faute, négligeable, chacun aura rectifié, d’autant que l’Education Nationale révise son barème trop sévère de notation des dictées et que le langage SMS est dorénavant considéré par les spécialistes comme participant à l’acquisition du Français !
    S’agissant des marins qui « ont filé leur cable par le bout » en mer, ils n’ont que les limbes de l’océan pour tombeau. Même les métallos tombés dans une coulée de métal en fusion ont un tombeau. En effet, dans ce cas horrible, les ouvriers prélevaient un morceau du métal en fusion pour le remettre à la famille qui pouvait ainsi le glisser dans le cercueil pour faire le deuil du défunt. Les 350 000 Terre-neuvas disparus durant les cinq siècles de la fantastique époqpée de la pêche à la motrue, eux, n’avaient rien. C’est pourquoi, Mémoire et Patrimoine des Terre-neuvas, association fondée à Saint-Malo, a pris l’initiative d’inaugurer en 2013 à Saint-Pierre et Miquelon et à Saint-Malo, un cairn à leur mémoire, rappelant les nombreux ports pourvoyeurs de marins pour le Grand Métier.
    Cdt Marco
    Saint-Malo
    Les derniers jours de la classe ouvrière. Aurelli Philipetti

    Nous étions les derniers Terre-neuvas. Lionel Martin, Commandeur du Mérité Maritime
    Editeur : Yellow Concept (1 décembre 2011)
    Collection : HISTOIRE DE VIE
    Clippers français : Une histoire des voiliers de commerce rapide
    Claude et Jacqueline Briot. Le Chasse-Marée


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