Conséquences inattendues du doublage en cuivre

doublage coque vaisseauQui sait que le cuivre a joué un rôle décisif dans le déroulement des batailles navales au XVIIIᵉ siècle ?
L’idée de couvrir de plaques de cuivre les coques des vaisseaux et frégates est apparue en Angleterre à la veille de la guerre d’indépendance américaine.
Ces plaques protègent les carènes de deux manières. Elles bloquent dans les eaux tropicales la pénétration des tarets, espèce de gros vers marins qui transforment le bois des bordés en gruyère. Mais surtout, en s’oxydant, le cuivre empêche la fixation de ce que l’on appelle aujourd’hui le « fouling », c’est-à-dire les salissures, algues et coquillages divers. Un navire, après plusieurs mois de mer, perdaient avant la généralisation du doublage cuivre jusqu’au tiers de sa vitesse et de sa manœuvrabilité.
Ce sont les Anglais qui, en 1770, tentèrent les premiers essais… couronnés d’insuccès. Le phénomène de la corrosion galvanique était à l’époque inconnu et personne ne pouvait imaginer que le cuivre immergé dans l’eau de mer attaquerait les clous et ferrures de la coque en formant une pile électrique.
Pour éviter la dislocation prématurée des coques, une demi-solution fut trouvée, de manière empirique, en isolant le fer avec du carton bitumé. Ce n’était pas parfait, mais la corrosion était retardée.
Lord Middleton et Lord Sandwich parvinrent à convaincre le roi d’Angleterre et l’amirauté de couvrir l’intégralité des navires de la Navy de plaques de cuivre. L’équivalent de 2 milliards de livres d’aujourd’hui, tout de même.
La France suivit le mouvement, aidée, il faut bien l’avouer, par l’espionnage des usines britanniques. Cependant Louis XVI n’eut les moyens d’équiper que la moitié de sa flotte.
Au moment de l’engagement des marines française et anglaise dans la guerre d’indépendance américaine (1780-1783), l’avantage britannique fut évident bien que non décisif.
Voilà ce que l’on pouvait voir sur l’eau :
– Des escadres aux potentiels de vitesse différents d’où découlait une supériorité tactique des Anglais.
– Des navires anglais se dégageant mieux et plus vite des combats rapprochés.
– Des difficultés de coordination dans les escadres françaises dont les navires, pour partie doublés cuivre, avaient des possibilités de manœuvre très hétérogènes.
Plus tard, le doublage cuivre se généralisa et les opportunités tactiques s’égalisèrent.
Francis Bergerac

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3 Responses to “Conséquences inattendues du doublage en cuivre”


  1. 1 Patrice Petit de Voize 15 février 2013 à 12:23

    Trés bon article…à un détail prés ! Le taret (Teredo navalis) n’est pas du tout un ver…mais un mollusque bivalve dont le corps s’est étiré tandis que la double coquille s’est transformée en outil de perforation du bois.
    Un seul trou à l’entrée et, au fur et à mesure de son avance dans un bordé, par exemple, le taret secréte un tube calcaire qui suit sa progression…Souvent lorsqu’on s’aperçoit de sa présence, il est bien tard. Seul remède simple : un séjour de quelques jours en eau douce…

  2. 2 patrick.macaire 15 février 2013 à 19:38

    Pour mémoire, l’œuvre du Pr Jean Le Bot  » Bateaux des côtes de Bretagne Nord » et sa description du doublage en cuivre des goélettes terre-neuvieres au Chantier Lemarchand.
    (et l’ inénarrable dialogue entre un capitaine inquiet et le maitre calfat sondant la coque après avoir ôté, pour inspection, les plaques de doublage marquées d’un guerzillon
    – Alors, le bois est-y bon ?
    – Dame, y’ a d’ z endrets…)

    (des endrets : des endroits)

  3. 3 SERGE 17 février 2013 à 10:50

    Un autre usage et selon l’enseignement diffusé aux apprentis de la marine, le doublage en cuivre servait à protéger le bois de l’attaque du TARET fortement présent en eaux saumatres ou justement les batiments de la Royale étaient en attente de missions.


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