Ces sculptures qui refusent de disparaître

Etel 71Madeleine Yvonne  + 71épave Plestin DSCN1510épave Etel 70 - foto M DEtel 3 - 71
Port Louis DSCN1812• Humeur – Il y a longtemps, bien longtemps, que je souhaitais consacré un billet aux épaves qui meurent silencieusement sur notre littoral. Elles font le bonheur des touristes qui se payent à peu de frais une photo pittoresque ; il ne s’agit pas de ça. Il s’agit de ce que représente pour le petit pêchou, l’abandon de son compagnon de toujours. Que se passe-t-il dans la tête du vieil écraseur de crabes, parvenu au bout de sa vie et qui se décide un matin de se séparer de l’outil qui l’a fait vivre. Chichement, mais vivre…
• Rien à voir avec les monstres qu’on jette sur la plage pour les dépecer au chalumeau. Ce jour-là, un triste jour, il quitte son mouillage pour un ultime voyage, là-bas vers la vasière. La mort dans l’âme, il largue son mouillage et seul mène sa barque au lieu de repos, doucement, à marée haute si possible. Les paysages familiers défilent devant lui, et puis, tout à  coup, le bateau s’immobilise. C’est fini, il n’ira jamais plus loin… Que ressent-il alors ?
• J’ai connu jadis le patron d’un vieux sinagot qui, perclus de rhumatismes, avait dû sacrifier son antique barcasse. Tous les matins, le retraité se traînait jusqu’à la vasière et contemplait longuement les bordés noirs, aspirés par la vase. La larme à l’œil. Et puis, de temps en temps, en été de préférence, il repeignait minutieusement le nom du bateau  pour montrer qu’envers et contre tout, il était encore là ; un peu comme on porte des fleurs au cimetière. Fidèle juqu’au bout…
Ce modeste billet t’est dédié Theodore.
Athos    
• Images – Aucun commentaire me paraît nécessaire… (photos Escales Maritimes).

Publicités

5 Responses to “Ces sculptures qui refusent de disparaître”


  1. 1 Nicoledl 30 mars 2014 à 20:50

    Cet article me touche beaucoup il y a tellement de façons de perdre un bateau…

  2. 2 COKELUNDE 31 mars 2014 à 09:25

    Théodore avait bien compris qu’une embarcation quelque soit son type & sa taille a une personnalité. C’est une compagne de la vie de tous les jours, avec qui on gagne son pain. A rapprocher du « cheval d’orgueil », de l’outil de l’artisan, de la terre du paysan.

    Merci ATHOS pour ce billet d’humeur.

    JP L

  3. 3 gubragh 31 mars 2014 à 12:22

    A reblogué ceci sur Roz Avel, des itinéraireset a ajouté:
    J’ai dans les yeux la flottille de Grand Largue défiler au long des rives du Blavet, et des squelettes de bateaux sans nom pourrir doucement dans la vase. J’ai dans la mémoire des anses de la Vilaine ou des petits bateaux de pêche montrent leur côtes blanchies par le soleil et le sel. Et dans la Ria de Arousa, à coté de Boiro, ou on a passé du temps l’année dernière, dans l’estuaire d’une petite rivière, trois bateaux en bois se décomposent en silence. Tout ça est bien triste, on se demande si aucune « transmission » n’est possible, ou alors une fin glorieuse, sous les vagues d’une tempête… la vie d’un bateau est la mer, et la mort devrait etre la mer aussi. Pas la vase. Est-ce ça qu’on appelle « modernité » ?
    Ici un magnifique billet glané sur un de mes blogs préférés, Escales Maritimes. Merci à eux.

  4. 4 Criss 3 avril 2014 à 20:08

    La tradition voulait qu’ un bateau désarmé ne soit pas détruit pour ne pas porter malheur à son équipage et aux familles de ses matelots. A proximité des lieux de travail lors des hivernages et des carénages, choisis pour leur calme et leur sécurité, les cimetières à bateaux ont accueillis les épaves pour qu’ elles meurent dans la quiétude de ces lieux et que leurs matelots, vieillissants comme elles puissent encore leur rendre visite et ne pas oublier. Les carcasses à demi noyées racontent cette histoire et dans leur déchéance témoignent de leur splendeur passée. Cette histoire est leur histoire, comme le souligne « Escales »: un peu comme on porte des fleurs au cimetière…

  5. 5 voile classique 4 avril 2014 à 15:30

    Cet article est touchant: Le cœur serré, la larme a l’œil, c’est le cas.
    Un bateau c’est une aventure, une histoire, et surtout un ami. Un compagnon de galère qui ne nous lâche jamais. Des Théodore il en existe tellement… merci à toi de leur rendre hommage de cette si belle façon.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Contact
« Escales Maritimes » est ouvert à tous. Contributeurs, informateurs, critiqueurs, approbateurs, suggestionneurs…
Pour ceux-là, une seule adresse : escales.maritimes@orange.fr

Archives

Faites connaître
Escales Maritimes !

Ajoutez ce lien dans votre site :
https://escales.wordpress.com/

Affichez cette bannière dans votre site en copiant le code suivant dans votre page html :
<a href="https://escales.wordpress.com/"><img src="https://escales.files.wordpress.com/2010/01/escales3.gif" alt="" width="180" height="60" /></a>

Les opinions émises ne sont pas nécessairement celles d'Escales Maritimes ; elles sont de la responsabilité de leurs signataires.


%d blogueurs aiment cette page :