La nuit où le brûlot anglais a fait long feu…

image001A la place des Anglais, sans doute, n’aurions-nous  jamais supporté l’humiliation constante infligée par les corsaires malouins et dunkerquois. Les bateaux prestement enlevés à la perfide Albion tournent autour d’une moyenne annuelle de 300 à 400. Lorsque Jean Bart en 1693 brûle d’un coup six vaisseaux hollandais et capture trois frégates anglaises la coupe est  plus que pleine. Guillaume d’Orange, roi d’Angleterre, vire au rouge. La riposte devait être exemplaire : rayer de la carte le port le plus riche de France, Saint-Malo. Inspiré sans doute par le cheval de Troie, Guillaume imagine une machine infernale destinée à faire exploser ce « nid de guêpes » qu’est Saint-Malo. C’est ainsi qu’il l’appelle.
Cette « machine » est un navire de 26 m de long construit spécialement par des ouvriers gardés au secret au pied de la Tour de Londres. Ses  voiles noires le rendent invisible la nuit. Avec une pointe d’humour les britishs le baptise Vesuvius. Chargé de la cale au pont de vingt mille livres de  poudre, de boulets, de barres de fer et de mitraille,  son pied dans l’eau n’est que de 2,10m. De quoi s’accrocher à la pleine mer et par grande marée aux murs fortifiés de la ville honnie.
L’objectif des Anglais est d’échouer le vaisseau esplosif contre la poudrière de la tour Bidouane, située à l’angle nord-ouest des remparts.  Deux  poudrières pour le prix d’une, de quoi raser la ville et rabattre ainsi définitivement la morgue des corsaires malouins. L’escadre anglaise, forte d’une trentaine de bateaux, accompagne la bombe et pour la circonstance arbore le pavillon danois (1), pays avec lequel la France entretient de bonnes relations commerciales. Qui avait dit perfide ?
Rien ne contrarie la discrète avancée nocturne des Anglais vers la sombre muraille. Rien  sauf…
Alors qu’avec son équipage réduit au minimum, le brûlot double l’îlot du fort royal, s’avançant  dans un dédale de roches peu identifiées, une forte rafale d’ouest le pousse à s’échouer sur l’écueil que l’on appellera plus tard la Roche aux Anglais ! Las, Saint-Malo ne fut pas Pompéi. Le Vésuvius s’ouvrit par le fond avant d’exploser du sommet.
La mer envahit déjà les cales et mouille la poudre. En catastrophe, les marins restés à bord mettent le feu et dégagent vivement sur une chaloupe. L’explosion est énorme mais le navire trop éloigné des remparts et couché du mauvais côté pour orienter les projectiles ne fait pas de dégâts importants. La seule victime dans la ville fut un chat. Les Anglais à bord de la chaloupe, emportés par le tsunami de l’explosion, chavirent et se noient. Des toits de hangars et de maisons toutes proches s’effondrent. Les ardoises s’envolent et les vitres se brisent mais aucun mur ne s’écroule à l’exception de ceux d’une maison  qui reçut par le toit un cabestan d’environ une tonne. Une partie des murs de la ville proches du brûlot s’écroula.
Quant aux malouins, ils furent brutalement réveillés. A temps pour voir les débris fumants du navire flotter sous les remparts et sur l’horizon les vaisseaux « danois » de l’amiral Benbow prendre le large… cap sur l’Angleterre.
Francis Bergerac
Epilogue :
 » L’Anglais, semblable à la montagne
Qui n’enfanta qu’un simple rat,
Dans sa malouine campagne,
N’a fait mourir qu’un pauvre chat. »
Jean Maury – 1693

• Image – Coupe de la machine infernale qui, finalement fit plus de bruit que de mal. Remarquez la mèche sensée bouter le feu  à la poudrière flottante.
(1) D’autres sources indiquent qu’il s’agissait du pavillon français blanc à fleur de lys. Si la perfidie est équivalente, je conserve la version danoise, le stratagème est plus subtil.

2 Responses to “La nuit où le brûlot anglais a fait long feu…”


  1. 1 San Quirce 3 janvier 2014 à 09:28

    Par contre, en ce qui concerne la période des guerres de la Révolution et l’Empire, Patrick Crowhurst a su depuis longtemps parfaitement démonter le mythe dans sa thèse sur les corsaires de la Manche à cette époque, en se basant non seulement sur le nombre de prises mais aussi sur les taux d’assurance pour les navires anglais et les statistiques de la flotte britannique :

    – Au début du conflit les tarifs d’assurance grimpent
    – Très vite ils redescendent à peu près au même niveau qu’en temps de paix.
    Le nombre de prises par les corsaires français, tant vanté par une certaine historiographie nationale, n’a représenté qu’un pourcentage infime de la très considérable flotte marchande britannique ( au demeurant Crowhurst donne les chiffres…).

    Meilleurs voeux perfides !

    Sylvie

  2. 2 Quiesse Guy 3 janvier 2014 à 09:47

    Pour ne pas donner de prétexte aux imbéciles du 1er janvier, Renault ne fabrique plus de « frégates » susceptibles de devenir des brûlots !


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