Les escales du banc des menteux

image001• Où, faute de tirer au cul, Kerdubon tire sur une cible flottante – Une vingtaine d’Officiers Canonniers avaient embarqué sur le Dreyfus. Leur examen final allait débuter. L’escorteur d’escadre avait appareillé, soutes à munitions bien remplies. L’automne s’avançait, mais le temps restait au beau fixe et la mer d’huile. Pendant une semaine, près de deux mille pruneaux de tous calibres furent balancés chaque jour et chaque nuit. Les déflagrations des départs déchiraient les tympans des oreilles de l’équipage au “ poste de combat ” à l’extérieur. A l’intérieur, c’était pire, même si le bruit était un peu atténué, car chacun se sentait secoué au plus profond de ses tripes, surtout lorsque les grosses tourelles tiraient de côté. Chaque élève boum était, tour à tour, directeur de tir, avec ou sans radars automatiques, avec ou sans calculs, de toute façon… le plus souvent au pif. Ils commencèrent les séances de tirs en bombardant les rochers de la Gabinière au Sud de Port-Cros et ceux des Sarraniers au Sud-Est de Porquerolles. Quelques nids de goélands furent détruits et un pêcheur ne dut son salut qu’à la maladresse de l’officier boum… qui n’aurait pas touché une vache dans un couloir. Ils tirèrent ensuite sur cible remorquée.
– Nous revoilà partis en guerre Kerdubon !… Tu sais bien qu’on est pas très porté sur la chose !… protestèrent deux habitués du banc des menteux, anciens de la Royale.
– Le Zébu  était un des vieux remorqueurs poussifs de l’Arsenal. Il marchait au charbon comme au temps de sa splendeur en 1932. Ses chauffeurs poussaient les feux et le panache de fumée s’étalait sur l’horizon masquant parfois la cible remorquée. Cette cible montée sur flotteurs était en toile haubanée comme un vaisseau de haut bord. Elle suivait en zigzaguant, ce qui lui donnait une vitesse apparente variable. A un mille derrière le remorqueur, elle se voyait distinctement malgré la distance. Les directeurs de tir se succédèrent. Il leur fallait placer le Dreyfus parallèle à la toile de la cible pour avoir le plus de chance de faire mouche. En raison de la distance, toutes les tourelles qui crachaient en même temps, avaient le temps de tirer trois salves avant que les obus de la première n’arrivent sur le but. Les pruneaux inertes… heureusement, trouaient en théorie la toile, et le remorqueur additionnait les points selon un calcul compliqué tenant compte du calibre du boulet. Evidemment, c’était plus dur la nuit, non pour viser puisque l’artilleur se basait sur l’écho radar… mais pour additionner les mouches. Heureusement pour les types du Zébu, les coups au but étaient rares. Soudain, la radio du remorqueur hurla : « Vous me tirez dessus ! Vous me tirez dessus !  – Patience, répondit le radio de l’escorteur d’escadre… il y a deux autres salves de parties ! ». On vit en effet les gerbes des impacts encadrer le remorqueur… qui ne fut pas atteint non plus. Je ne m’inquiétais pas pour l’officier boum, de toutes façon, tout le monde serait reçu… autrement cela voudrait dire que les instructeurs étaient des imbéciles… ce qui est impossible, n’est-ce pas, gast ? L’exercice cessa lorsqu’une giclée d’obus troua les flotteurs de la cible qui bascula et sombra ; le champion eut 22 sur 20 pour cet exercice !
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des propos de gros calibre de Kerdubon.
Signé : Planchet
 

 

 

 

1 Response to “Les escales du banc des menteux”


  1. 1 patrick.macaire 26 avril 2014 à 21:01

    Le Dreyfus et le Zébu, excellent !!!
    (com’ d’hab’)


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