L’élimination (propre) des bateaux en plastique… ou le triomphe de l’omerta

Amis d’Escales, prenez cinq minutes pour lire ceci.
Vous le savez, outre notre impertinence habituelle, nous sommes têtus.
Ceux qui nous suivent depuis longtemps, savent que nous avons toujours émis de nombreux doutes sur les capacités des diverses filières à éliminer le composite polyester-fibre de verre dont sont faits 80 % des bateaux de plaisance (1). Or, il ne manque pas de Syndicats professionnels, Agences officielles et para-officielles, Associations diverses, publications, etc. pour dire et écrire que des solutions existent et qu’on peut s’en débarrasser proprement. Sujet intéressant. Mais bien sûr, nous dit-on, il suffit de les calciner dans les fours de cimenteries, voyons...
Pourquoi pas ?
Mais, figurez-vous que nous ne sommes pas de ceux à qui le bavardage suffit, en bons enquêteurs, nous voulons des preuves. C’est là que ça se complique.
Nous avons mené l’enquête pour savoir, si oui ou non, la « solution ciment » (puisqu’il n’y en a pas d’autre) permettait d’éliminer, cet étonnant plastique, sans polluer l’air, la terre ou l’eau, à un coût raisonnable. Nous avons questionné qui de droit… et fait un long voyage auprès duquel le parcours du combattant est une promenade de santé.
Lisez bien ce qui suit.
• Le 24 avril 2013, nous adressons un message à la FIN (Fédération des Industries Nautiques) pour connaître son point de vue, puisqu’elle est au premier rang des intéressés.
• Le lendemain, 25 avril, nous envoyons un message au SFIC (Syndicat Français de l’Industrie Cimentière), lui demandant confirmation de l’existence d’une élimination propre par brûlage à un prix acceptable. La SFIC ne répond pas à notre question.
• La FIN, elle, nous répond vite… mais sans nous répondre ; elle nous renvoie vers l’APER (Association pour la Plaisance Eco Responsable) et reste à notre disposition, ce qui est bien sympa de sa part.
• Nous contactons l’APER le 25 avril, en demandant si elle pourrait nous donner quelques adresses de cimenteries que nous pourrions joindre directement pour nous informer « à la source ». Le but étant de voir sur place pour comprendre.
• Dans sa réponse du 13 mai, l’APER nous conseille brièvement de contacter les Recycleurs Bretons, entreprise spécialisée dans le traitement des déchets. Etrange, l’APER ne peut pas répondre elle-même ?
• Le 14 mai, beaux joueurs, mais légèrement agacés par le slalom de la patate chaude, nous frappons à la porte des recycleurs à chapeau rond.
• Ils nous répondent vite en nous renvoyant sur l’Usine Lafarge (cimenterie) de Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne). Pourquoi pas ? au point où on en est….
• Le 20 mai, un peu fatigués, nous lançons une nouvelle bouteille à la mer, en questionnant directement le cimentier Lafarge, cité comme un modèle du genre (2). Peut-être que cette fois… Eh non, pas de réaction. Début juin, à bout de souffle, nous renouvelons notre demande, en vain.
• Et, dans un acte désespéré, nous contactons l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) le 13 juin ; elle n’a pas encore eu le temps de nous répondre…
• Voilà comment, chers amis d’Escales, circule l’information. Des mots, pas des preuves. Cela vous paraît-il normal, dans un grand pays, libre et transparent, où personne ne triche, où chacun assume ses responsabilités ? Nous voilà aujourd’hui dans l’incapacité de savoir où et comment on élimine proprement le polyester-fibre de verre, si toutefois cela est possible. Ces mesquineries franchouillardes (et finalement plus minables que franchouillardes) ne font qu’augmenter nos doutes. C’est infiniment petit… Nous avons fait notre travail, ils n’ont pas fait le leur.
Que veut-on nous cacher ?
J’attends de pied ferme les donneurs de conseils, qui vont m’expliquer ce que nous aurions dû faire ou ne pas faire, ce sont les mêmes. J’adore qu’on me donne la leçon sur le traitement de l’information ; merci beaucoup messieurs, si vous voulez que la vérité circule, commencez par ne pas la cacher. Et vous, plaisanciers ou simples citoyens, restez derrière l’écran de fumée, contentez-vous de bonnes paroles, tas d’emmerdeurs !
Maurice Duron
(1) Voir nos précédents papiers du 9 février 2009, 17 février 2009, 7 janvier 2011, 10 janvier 2011.
(2) L’usine recycle des pneus.

5 Responses to “L’élimination (propre) des bateaux en plastique… ou le triomphe de l’omerta”


  1. 1 SPITERI Joseph 26 juin 2013 à 14:00

    Cela colle à la transparence des élus qui est d’actualité. Plus question d’afficher les patrimoines, mais seulement une déclaration fiscale à un organisme ad-d’hoc qui est tenu au secret.

    Bon, si vous tenez néanmoins à connaître les ressources de votre élu, et si seulement vous êtes électeurs, il vous faut s’adresser à la préfecture et remplir une demande.

    Au bout, si vous divulguez les informations, vous encourrez 45 0000 € et plusieurs années de prison.

    Elle est pas belle la transparence démocratique !

    Autrement dit, passez il n’y a rien à voir.

    On peut encore accepter cette totale discrétion, mais alors, par pitié, vous les élus, arrêtez de nous bassiner avec des exemples de démocraties venus des pays scandinaves.

    Ah, oui, j’allais oublier, on prends ce qu’il y a de moins bon dans ces pays pour nous l’appliquer, mais on tait le mieux.

    Mais nous sommes bien loin de la plaisance te de la mer, direz-vous !

    Mêmes causes, même effets.

  2. 2 gabet 26 juin 2013 à 19:28

    COMME LE SILENCE EST GRAND … DO IT YOURSELF !

    LE BÉTON : À LA MASSE PUIS DÉCHETTERIE

    LE PLASTIQUE : À LA TRONCONNEUSE PUIS DÉCHETTERIE

    IL EXISTE DES SOCIÉTÉS PRIVÉES QUI SE CHARGENT DE CETTE PRESTATION – VOIR INTERNET

  3. 3 Norbert 26 juin 2013 à 19:40

    Il y a une création d’entreprise à lancer !!!

  4. 4 Francis BERGERAC 26 juin 2013 à 21:29

    Remontons jusqu’au prédicat. Qui a dit que l’association polystyrène et fibre de verre était polluante ?
    La fibre de verre, c’est du verre en fibre. Quand au styrène …

    Réécoutons le commentaire de Raymond Queneau pour le film d’Alain Resnais LE CHANT DU STYRENE :

    « O temps, suspends ton bol, ô matière plastique !
    D’où viens-tu ? Qui es-tu ?
    ….
    Le styrène autrefois s’extrayait du benjoin
    provenant du styrax, arbuste indonésien.

    De tuyau en tuyau ainsi nous remontons
    à travers le désert des canalisations
    vers les produits premiers, vers la matière abstraite
    qui circulait sans fin, effective et secrète.
    On lave et on distille et puis on redistille
    et ce ne sont pas là exercices de style
    l’éthylbenzène peut – et doit même éclater
    si la température atteint certain degré.
    Il faut se demander maintenant d’où proviennent
    ces produits essentiels : éthylène et benzène.
    Ils s’extraient du pétrole, un liquide magique
    qu’on trouve de Bordeaux jusqu’au coeur de l’Afrique.
    Ils s’extraient du pétrole et aussi du charbon.
    Pour faire l’un et l’autre, et l’autre et l’un sont bons.
    Se transforment en gaz, le charbon se combure
    et donne alors naissance à ces hydrocarbures.
    On pourrait repartir sur ces nouvelles pistes
    et rechercher pourquoi et l’un et l’autre existent.
    Le pétrole vient-il de masses de poissons ?
    On ne sait pas trop ni d’où vient le charbon.
    Le pétrole vient-il du plancton en gésine ?
    Question controversée… obscures origines.. »

    La solution est donc tout le monde l’a compris de rendre à la nature ce qu’elle nous a si généreusement donné :
    Coulons nos vieux bateaux en « plancton en gésine » au large de nos côtes. Les poissons trouveront ainsi un nouvel habitat et notre mauvaise conscience écologique une nouvelle virginité.


  1. 1 Elimination du plastique, un couac de plus… | Escales Maritimes Rétrolien sur 29 juin 2013 à 12:11

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