Archive pour la catégorie 'Pollution'

Comment s’en débarrasser

Entendu à la porte d’une déchetterie de Bretagne sud :
- Tu sais ce qui est arrivé ?
- Ouais,  je sais… Mal mouillé le bateau, sans doute ?
- Sais pas, en tout cas il est allé se fracasser sur les roches de Toul Bihan. Perdu, quoi.
- C’est con.
- Oui c’est con…  Obligé de ramasser les morceaux ; vous prenez ça ici ?
- Non, on prend pas le polyester… trop polluant. Mais il paraît qu’il y a une usine de retraitement dans le nord qui le prend.
- Ah bon, où ça ?
- Sais pas… Gaffe, tout de même, ils vont te faire payer le transport, aller-retour, et puis le démontage, le découpage, le traitement d’élimination, ça se paye au poids. Finalement ça va te coûter dans les…
- Attends, c’est plus cher que le bateau !
- C’est bien possible.
- Qu’est-ce que je peux faire ?
- Ma foi… (un temps)… écoute, t’amène ça un soir, près du tas de bois, derrière les déchets verts, on cramera le tout dans huit jours…
Je n’invente pas un mot.
Au fait, où en est l’opération « Bateaux de plaisance hors d’usage » ?

D’Artagnan

Les passionnés de la mer à Marseille

Très sympa. Pour leur 10e édition « Les Rencontres des passionnés de la mer » ont choisi pour devise : « Nettoyons la mer ; Clean-up the world ». Elles se dérouleront du 18 au 20 septembre à Marseille, bien entendu. L’initiative est due à Cap Marseille qui propose une animation éco-citoyenne et sportive sous le regard bienveillant de N-D de la Garde. Ça se passera sur le Vieux Port (face à la Mairie) et en mer vers le Frioul, les Calanques, la Corniche et la rade de Marseille. Imaginez le décor…
En particulier, les 10e Régates internationales de Yoles de Bantry, à la voile et l’aviron, à bord de ces magnifiques embarcations qui n’ont pas changé depuis le XVIIIe siècle .
Prévus également  Les Greniers de la Mer (puces nautiques), des activités éco-citoyennes  et une opération d’écorécupération dans le Vieux Port.
Bref, un moment riche de chaleur humaine et de responsabilités. Nous apprécions.
Athos

N’en jetez plus, la mer suffoque…

DSCN1689Quand on jette des saloperies à la mer, on se dit que tôt ou tard elles finiront bien par se dégrader. Bien sûr, mais en combien de temps ? Voici quelques chiffres extraits de la brochure « Les poissons alertent les humains ».Edifiants. 
Allumettes (3 à 14 mois) – Bois peints* (13 ans) – Boîtes carton (1 à 5 mois) – Boîtes de boisson (alu) (200 ans) – Boîtes de conserve (50 ans) – Bouteilles plastique (400 à 450 ans) – Briques de lait (1 à 5 mois) – Compresses et tampons hygiéniques (400 à 450 ans) – Cordages en chanvre (3 à 14 mois) – Couches biodégradables (1 à 3 ans) – Couches jetables (400 à 450 ans) – Emballages plastique **(3 à 14 mois) – Fils de pêche et filets (nylon) (600 ans) – Gants de laine (1 à 3 ans) – Journaux (6 semaines) – Mégots de cigarettes (1 à 3 ans) – Papier toilette (2 à 4 semaines) – Photos dégradables (3 à 14 mois) – Piles électriques (200 ans) – Récipients polystyrène (50 ans) – Trognons de pommes (1 à 5 mois) – Le verre, non classé, est quasi éternel …
Commentaire : nous pensions que les piles électriques mettaient bien plus longtemps pour se dégrader.
Athos
* Sans précision sur la nature de la peinture.
** Le type d’emballage n’est pas indiqué.

Les quatre malédictions de la mer d’Aral

aral1aral_0022On connaît tous le douloureux feuilleton de la mer d’Aral qui est passée en trois décennies de l’état de mer poissonneuse à celui de désert maritime ; Aralsk, port-fantôme produisait 40 000 t de poisson dans les années 70… On sait pourquoi : la courte vue des technocrates soviétiques, leur mépris de la nature et par conséquent celui des gens.

• Le détournement des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour irriguer d’immenses champs de coton, a privé la mer d’Aral d’un apport en eau douce indispensable à son équilibre ; elle s’est peu à peu asséchée, perdant 75% de sa surface.  (Sur l’image  le trait rouge montre l’ancien tracé). Elle s’est scindée en deux « mers » la grande et la petite. Des articles, bouquins et reportages TV nous en ont montré les dégâts catastrophiques, la misère des gens, les bateaux à sec, la faune incapable de survivre dans une eau devenue trop salée, l’abandon… C’est sa première malédiction.

• En 1995 pour sauver – au moins – la petite mer les autorités construisent une digue empêchant son eau de se vider dans la grande : un barrage de terre et de roseaux trop fragile, qu’il a fallu reconstruire sept fois, Continuer la lecture ‘Les quatre malédictions de la mer d’Aral’

Que faire des bateaux de plaisance hors d’usage ?

recyclageRegardez cette photo, c’est un vieux Golif auquel il est arrivé bien des misères ; mort au champ d’honneur… Que faire de sa dépouille ? C’est une question qu’on aurait dû se poser il y a 40 ans, on y pense seulement aujourd’hui.
En 2002 la Fédération des Industries Nautiques se préoccupait de l’élimination des carcasses de bateaux en plastique dont la durée de vie s’achevait. Problème délicat car les matériaux employés sont quasiment indestructibles. On peut détruire le bateau en tant qu’objet, on ne peut pas éliminer ses composants, essentiellement de la fibre de verre et de la résine polyester. Déjà polluant à la production ces matériaux risquent de l’être plus encore à leur destruction. Problème insoluble ? Hum… Depuis 2002 on a réfléchi, tenu colloque, expérimenté, etc. mais la question reste aujourd’hui encore sans réponse. Les seules « solutions » pratiquées sont l’enfouissement, le broyage, l’incinération. Rien de bien bon pour l’environnement. L’enfouissement est une illusion d’optique, on ne voit plus le bateau mais il est bien là, déchiqueté sous la terre, mais présent. Le broyage consiste à le transformer en minuscules particules qu’on ne distingue pas mais qui subsistent bel et bien, même invisibles ; très volatiles, mêlées à la fibre de verre ou poudre de silice, ces résidus sont dangereux à inhaler ; ils ne sont pas détruits mais simplement réduits à l’état de poussière. L’incinération est la pire de toutes car le polyester (SO²) contient du styrène (C⁸H⁸) qui, à la combustion, dégage des fumées et vapeurs nocives, carbone ou composés bromés (voir entre autres les directives 91/155/ CEE et 91/58/ CEE) ; il faut y ajouter le polystyrène expansé, composé de benzène (C⁶H⁶) et d’ethylène (C²H⁴) employé pour l’insubmersibilité,  dont la combustion produit des vapeurs très dangereuses.  Sauf à les filtrer dans des incinérateurs très spéciaux, ces substances envoient dans l’atmosphère des polluants redoutables pour la santé des  gens, des plantes et des animaux ; soit immédiats, par inhalation, soit à terme, par leur action sur le célèbre effet de serre. Ces sont des dégagement de composés inquiétants : le monoxyde de carbone (CO), le dioxyde de carbone (CO²), les aldéhydes (C⁹H⁸O) pour ne parler que de ceux-là. (Source : Laboratoire National d’Essais)
Le traitement est donc coûteux et nécessite des installations lourdes, Continuer la lecture ‘Que faire des bateaux de plaisance hors d’usage ?’

Coup de gueule – Rendez-nous la mer !

Excusez-moi, mais merde, comme disait Coluche, y en a marre !
Ce matin je tombe sur un article sur ces sacrées saloperies de marées noires. Ecoutez-ça : 119 000 t. de brut rejetées à la mer par le Torrey Canyon en 1967 ; 223 000 t. par l’Amoco Cadiz en 1978, 280 000 t. par la collision de l’Empress et l’Agean Captain en juillet 1979 ; 8 000 t. par le Tanio en 1980, 40 000 t. par l’Exxon Waldez en 89, 20 000 t. par l’Erika en 99, 20 000 t. par le Prestige en 2002, 10 000 t. par le Hebei Spirit en 2007… et il y en a d’autres, beaucoup d’autres. En sept ans, de 1992 à 1999 on compte 77 pétroliers disparus. Et depuis, ça continue…
On a froid dans le dos.

Et je m’interroge. Nous qui sommes nés de la mer, qui allons dans la mer, sur la mer, au fond de la mer par métier ou par plaisir, qui respectons la vie des plantes et des bêtes, allons-nous perdre l’objet de notre reconnaissance ? Et pour quoi ? Pour des profits vertigineux, dévastateurs, suicidaires. Qu’allons-nous laisser à nos enfants ? Une mer puante, polluée, inanimée ?
Allons-nous encore une fois nous faire rejeter comme des archaïques, rêveurs, utopistes ? Nous faudra-t-il renier la civilisation maritime, l’oublier ? Et oublier avec elle le bonheur de tirer des bords, l’élégance d’une jolie carène, le superbe langage de la marine, au motif que la mer nous aurait été confisquée.
J’en ai marre, je vous dit…

Une prodigieuse machine à-détruire-tout-ce-qui-vit s’est mise en branle et personne ne sait (ne veut ?) l’arrêter. Il y a de quoi flipper, tout de même.
Pourtant l’alerte ne date pas d’hier, voilà ce que disait dans les années trente (!) Anita Conti la grande dame de la mer, océanographe et photographe :
Nous sommes les gérants fugacement passagers de terres, d’airs, et d’eaux qui serviront à nourrir les foules de l’avenir. En conséquence, il nous faut léguer un domaine correctement entretenu.
Nous en sommes loin les amis, et nous ne voyons rien venir, sinon le pire.
Alors, je sais, je n’ai rien réglé en rappelant tout ça, mais je peux quand même dire aux puissants qui jonglent avec la planète, et vous pouvez le dire aussi : rendez-nous la mer, que diable !

Aramis


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