Tire à la corde en rade de Portsmouth

image0033 avril 1845, fumée droite dans le ciel de la baie, calme plat sur la mer. Poupe contre poupe, deux steamers quasi-identiques : même tonnage, même puissance, soit 220 CV vapeur chacun, à l’exception d’une différence de taille, l’un est propulsé par des roues à aubes, c’est le HMS Alecto et l’autre par un moyen invisible placé sous l’eau, une hélice, c’est le HMS  Rattler.
Le spectacle de ces deux frégates de la Navy reliées entre elles par une aussière prise sur leur arrière est aussi original qu’inattendu.
Vaincre les conservatismes dans une marine royale n’a rien d’une sinécure. C’est pourtant le but inavoué de cette mise en scène.
Depuis longtemps, l’Amirauté britannique avait fait son choix : l’hélice s’imposerait un jour.
Les avantages d’une hélice sur des roues à aubes sont tellement évidents qu’ils auraient dus convaincre. Ces dernières très exposées souffrent d’une trop grande vulnérabilité à la mitraille ennemi et l’on est à peu près sûr de ne jamais avoir le rendement maximum : les pales sont trop immergées en début de mission, soutes chargées de charbon et pas assez en fin, bateau quasiment lège. De plus, houle par le travers et navire roulant bord sur bord, la roue plongeante fait tout le travail tandis que sa jumelle bat l’air.
Pour la Navy, il restait à démontrer la supériorité propulsive de l’hélice et clouer ainsi définitivement le bec à ses détracteurs.
Au coup de canon, l’aussière qui relie l’arrière du Rattler et celui de l’Alecto  se tend à rompre. Lequel des deux navires finira-t-il par remorquer l’autre ? Les chaudières  chauffent à blanc. Les pales de l’Alecto battent furieusement la mer. Côté Rattler, c’est plus calme, on observe à peine un remous sous la voûte.
Impuissant, le Rattler se fait inexorablement entraîner, culant sous la charge de l’aussière. Pris en remorque, sa vitesse en marche arrière monte ainsi jusqu’à 2 Nd. L’hélice qui bat lentement d’abord, tandis que la pression dans la chaudière s’élève commence tout juste à délivrer sa puissance. A bord de l’Alecto, on exulte, on se croit victorieux, puis le doute s’installe. Le bateau semble alors retenu, puis stoppé, puis tiré en arrière. Comme sur un champ de foire où les tireurs à la corde perdent l’ancrage au sol, les roues à aubes affolées battent la mer à contresens !
C’est à 2,7 Nd en marche arrière que l’Alecto baisse définitivement pavillon. Après lui, les steamers propulsés par les roues à aube disparaîtront à jamais de la haute mer.
Francis Bergerac
• Image – Gravure d’époque montrant l’inexorable défaite de l’Alecto (à droite)
NDLR – Précisons au passage :
1/ Le premier navire français à hélice fut le Napoléon  (1842).
2/ En 1849, une joute similaire opposa le Niger (hélice) au Basilick (roue), avec des résultats comparables.

3 Responses to “Tire à la corde en rade de Portsmouth”


  1. 1 Pierre Livory 3 octobre 2013 à 17:26

    Excellent article !

  2. 2 Francis Bergerac 6 octobre 2013 à 10:41

    Merci. Je suis sensible à votre compliment.

  3. 3 Pierre Strand Hugg 6 octobre 2013 à 17:25

    Aurait-on eu 4 ans de retard encore pour cette expérience ?


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