L’Hébé : un cadeau royal pour la Navy

image001Plus de deux siècles après la capture de l’Hébé (1) fleuron de la Marine royale juste sortie des chantiers de Saint-Malo, l’affaire continue d’agiter les consciences des historiens de marine.
Nous sommes à l’époque où nos marines ne se font pas de cadeaux. La guerre d’indépendance américaine vient de tourner à l’avantage des colons insurgés grâce à la victoire navale française de la Chesapeake Bay le 5 septembre 1781.
Un an plus tard, le comte Joseph Pierre de Vigny, oncle du poète, commande la toute nouvelle frégate Hébé lorsqu’elle se rend pratiquement sans combattre à un vaisseau anglais hors d’âge, le Rainbow. Après l’esquisse d’engagement, la frégate a si peu souffert qu’elle reprend la mer pour une belle carrière…sous pavillon anglais !
L’histoire – L’Hébé vient de passer le raz de Bréhat et poursuit tranquillement sa route vers le chenal du Four pour rallier le gros de la flotte à Brest.
Vigny cherche à définir sa position et distingue un feu qu’il identifie à tort comme étant celui d’Ouessant. Au jour levant, sur son tribord trois-quarts arrière, apparaît sur l’horizon un navire à la route incertaine mais qui semble gagner sur la frégate. Vigny se croit plus près de l’abri de la rade de Brest qu’il ne l’est en réalité.
S’ensuit alors sur la dunette une vive discussion entre Vigny et le Chevalier de Lanidy son second. S’agit-il réellement d’une menace, faut-il immédiatement se mettre à l’abri près de la côte ou poursuivre vers Brest ?
Lanidy avec lequel il a déjà fait plusieurs campagnes est devenu un ami très proche. Sûr de la vélocité de la frégate, celui-ci se prépare à envoyer toute la toile croyant anticiper un ordre de Vigny. Mais Vigny hésite toujours.
Il est trop tard maintenant pour réagir. Un vaisseau anglais, approche, tout dessus, et tire ses premiers coups. D’abord dans l’eau, puis au but. Le premier boulet atteint Lanidy qui, vidé de son sang, meurt sous les yeux de Vigny.
L’engagement se poursuit, la frégate riposte mais sans succès, Vigny est lui-même blessé, abattu et probablement fortement ébranlé par la perte de son ami. Il se rend. L’officier de manœuvre lance l’ordre : « bas le feu » et le pavillon du roi descend de sa hampe.
Avant d’embarquer comme prisonnier à bord du Rainbow avec les honneurs rendus aux officiers, Vigny jette discrètement à la mer le livre des signaux, code ultra secret permettant de coordonner la flotte française au combat.
Deux jours plus tard, jour anniversaire de la bataille de Chesapeake, l’Hébé entre en rade de Plymouth mais hélas sous pavillon anglais.
Perdre un navire sans combattre est une grave offense à notre pavillon. Mais ici, l’enjeu est beaucoup plus grave encore : on livre à l’ennemi le meilleur du savoir-faire français en matière d’architecture et de construction navale. L’Hébé a été à ce point admiré par l’amirauté britannique que ses plans ont, par la suite,  donné naissance à 39 frégates de la Royal Navy, la plus importante série jamais construite au temps de la marine à voile.
Pour la petite histoire Vigny, officier dont la carrière témoignait de sa valeur, a pourtant été sévèrement jugé par un conseil de guerre tenu à Morlaix. Ses descendants sont encore aujourd’hui gardés en lisière de la Société des Cincinnati de France (2).
Et pour la grande Histoire, Lanidy a été tué par les premières carronades (3) nouveau type de canon utilisé pour la première fois par les Anglais en test sur le vieux Rainbow.
(1)) Hébé : fille d’une grande beauté de Zeus et d’Hera.
(2) Société des Cincinnati de France : association qui regroupe les descendants des officiers de marine ayant servi dans la guerre d’indépendance américaine.
(3) Caronades : sorte de canons courts et à courte portée qui envoyaient de la mitraille sur le pont des bateaux et faisaient des dégâts humains considérables.
• Image – HMS Amelia, ex-Prosperine, syster-ship de l’Hébé
Francis Bergerac

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1 Response to “L’Hébé : un cadeau royal pour la Navy”


  1. 1 de WOLBOCK Bruno 12 décembre 2013 à 22:38

    Beau récit, très bien raconté. Mais pourquoi céder à la facilité de parler de « hampe de pavillon »! la hampe ne sert qu’à un DRAPEAU à terre! Un pavillon est hissé sur un mât de pavillon, qui permet, avec sa drisse, de le mettre « à bloc » , « en berne », ou encore de saluer en lui donnant ainsi différentes positions. Le drapeau national (de dimensions différentes d’un pavillon) est fixé, cloué sur sa hampe dans les armées de terre!


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