Le naufrage du quatre-mâts barque « Pamir »

image001image003Ce fut le dernier voyage commercial d’un grand voilier. Le 21 septembre 1957, le Pamir, un quatre-mâts barque, sombrait en moins d’une demi-heure au Sud Ouest des Açores emportant avec lui 80 marins dont une cinquantaine de jeunes cadets. Ce navire marchand était aussi un navire école pour la formation des futurs officiers de la marine allemande. Deux canots de sauvetage vides furent trouvés à la dérive, un troisième le lendemain avec 5 hommes à bord puis un autre avec un seul. C’est de leur témoignage que l’on tient les circonstances du naufrage.
• La cause des grandes catastrophes maritimes est rarement unique, pour le Pamir, il y en eut deux. La première fut le croisement de sa route avec un ouragan au parcours erratique né dans le golfe de Guinée. Et la seconde, le déplacement de sa cargaison qui modifia l’assiette du navire. L’imprécision de la position du naufrage lors du lancement du SOS a sans doute aggravé le bilan humain retardant l’arrivée des secours. A l’époque, entre les points faits au sextant, on la déterminait encore à l’estime.
• Le drame du Pamir s’est noué au moment du chargement à Buenos Aires, avant son ultime appareillage. Sur un grand voilier de commerce, l’arrimage de la cargaison est la clef de sa sécurité et de ses performances. Il conditionne son équilibre sous voiles et sa stabilité. La cargaison n’est pas autre chose que du lest.
Sur les quais de Buenos Aires ce jour là, les dockers sont en grève. Il faut appareiller. Chaque jour d’immobilisation supplémentaire du navire coûte de l’argent aux armateurs. Ce sont des hommes inexpérimentés qui effectuent le chargement et l’arrimage. Le fret se composait de 3 780 tonnes de grains d’orge, en vrac dans la cale contrairement aux règles du métier ! Une faute qui lui sera fatale. Même les ballasts destinés à être remplis d’eau pour équilibrer le bateau servaient au stockage. Certes, on avait prévu de conditionner une petite partie du grain en sacs posés sur l’énorme tas pour en bloquer le mouvement. Cela n’a pas suffit.
• L’ouragan Carrie, après avoir changé plusieurs fois de direction,  croise la route du navire et s’abat sur celui-ci avec une soudaineté et une violence telle que l’équipage n’eut même pas le temps de serrer la toile sur les vergues. Les voiles furent déchirées et emportées.
Au premier sérieux coup de boutoir de la mer sur la hanche du navire désemparé, les tonnes de grains éminemment mobiles se déplacent couchant le bateau de 30° avant que la gîte ne passe à 45° mettant en péril le bateau. L’ordre de fermer les ouvertures ne sera pas donné alors que l’envahissement commence. L’intrusion de l’eau est si importante qu’elle handicape la flottabilité du navire.
Le bateau chavire brutalement. L’équipage, précipité à la mer, tente de s’accrocher aux canots qui passent à portée et qui ne flottent plus que par leurs caissons étanches. Seuls 6 rescapés dont 2 cadets survécurent au naufrage. Des brassières de sauvetage furent retrouvées avec des restes humains. Sans doute l’œuvre des requins nombreux sur la zone selon le témoignage des bateaux ayant porté secours.
Le monde vécut ce drame comme une grande tragédie. A l’époque, les recherches mobilisèrent 73 navires et des avions militaires américains basés aux Açores.
• Après la disparition du Pamir, les grands voiliers devinrent des navires écoles aux normes de sécurité draconiennes. Un lest fixe remplaça les cargaisons volages et des canots de survie auto-gonflables les vieux canots en bois.
Francis Bergerac
• Images – A gauche, le Pamir toutes voiles dehors. A droite, la route du voilier qui croisa deux fois l’ouragan Carrie.

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6 Responses to “Le naufrage du quatre-mâts barque « Pamir »”


  1. 1 Criss 23 avril 2014 à 19:25

    Ces grandes catastrophes rassemblent presque toujours quelques points communs qui déterminent les risques encourus. Avidité des armateurs sur les délais de route, économies de carburant pour un parcours au plus près des récifs sinon même juste au-dessus, inconséquence du commandant trop habitué à ce que tout aille bien, retards dans l’ évaluation du danger, cargaisons « pourries » dans des navires poubelles, etc…Le grand problème c’ est que du Titanic au récent drame du ferry Coréen en passant par le Pamir et bien d’ autres, les fortunes de mer se renouvellent sans que les leçons soient retenues.

  2. 2 jac fallard 23 avril 2014 à 22:08

    Chaque jour d’immobilisation supplémentaire du navire coûte de l’argent aux armateurs.
    sans commentaire…….

  3. 3 André 24 avril 2014 à 10:57

    Bjr à tous, est ce qu’il n’y a pas eu un film ou un téléfilm retraçant cette tragédie? Il me semble l’avoir enregistré sur Arte lors d’une rediffusion mais impossible de remettre la main sur la K7 video peut être effacée par erreur?
    Si quelqu’un connaissait le titre du film (ou du téléfilm) cela pourrait faciliter mes recherches sur Internet.
    Mci d’avance
    André

  4. 4 escales maritimes 24 avril 2014 à 11:07

    Ben oui, peut-être…N’oublions pas : la rubrique s’appelle « une image pour le plaisir »…
    Escales

  5. 5 pirate 22 juillet 2016 à 22:44

    je ne sais plus de memoire si ce batiment racheté par la deutsche kriegm arine n etait pas equipe de mats nouvelle technologie en alu ce qui favorisa son chavirage.Ce batiment faisait partie d une flotte d une societe qui faisait faillite… la flotte se composait de plusieurs batiments de la meme serie ..

  6. 6 LALLAU 5 avril 2017 à 22:37

    J’étais radio sur l’Escorteur Rapide Le Brestois et à la relève de quart à 15h00 j’ai capté le SOS du PAMIR – le message a été transmis au porte-avions LA FAYETTE que nous escortions – nous nous trouvions en Méditerranée à proximité de GIBRALTAR et nous avons mis le Cap vers LES ACORES dans le secteur indiqué dans le SOS du bateau naufragé – nous sommes rentrés dans l’ouragan CARRIES – aucun avion n’a pu être catapulté et nous n’avons pu que naviguer dans ce secteur – je conserverai toujours le souvenir du mal de mer atroce dont j’ai été victime durant deux jours – le 21 septembre était le jour de mon 19eme anniversaire – de retour à TOULON j’avais maigri de plusieurs kilos – QM2 Radio Max LALLAU


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