Naissance d’un navire : une tragédie dans la fête

lancementLes bateaux lorsqu’ils naissent vont à la mer à reculons.(1) Ils glissent sur des patins suiffés, la carène soutenue par un berceau (ou ber) sur la cale pentue qui les met à flot. C’est la plus imposante masse que l’homme met en mouvement. Spectacle grandiose, populaire et émouvant pour ceux qui l’ont construit.
Durant cette cérémonie festive, un homme portant l’angoisse de la mort, désigné pour être son propre bourreau, s’avance sous la voute, vêtu de rouge – sanglante ironie – hache sur l’épaule, pour faire sauter le dernier arc-boutant (ou clef) qui immobilise le navire prêt à se mettre en branle sur son traîneau géant. Une fosse a été creusée pour que d’un saut il puisse s’y réfugier et éviter ainsi l’énorme masse prête à l’écraser.
C’est à un repris de justice, condamné à mort ou galérien (2), que l’on a confié cette tâche.  Le prêtre avant la bénédiction rituelle du lancement le prépare au salut de son âme.
Si le ber est bien installé, si les cordes de chanvre mouillées pour les mettre en tension et les coins enfoncés ont dégagé suffisamment la quille du sol, si le forçat est preste et habile, si… si… alors peut-être aura-t-il le temps de se mettre à l’abri. Avec de la chance, la grâce lui est acquise.
Le navire glisse sous les vivats de la foule et l’écho des fanfares, l’homme en rouge disparaît dans la fumée des pièces en frottement. Son sort est désormais scellé. Hélas, trop souvent le vaisseau lui passait sur le corps.
Plus tard, au début du XIXᵉ siècle seulement, l’idée viendra de fixer un câble à l’étrave et de ne le sectionner d’un coup que lorsque la clef a été préalablement détruite donnant ainsi un temps de répit au forçat chargé de la besogne. Un ancrage de miséricorde en quelque sorte.
Francis Bergerac
(1) NDLR – Il ne nous a pas échappé que l’image représente un lancement proue vers la mer. Ça ne change rien à l’histoire…
(2) Le vol d’une miche de pain suffisait pour être condamné aux galères.

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1 Response to “Naissance d’un navire : une tragédie dans la fête”


  1. 1 Trois-ponts! 9 mai 2014 à 15:10

    Pour information, l’illustration, signée Nicolas Ozanne, représente le lancement de la corvette l’Aurore au Havre en avril 1767. Le navire sera renommé la Petite Aurore l’année suivante.


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