« La Janine », la virtuosité au service du métier

En 2004 l’Association « Les Bateaux d’Ulysse » acquiert La Janine, un caseyeur de 19,60 m construit en 1956, chantier Keraudren, à Camaret. Un bel exemple patrimonial qui mérite de re-naviguer. Le bateau est classé Monument historique, et doit faire l’objet d’une rénovation importante. En accord avec la DRAC Bretagne, il sera  pris en charge par le Chantier Y & Y de Douarnenez. Encore faut-il le mener jusque-là. Car le vénérable bateau est à Camaret sur le haut du célèbre Sillon. La distance n’est pas si grande, mais la jolie Janine est intransportable par la route. Reste la seule solution que vous avez déjà devinée : elle ira par la mer !
• Comment la remettre à l’eau ? Aucun moyen de levage, grue ou portique de manutention n’étant disponible sur place, le chantier choisit de se débrouiller avec ses seuls moyens. Pas évidente, l’affaire…
Qu’à cela ne tienne, Yves Tanguy le patron de Y & Y n’est pas homme à baisser les bras facilement : la manutention et mise à l’eau se feront… à main d’homme ! Il imagine alors un scénario simple mais légèrement audacieux exigeant la maîtrise absolue de ses différentes phases. Voyons cela.
• Par chance, le bateau est posé assez haut sur ses tins, permettant de glisser un chariot sous sa coque. Celle-ci est d’abord emmaillotée d’une bâche en plastique assurant (très provisoirement) son étanchéité. Reste à la poser sur le chariot ; c’est là que tout se joue. Elle va être soulevée, ses tins abaissés, puis reposée au moyen d’un cric hydraulique (manuel) de 50 tonnes ! D’abord par l’avant, centimètre par centimètre, puis par l’arrière et ainsi de suite. On soulève les 70 tonnes environ (en fait 35 tonnes à chaque fois), on réduit les cales, et on recommence… Cinq hommes sont au travail, sans le secours du moindre engin mécanique. Vertigineux !
• Lorsque La Janine est finalement posée sur le chariot, elle est manœuvrée par un camion qui, lentement, va la pousser vers la cale de mise à l’eau. A partir de là, elle glissera peu à peu, retenue par un câble passant par un palan à huit brins et saisi sur un point fixe. Au bas de la pente, elle s’arrêtera et attendra paisiblement que la marée vienne la prendre. Ça, c’est le plan.
Et c’est exactement ce qui se passera, sans à coups mais tout de même quelques sueurs froides…
• Lorsque La Janine sera à flot, deux vedettes de la SNSM la prendront en remorque et la conduiront benoîtement  jusqu’à Douarnenez où elle se refait une santé.
• Notre commentaire : cette intervention s’est déroulée le 29 septembre 2011, de 9 h à 16 h 41 (mise à l’eau) ; elle a été menée par cinq hommes sans recours à des moyens lourds ou coûteux. Seuls matériels : un camion, un chariot démontable et ajustable, un cric manuel, une tronçonneuse. Le tout pour réaliser une opération délicate, frôlant parfois la mission impossible. Tous les professionnels – et même ceux qui ne le sont pas –  apprécieront… Chapeau, les gars !
Maurice Duron
• Images – En haut, de gauche à droite : La Janine emmaillotée de plastique ; détails de l’habillage de la coque ; raccourcissement des béquilles à la tronçonneuse… En bas : l’attelage devant la chapelle N. D. de Rocamadour ; les bidons bleus, pour une flottabilité minimale ; La Janine retrouve la mer… (Photos Jiheldet).

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3 Responses to “« La Janine », la virtuosité au service du métier”


  1. 1 Jacques André Lassus 29 mars 2012 à 21:01

    voila une bonne chose !!!

  2. 2 de Cayeux René 29 mars 2012 à 21:35

    Chapeau

  3. 3 Paul 31 mars 2012 à 14:49

    Intéressant projet de rénovation pour le chantier Tanguy avec ce vieux monument historique.
    J’ai toujours eu beaucoup de difficultés à saisir le sens profond de ces projets de restauration de vieux bateaux usés par le temps et le travail.
    Que doit-on conserver sur cette vieille coque, un peu du pont, un barrot pas trop vermoulu, un bordé ou une membrure épargné par la mérule, un morceau de quille transpercé par des goujons rouillés ?
    Dans le cas de vieilles coques usées ne serait-il pas plus simple de construire une réplique. Pourquoi perdre du temps de main d’œuvre, donc des finances, à essayer de désosser ce bateau usé ?
    N’a-t-on rien appris de l’expérience financière du port mussé de Douarnenez des années 90 pour répéter indéfiniment ces erreurs ?
    Ha oui j’oubliais, si la vieille épave pourrie n’est pas utilisée comme base, les subventions ne seront pas versées pour le projet! Autant continuer à gaspiller du temps et de la «virtuosité» pour faire du neuf avec du vieux 
    Paul


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