Les escales du banc des menteux

Le pied noir – Non, ce n’était pas un rapatrié d’Algérie qui avait rendu mon lieutenant furieux ! C’était un Grésillon… de l’île de Groix ! Au lieu de profiter de son après-midi de libre, il avait dû emmener le matelot Moineau passer une radio du pied. L’homme s’était tordu la cheville sur les rails des ponts, en se retirant brutalement devant une bagnole, qui venait prendre sa place et n’avait plus… de freins. Nous chargions des bagnoles d’occasion pour le Liban. Il prétendit avoir une fracture. « Mais tu n’as pas de « douleur exquise » ! » avait constaté le lieutenant infirmier qui lui palpait le pied en question, la main dans… un gant de caoutchouc. « Evidemment que j’ai pas de douleur de Marquise !… j’suis pas une femmelette moi !… mais j’ai droit à la radio ! »… Effectivement après avoir été traités comme des chiens, après avoir été seulement… mal traités mais rarement soignés, les équipages français, au fil du temps, après de nombreuses luttes syndicales, avaient acquis des droits, et c’est, d’ailleurs, en partie pour s’y soustraire que les armateurs les ont remplacés par des Pingouins.
Bon Moineau,  je t’emmène à la radio, mais à une condition, tu laves tes pieds. Dégueulasses !
– Jadis, dans les îles comme ailleurs Kerdubon, fallait aller à la fontaine, pour avoir de l’eau !… aussi dame on s’lavait pas souvent !… Certains ont continué à économiser l’iau pardi !… déclara Louis du banc des menteux, approuvé par une mouette rieuse qui passait par là.
Donc, il pestait en ramenant après la visite son client dans mon bureau. J’étais intrigué devant cette… colère toute rouge inhabituelle, chez ce garçon sérieux et pondéré. « Ce salaud de Moineau, devant trois infirmières et le docteur, a retiré sa chaussure. Evidemment pas de fracture visible à la radio, même pas d’enflure réelle apparente. Le cabinet médical était fâché d’avoir été mobilisé par une urgence… si insignifiante. Par conscience professionnelle, pour faire une comparaison, le toubib a demandé à Moineau de  déchausser l’autre pied… Eh bien Commandant… incroyable !… son pied était tellement noir et puant de crasse, que la chaussette en collait dessus… ce salaud n’avait lavé que son pied blessé !… Je n’ai jamais eu aussi honte devant le regard ironique des infirmières à mon égard ! » Tel Salomon, j’ai salement rendu mon jugement envers ce salaud : « Moineau c’est un ordre et tu l’exécuteras, ou t’auras ton sac, chaque matin tu présenteras tes deux pieds déchaussés au bosco, et s’ils sont dégueulasses… on te les passera à l’acide gast donc ! »
– Tel est beaux Messieurs, mon rapport au sujet des dires de Kerdubon relatif aux pieds… beaux !
Signé : Planchet

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