Le voyage maritime de l’obélisque, ou la malédiction du pharaon (partie 1)

• Prologue – L’exception confirme la règle, c’est connu. Pour une fois, Escales déroge à son principe d’articles courts pour publier un long texte, en trois épisodes, dû à la vivacité de plume de Francis Bergerac. Il raconte une histoire vraie et succulente. Régalez-vous. entrée avant louxorL entrée après++
Premier épisode : L’Egypte Il fallut tant d’efforts pour le ramener à Paris que le faire tenir sur sa pointe n’en eut été qu’un de plus. Le manque d’ambition, la peur de l’échec dans la phase ultime de l’érection, le regard anxieux du peuple et du roi ont conduit à abandonner cet ultime défi. Même avec cette dernière précaution, l’entreprise fut si risquée qu’on ne l’osa qu’une fois. Des trois obélisques qui nous furent offerts, son jumeau à l’entrée du temple et un troisième venant d’Alexandrie, deux restèrent en Egypte. François Mitterrand les restitua dans les formes un siècle et demi plus tard après avoir beaucoup réfléchi. C’est Champollion qui va sur place choisir l’obélisque, mais c’est au polytechnicien Jean-Baptiste Lebas que l’on confie l’ingénierie de l’opération. En France, on appelle ça de la prudence. Lebas fait construire un navire spécial le Louxor pour transporter le futur orgueil national. Son si mauvais comportement à la mer fait imaginer le pire lorsqu’il sera lesté des 230 tonnes du monolithe. On commande alors un remorqueur, le Sphinx, vapeur à roues à aubes, qui aura la charge de ramener le précieux convoi. A  Alexandrie, le Louxor  qui doit impérativement entrer dans le Nil avant la crue, attend toujours la signature du consul retenu ailleurs par le Pacha d’Egypte. Tout le monde s’installe dans les belles demeures pour y couler des jours fastueux. Le budget s’épuisant, la distribution de bakchichs s’en ressent et fait paraître les Français un peu pingres. Ils finissent par perdre la considération des Egyptiens. Quand enfin le Louxor  se présente en remorque à l’embouchure du Nil, l’affaire n’est pas gagnée pour autant. Les bancs de sable sont baladeurs et imprévisibles. Tout ce qui pèse a été débarqué mais ce n’est pas suffisant. Remorque larguée, le navire s’échoue, laboure le fond, passe de banc en banc. Mais, poussé par un vent soutenu et favorable, il entre laborieusement dans le large et majestueux lit du fleuve. Fini les sueurs froides, bonjour les sueurs chaudes. Le Nil dont on connaît tous les bienfaits a pour les marins un énorme avantage : le vent pousse dans la bonne direction pour en remonter le cours. Au retour, c’est le courant qui fait le travail. Mais il y a des méandres et le Louxor , navire exclusivement à voiles, ne sait pas tirer des bords. C’est à force de bras et en plantant des pieux sur la rive que les marins et les fellahs le feront avancer dans le dernier coude avant Thèbes (Louxor). Deux mois viennent de s’écouler depuis l’entrée du Nil. Le Louxor  est maintenant échoué sur une plage spécialement aménagée à 400 m seulement de l’entrée du temple. Trente maisons sont achetées puis rasées pour installer la rampe de glissade de l’énorme morceau de granit. Des deux obélisques, on commence par celui le plus proche de la rive. L’autre sera l’objet d’une seconde expédition. In Shaa Allah. Malheureusement, à l’emballage on lui découvre une fissure de 8 m de long, plus du tiers de sa hauteur. Elle est toujours visible aujourd’hui sur la face orientée vers l’église de la Madeleine. Lebas pense immédiatement qu’on l’accusera d’en être l’auteur. Tant pis, il est trop tard pour reculer. L’opération d’abattage est aussi délicate que spectaculaire. L’obélisque pivote sur son arête inférieure engagée dans un billot de chêne qui lui sert de rotule. Il est retenu par un ensemble de cordages qui le laisse se coucher en l’empêchant de basculer latéralement. L’obélisque est à la fois tiré et retenu. L’opération doit être lente, parfaitement coordonnée et sans à-coup. Dans son principe, elle est identique à celle du mâtage/démâtage d’un vaisseau. On l’effectue avec des bigues (1), des palans et des cabestans. On a scié l’avant du navire sur toute sa hauteur pour y faire entrer les 23 mètres du prestigieux monument. Une fois bien arrimé dans la cale, l’obélisque n’a plus qu’à attendre la crue de printemps. Ah, merveilleux Nil. Elle arrive.
• Demain, deuxième partie :  » En mer « .
Francis Bergerac
(1) Bigues : Sorte de grue faite de mâts haubanés auxquels sont fixés les palans.
• Images : Entrée du temple de Louxor, avant et après.
NE MANQUEZ PAS l’exposition très documentée du musée de la Marine : Le voyage de l’obélisque – Trocadéro jusqu’au 6 Juillet 2014. Ce que je viens d’écrire est tout à fait exact sur le plan historique, mais dans l’entresol du prestigieux musée le point de vue est assez différent.

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1 Response to “Le voyage maritime de l’obélisque, ou la malédiction du pharaon (partie 1)”


  1. 1 SEGUIN 13 avril 2014 à 11:06

    Passionnant, merci.


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