A propos des noms de baptême des navires

Caroline 1891 - JFVP - 696 KoLes Havrais, dont je suis, ont encore des trémolos dans la voix, voire la larme à l’œil, quand ils évoquent leurs anciens paquebots transatlantiques, notamment Normandie et France qu’ils appellent à tort le Normandie et le France.  En effet si l’article défini marqué sur la coque, a bien été utilisé pour la série des paquebots portant des noms de provinces françaises comme La Bretagne, La Champagne, La Bourgogne, par exemple, il ne l’est plus depuis.
Une autre ambiguïté, plus ennuyeuse pour les chercheurs en histoire des transports maritimes, réside dans les homonymies. Ainsi, la Maison Bordes a armé plusieurs grands voiliers cap-horniers portant le même nom, citons par exemple : 4 Adolphe, 3 Alexandre, 3 Antonin, 3 Blanche, 3 Caroline, etc. Pour s’y retrouver, les auteurs qui se sont intéressés à ces navires, notamment Louis Lacroix, les ont numérotés I – II – III… du plus ancien au plus récent.
Chez Bordes c’est la date d’entrée en flotte qui est retenue, encore faut-il trouver ces dates de mise en service. Etudiant les clippers du café et du guano, puis les cap-horniers français du nitrate, il s’est avéré plus pratique et plus fiable de distinguer les navires homonymes par leur date de construction.  Ainsi les trois-mâts Bordes Coquimbo, par exemple, se distinguent de la façon suivante : Coquimbo 1873 trois-mâts barque en bois ; Coquimbo 1876 trois-mâts barque en fer ; Coquimbo 1890 trois-mâts carrés en acier. Coquimbo étant un port du Chili où ces navires apportaient du charbon anglais et ramenaient du nitrate de soude, engrais naturel utilisé alors comme fertilisant des sols, puis comme composant des explosifs et des poudres à canon pendant la Première Guerre mondiale.
Claude Briot
• Image – Le quatre-mâts barque Caroline 1891. C’est un envoi du capitaine belge Jean-François Van Puyvelde avec qui l’auteur a échangé pendant ses recherches. Son frère avait aidé Louis Lacroix à se lancer dans l’édition d’ouvrages sur les grands voiliers français. (cf. les trois articles sur Lacroix dans les Chasse-Marée n° 177 – 185 et 213) .

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8 Responses to “A propos des noms de baptême des navires”


  1. 1 MINNI Marc 20 mars 2014 à 17:11

    Très belle contribution sur les noms de navires. Bientôt 600 ans que le Port du Havre nous fournit Hommes de Science, Chercheurs et Marins illustres, navires extraordinaires (Des clippers aux PC de 19 000 boites)…
    Cdt Marco
    Saint-Malo

  2. 2 Criss 20 mars 2014 à 17:17

    Si l’ histoire d’un navire est toujours captivante, elle commence bien avec son baptême et son nom. Le cas de l’ article sur-utilisé vaut pour de nombreux bâtiments dont  » Belem » en particulier qui n’ en porte pas. Pas de n° non plus puisque le vieux Para quittant la flotte Crouan, le nom de la capitale vint adroitement remplacer celui de la région pour une même destination. Valable aussi sans n° pour le trois-mâts goélette « Marité », qui porte les initiales de sa marraine puis-qu’ un « Marie-Thérèse » – toujours l’épouse de l’armateur – existait déjà dans l’ armement Leborgne.

  3. 3 Alain BOUCHER le rédacteur 20 mars 2014 à 20:36

    Bonjour,
    Fort instructif, merci.
    Je prendrais bien votre avis aussi sur le genre (sujet chaud chez vous, désolé…) des navires. Si l’article n’est pas utilisable – et j’acquiesce – comment désignez vous LE paquebot LA Normandie, sans article ? «J’ai voyagé à bord du Normandie ou de la Normandie » ? Plus simplement « à bord de Normandie ou de France » ?
    Les bateaux dans mes écrits sont toujours au neutre : celui-ci est capitaine de Magdalena, ou matelot à bord d’Accommodation. Ou à bord du NM Aivik ou du NGCC Amundsen, mais ces préfixes sont plutôt récents.
    Qu’en pensez-vous ?

  4. 4 andré 21 mars 2014 à 10:29

    bjr, je me suis aussi posé la question de l’article qu’il convient d’écrire avant le nom du navire, elle hante mes nuits d’insomnie!

    Voir:

    http://qst.mm.monsite-orange.fr/paquebotnormandie/index.html

    Amicalement

    André

  5. 5 Claude BRIOT 21 mars 2014 à 17:46

    En réponse à Alain Boucher, je dirais que s’il y avait eu un paquebot transatlantique Normandie dans la série des provinces françaises, on l’aurait appelé La Normandie, mais il n’y en a pas eu. Pas de problème d’homonymie donc avec le fameux Normandie. Pour moi il convient de dire le paquebot Normandie – j’ai connu Normandie – j’ai navigué à bord de Normandie. Je ne suis ni linguiste ni membre de l’Académie de Marine mais simplement chercheur indépendant en histoire des transports maritimes qui a eu à ramer avec les noms des grands voiliers. Et la numérotation qu’en pensez-vous ? Bien à vous.
    Claude Briot

  6. 6 Alain BOUCHER le rédacteur 21 mars 2014 à 18:34

    Merci Claude,

    J’aime bien ce neutre, qui peut parfois surprendre dans notre langue, mais qui permet de personnifier les navires, dans les écrits littéraires ou historiques à tout le moins. Oui, j’ai navigué à bord d’Éléphant, flûte royale du XVIIIe, ou rencontré le capitaine de Magdalena, caravelle du XVIe, tout comme j’ai reçu de Claude un commentaire en réponse il y a quelques minutes, sur Alphonse-Desjardins, traversier en route pour Québec (il y a wi-fi à bord !). J’aime.
    Dans les écrits, l’italique (impossible ici) en plus distingue parfaitement le nom de l’unité.
    Quant à la numérotation, je ne connais que fort peu de cas (je suis un peu novice en la matière, j’avoue) au Québec où la nécessité se présente. Nous avons un grand voilier Marie-Clarisse dont le nom rappelle un ancêtre fort ancien, et l’officiel au registre porte le II. Mais personne ne sait ça ni n’utilise le numéro, pas même inscrit sur la coque. Comme chercheur, pour identifier les « versions », je préfère de loin l’idée de l’année de construction ou de changement de nom (c’est le cas de Marie-Clarisse), comme vous suggérez.

  7. 7 Criss 21 mars 2014 à 22:11

    Pour donner un point de vue qui compte, on peut se référer au Répertoire des navires de guerre français de Jacques Vichot. L’ usage de l’article dans son livre est une indication sur le genre lié au nom du navire ou sinon au type de navire concerné, avec il me semble une priorité donnée au genre du nom. Cela ne signifie pas que l’ article fasse partie du nom lui même. Il n’ est utilisé que pour évoquer le navire, comme le propose Claude Briot.
    L’ essentiel reste de parler de navire et non de bateau au delà d’une certaine taille.

  8. 8 Claude BRIOT 22 mars 2014 à 20:36

    Mille excuses ! Je reviens sur mon post d’hier, il y a bien eu un paquebot transatlantique La Normandie. Paquebot en fer à 2 cheminées, c’était l’ex- Ville de New York lancé à Barrow en octobre 1882. D’abord renommé Normandie (sans article) il fut rebaptisé La Normandie (avec article) à la suite de réparations à Saint-Nazaire en fin 1885-1886. D’où mon erreur.


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