Expérience vécue : la dératisation de la honte…

zyklon-1Nous sommes dans les années 1950/1960 et donc avant l’arrivée du conteneur. Les cargos dénommés  de “divers”  transportaient alors toutes les marchandises solides possibles, en sacs, en caisses, en ballots ou en vrac. C’est ainsi que, par exemple, sur la ligne régulière Europe-Amérique du sud, les chargements depuis l’Europe du nord contribuaient à l’industrialisation de ces pays – Brésil, Argentine – qui n’étaient pas encore qualifiés d’émergents. Cela allait des métaux non ouvrés aux camions en passant par des glaces de grandes dimensions et  même des raffineries de pétrole en… pièces détachées.
Au retour, c’était de la viande congelée, des peaux de vaches ou de moutons, du coton, du café et surtout des  céréales en vrac (maïs, millet…).
• Et c’est là où nous en venons à ces charmantes petites bêtes (1), les rats qui trouvaient ainsi à bord une abondante nourriture. Des précautions étaient pourtant prises au port afin qu’ils ne montent pas à bord, principalement par les amarres qu’on munissait de “garde rats” sous la forme de grands disques de métal les empêchant, en principe, de grimper le long de l’aussière. Peine perdue ; ils proliféraient joyeusement.
• Ainsi, périodiquement on procédait à cette dératisation, en Europe, en tête de ligne quand le navire était complètement vide avant de recharger pour un nouveau voyage. Pour cette ligne, l’opération avait donc lieu à Hambourg. On débarquait tout l’équipage qui, pour son plus grand plaisir, se voyait gratifié d’une journée de congé et d’une nuit à l’hôtel dans cette ville bien agréable… On rembarquait une fois le travail effectué par une entreprise spécialisée au moyen de gaz asphyxiants, le navire ayant été évidemment bien ventilé.
• Or, à l’issue  de l’une de ces opérations, en tant que second capitaine, j’inspectais le navire, et tombais sur une grosse boîte métallique cylindrique qui avait dû être oubliée par l’entreprise lors du débarquement de son matériel et produits de dératisation. Quelle ne fut pas ma surprise en lisant sur l’étiquette-mode d’emploi, affublée d’une belle tête de mort, le nom du produit : “Zyclon B”… Ainsi, en 1958 ce gaz de sinistre mémoire qui avait été utilisé à grande échelle par les nazis pour exterminer des millions de personnes, existait toujours sous ce même nom. Venaient-elles de stocks anciens ou bien sa fabrication était-elle toujours en cours ?  Mais comment, en tout état de cause, les responsables avaient-ils conservé cette marque infamante ? Cinquante ans après, je me pose toujours la question. Tuer des hommes ou tuer  des rats, même  boulot ?
Henri Bourdereau
(1) Voir aussi  le billet de Francis Bergerac.

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3 Responses to “Expérience vécue : la dératisation de la honte…”


  1. 1 deratisation marseille 24 février 2014 à 20:07

    ahah. Texte tres bien ecrit! Il y a toujours beaucoup de bestioles dans les cargos. Croyez moi.

  2. 2 François Renault 25 février 2014 à 11:03

    A mon premier embarquement en septembre 1957 à bord du Robert LD, en carénage au chantier Deutch-werft à Hambourg, nous avons été une nuit à l’ hôtel durant la dératisation. Certains m’avaient affirmé que le « zyclon » était utilisé…
    Nous étions accosté près du paquebot « Théodor Hertzel » qui selon quelques ouvriers, était en construction pour réparations envers Israel.
    Merci Mr Bourdereau pour le rappel d’autres souvenirs de jeunesse à Hambourg

  3. 3 de Cayeux 25 février 2014 à 19:54

    Bonsoir,
    Jeune lieutenant dérogataire sur le Cabinda des Chargeurs réunis ex Corblet entre 1954 et 56 j’ai passé une nuit complète d’hiver dans une guérite avec un braséro en compagnie de matelots qui eux n’assuraient que des quarts de 4 heures ! C’était au Havre dans un bassin aujourd’hui désaffecté mais toujours en eau.
    le bateau venait d’être gazé, dératisé… Coupée hissée la garde fut tranquille ! Aucun souvenir des produits utilisés.


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