Le voyage maritime de l’obélisque, ou la malédiction du pharaon (partie 2)

le sphinx remorquant le louxorDeuxième épisode : En mer
Avant même que le Louxor n’ait décollé du fond avec son précieux obélisque, Champollion s’éteint à Paris à 41 ans. A peine venait-il d’ouvrir sa chaire d’égyptologie au Collège de France. A Figeac, sa ville natale, on lance une souscription pour lui ériger quoi ?… un obélisque !
Le 6 Août 1832, l’obélisque, le vrai, flotte pour la deuxième fois. La première fois sous Ramsès II, sans doute plus discrète ou plus banale, n’a laissé aucune trace.
Le bateau, comme ivre (2), descend alors le Nil s’échouant successivement d’un côté puis de l’autre. Pas de chance, on arrive trop tard pour la sortie. La barre est là et on manque d’eau. Le commandant est vert de rage. Le navire n’a été conçu que pour passer sous les ponts de la Seine pas sur les hauts fonds (3). On imagine alors une manœuvre à la Costa Concordia (4)  pour soulever le Louxor grâce à des pontons flottants. A l’époque, c’est pure utopie.
Au bout du désespoir, une tempête de décembre modifie la configuration de l’estuaire. Le Louxor peut enfin s’échapper du Nil en sautant de banc de sable en banc de sable après d’épuisantes manœuvres.
Le Sphinx attend prudemment les beaux jours pour le prendre en remorque et en ce jour du 1ᵉʳ avril (sic) le Louxor quitte Alexandrie à 4 nœuds.
A sec de toile, un voilier roule bord sur bord, tout le monde le sait, c’est ce qui arriva au Louxor quand un très gros coup de vent lui tomba dessus : « A chaque roulis, la frêle coque du Louxor se tordant sous sa rigide charge, semblait vouloir nous abandonner ». L’obélisque jouait au pendule.
Le Sphinx qui consomme une tonne de charbon à l’heure, impose un grand nombre d’escales. De celle de Toulon, Lebas remonte à Paris pour préparer le chantier de l’érection et laisse le Louxor contourner l’Espagne toujours en remorque. Coup de chance (pour une fois) le navire parvient à se réfugier à La Corogne avant une grosse tempête qui l’aurait à coup sûr fait couler.
A l’arrivée à Cherbourg, le scénario du consul qui retarda l’entrée dans le Nil se répète. Cette fois, c’est le souverain Louis-Philippe qui se fait attendre alors que le commandant trépigne pour passer l’estuaire de la Seine qui risque d’être modifié avec les grandes marées de septembre. Finalement, en dépit du retard imposé, l’arrivée à Rouen se passe sans encombre. Le  Louxor n’a plus qu’à espérer une crue de la Seine pour remonter à Paris hâlé par un vapeur. Elle vient. Mais ce n’est pas fini…
Demain, troisième partie et fin : « A Paris »
Francis Bergerac
• Image : Le Sphinx remorquant le Louxor (aquarelle, François Geoffroy Roux 1875).
(2) Rien à voir avec Rimbaud.
(3) Note de l’auteur : Il me paraît difficile d’exiger des arsenaux de la marine qu’un bateau puisse à la fois être haut sur l’eau et bas de plafond tout en portant un obélisque.
(4) Le Costa Concordia, énorme navire de croisière fut renfloué grâce à des caissons immergés qui le soulevèrent.

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