Les escales du banc des menteux

image001• Où des naufragés administratifs donnent des sueurs froides à Kerdubon Mistral et Tramontane balayaient la Méditerranée, le vent soufflait force 9 à 10 et la mer était démontée en conséquence, violente, mais sans grosse houle. La longue route, mais la plus rapide et la plus sûre pour ne pas bousiller mon chargement de bagnoles, consistait à remonter le long de la côte Espagnole jusqu’au Cap Creux, de piquer sur Marseille et puis cap à l’Est passer au Sud de Porquerolles, pour retrouver le calme relatif du golfe de Gênes. Le plus mauvais passage était donc la traversée du Golfe du Lion, jusqu’à la limite d’action du Mistral, un peu après le large de Fréjus, c’était le cas cette nuit-là. Donc branlée générale, coups de roulis de trente degrés avec tangage et coups de ballasts. Le car carrier que je commandais allait sans visibilité dans la nuit, les rafales démentes, et les embruns. Les deux radars donnaient la bouillie blanche habituelle six milles autour du navire, ce qui permettait de voir au-delà et bien à temps les échos des gros navires dont le trajet était presque perpendiculaire, entre Marseille et le reste du monde. Les vagues de 5 à 10 mètres se brisaient sur le flanc bâbord. J’avais l’œil fixé sur l’horizon, coudes posés sur le rebord du sabord central, le compas de mes jambes écarté au maximum. Le jour levé, nous étions… dans le beau temps. Le bosco portugais procédait à l’inspection du chargement en pontée, il revint rapidement avec un air affolé : « Captain’… on a les morcels d’un yaté sour lé gaillard dévant ! » Sur ce gaillard, il y avait une grosse potence destinée à descendre le matériel lourd dans le magasin. La clavette de fixation avait pété sous l’action du mauvais temps, et la potence hochait la tête à droite ou à gauche, à chaque coup de roulis. Dans son amplitude, elle dépassait de loin le pavois du gaillard, et de forts câbles d’acier inox, restants d’un haubanage de mât de yacht y étaient accrochés. La taille d’un ridoir fixé sur l’un de ces fils d’acier, montrait qu’il s’agissait d’un voilier important. Une barre de flèche arrachée du mât était également attenante au hauban. Le Cross-Med fut avisé, et peu après un Bréguet Atlantique s’envola, tandis que régulièrement, le bulletin PAN fut émis sur les ondes. Les recherches durèrent trois jours ! La gendarmerie italienne de Livourne, débuta son interrogatoire. Ils me traitèrent comme un assassin, et leur suffisance, leur grandiloquence montraient que c’était pour eux… l’affaire du siècle ! Cela dura toute la journée.
– J’magines Kerdubon ta torture morale en craignant d’avoir fait périr des plaisanciers… car le Capitaine est toujours responsable !… commenta Henri du banc des menteux.
– L’angoisse dura dix jours. Jusqu’à ce que ma compagnie avoue : « On a oublié de vous dire que le Yacht démâté a regagné un grand port au moteur, déposé son rapport à la Capitainerie pour l’assurance, et la Capitainerie a omis de faire suivre à Cross-Med pour interrompre les recherches ! ».
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des paroles abordables de Kerdubon.
  Signé : Planchet

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