Au Salon, la toile du temps reste le tourmentin

DSCN3558DSCN3572DSCN3570DSCN3593 Premier jour – Avec un complice, nous visitons le Salon ; nous faisons quelques constats et s’ils ne sont pas euphoriques, ce n’est pas de notre faute…
Le Salon 2013 accuse à son ouverture un taux de participation (exposants) inférieur à celui de 2012, qui n’était pourtant guère fameux.
Si cette baisse (de 4 à 5 %) n’apparaît pas trop angoissante, c’est  simplement, nous l’avons déjà dit, parce que l’arrivée de nouveaux constructeurs étrangers compense en partie les défections françaises. Les « officiels » eux-mêmes le reconnaissent. Et quel secteur en bénéficie principalement ? Le motonautisme, pas la voile. C’est consternant. Ce qui explique l’amoindrissement de l’offre du secteur de la voile petite et moyenne. Les Majors eux, (Bénéteau, Jeanneau, Dufour, Amel, Fountaine Pajot et autres), sont toujours là, solidement campés dans le Hall 1 et toujours  orientés vers l’export d’unités de grand luxe. En clair : le marché français ne leur est que secondaire et parfois accessoire.
• Or, voyez-vous, ce qui nous intéresse à Escales, ce sont surtout les voiliers, petits et moyens de la plaisance tranquille, français de préférence. Eh bien là, il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser.  Je viens de les  compter, un par un, ces voiliers de six à dix mètres, j’en ai trouvé 72 (monos et multicoques confondus) (1) ; et, si l’on s’en tient aux seuls habitables, on peut diviser le chiffre par deux. Sur un total de 700 bateaux exposés ! Une misère… Quant aux voiliers en bois on peut les compter sur les doigts de la main ; je n’ose pas donner le chiffre… Conclusion : les amateurs de belle Plaisance n’ont plus de choix, l’offre est devenue squelettique. Qui veut sa mort ? Que ceux qui nous prennent pour des nostalgiques méditent ces chiffres, ils sont vrais, et incontestables. La nostalgie n’a rien à voir dans l’histoire.
• Ce n’est pas la créativité qui manque aux chantiers français qui sont toujours excellents, c’est la variété de leur production qui fait défaut. La Plaisance se nourrit, aujourd’hui, de luxe, de performances, de défonce, de course à l’exploit. C’est sans doute rentable commercialement (à l’export) mais c’est une tendance à laquelle  les petits chantiers ne peuvent pas répondre. Ils ferment les uns après les autres. C’est consternant : mauvais pour la Plaisance, mauvais pour son économie.
Reed et Riva Com, les metteurs en scène du Salon, auront beau jeu de brandir le 15 décembre  une fréquentation honorable, toujours un peu gonflée, mais honorable quand même. Qu’on ne s’y trompe pas, leur boulot (ils le font plutôt bien) est de « faire des entrées », pas de vendre des bateaux. Les badauds vont venir au Salon pour se divertir, s’étonner, rêver sans doute ; hélas, pas pour acheter. Tant il est vrai que le spectacle ne forme guère que des spectateurs… Et croyez-moi, ce ne sont pas les animations, plus ou moins burlesques, comme la course de stand-up paddle, (restons français…) qui y changeront quelque chose. Sur ce plan au moins, le Salon ne tient plus son cap.
La toile du temps reste le tourmentin.
Aramis
• Images – De gauche à droite : Les majors, dominant le Hall 1 – De larges allées où l’on circule aisément… – La construction en bois : confidentielle – Pour les cinquante ans du Muscadet (le bateau), ils l’ont mis en bouteille. Bien vu !
(1) La revue Bateaux en trouve 77 ; ne chipotons pas…

6 Responses to “Au Salon, la toile du temps reste le tourmentin”


  1. 1 Fabrice 7 décembre 2013 à 19:13

    Aramis,

    Je partage ton accablement, et j’ajouterai que la nostalgie a parfois du bon. L’âge, sûrement. Bravo pour Escales !

  2. 2 basile 7 décembre 2013 à 19:30

    « La Plaisance se nourrit, aujourd’hui, de luxe, de performances, de défonce, de course à l’exploit. C’est sans doute rentable commercialement (à l’export) mais c’est une tendance à laquelle les petits chantiers ne peuvent pas répondre. Ils ferment les uns après les autres. C’est consternant : mauvais pour la Plaisance, mauvais pour son économie. »

    ça résume bien le problème. Nous avons tous débuté en école de voile sur des petits, genre Mousquetaire. On s’en contentait, et on voulait naturellement acheter le même. Qui veut (peut) maintenant avoir les bateaux des exploits télévisés ?

    Les écoles de voile elles-mêmes ont suivi la course à la taille (et du confort). Pour rentabiliser le moniteur de voile ? Pour plus de sécurité ? Pour attirer un nouveau public ?

  3. 3 cornou Georges 7 décembre 2013 à 20:07

    Cher Aramis,
    Ah! souvenez-vous de nos conversations autour de la grande table de votre manoir , j’y étais déja Cassandre et vous plus appétent d’optimisme , vous vouliez attendre « le salon  » pour voir….. tout cela m’apparaissait et m’apparait toujours tellement évident : les entreprises ont de bien avisés conseillers , en tout , depuis les finances jusqu’à la psychologie des consommateurs , alors ils savent que les « jeunes  » délaissent la « petite voile » , qu’ils ont peut-être connue sur le bateau trop lent de papa, les écoles de voile ne font plus florès, trop peu d’impétrents , trop de contraintes administratives dont la sécurité et même, plus de classes de mer !!!! là aussi des normes administratives à tomber sur son séant , une foule de gamins de mon évêché situé à 2 à 3 lieues de la mer ne connaissent que le petit bout de plage , en face du parking et les poissons de l’étal du supermarché ….

    Bref, revenons à l’état marîtime du royaume , le secteur de « traditionnel « n’intéresse que les Quadra plutôt quinqua et autres génaires , avec suffisament d’écus ou de réaux pour se faire plaisir avec un petit bijou d’ébénisterie flottante fait main donc cher même si le navire n’est des plus éblouissants .

    Alors ? que reste -t-il ? les gros bateaux pour ceux qui ont suffisament d’argent pour passer au dessus de ces contraintes de gueux ou de faquins , que diable ! et puis le vroum-vroum qui épate les amis , les copines , deux cent chevaux au cul de votre « pneu presque rigide  » pour aller prendre l’apéro aux Glénan en 20/30 minutes , hein ça , cela a de la gueule , morbleu!!
    Tout est perdu , cher Aramis , fors l’honneur d’avoir aimé et respecté la Mer appréhendée avec humilité et patience .

    le muscadet en bouteille me laisse une curieuse impression : d’abord un bon coup d’image publicitaire et dieu sait que nous sommes bien dressés à admirer ces images qui nous sont largement fournies mais aussi mettre ce petit croiseur (cher à mon coeur ) en bouteille , bateau symbolique de la plaisance populaire , et comme ceux faits par nos anciens , à mettre sur une étagère , n’est ce pas là une forme « d’enterrement » ?

    Mais ne voyez là , Cher Aramis , que preuve de mon esprit torve digne d’un révérend père jésuite , allons donc savourer une fillette du breuvage nantais Ite, missa maritima est .

    Armand Duplessis , Cardinal et grand amiral de France

  4. 4 Jacques Blanken 7 décembre 2013 à 20:52

    Ce salon là est pour un « autre monde »… Aujourd’hui les amateurs, les vrais, ceux qui cherchent ce que vous cherchez vont à La Rochelle, au Crouesty, à Port La Forêt, à Arcachon, ils ne vont plus au nautic de Paris où alors simplement pour y rencontrer quelque copain et se faire payer un coup…!
    Ils lisent les bonnes revues et regardent les annonces ou lisent les bons .articles. Il y a bateaux et bateaux comme il y a ports et ports, Antibes et Lauberlac’h…
    Jakez

  5. 5 Pério 7 décembre 2013 à 22:01

    bonsoir
    je reprend votre phrase :
     » La Plaisance se nourrit, aujourd’hui, de luxe, de performances, de défonce, de course à l’exploit »

    c’est un peu ce qui a tué la planche à voile de loisir, un niveau technique très haut pour quelques champions et un coût très élevé du matos de pointe qui a démobilisé la base.
    La « petite » plaisance meurt de la même façon.
    Autrefois avec un Mousquetaire (6,50 m) j’étais le petit bateau aux Scillys où ailleurs et de bateau plus grand en bateau plus grand (quatre enfants) je suis toujours avec onze mètres dans les plus petits !
    Or si on peut arriver en fin de carrière, bateau après bateau à financer un 11 m de trente ans, le jeune débutant ne peut pas et il ne débute pas …
    Hubert, de Cherbourg

  6. 6 SPITERI Joseph 9 décembre 2013 à 07:30

    Un proverbe me revient en mémoire.

    Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?

    No comment !


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