Excusez-moi, mais merde, comme disait Coluche, y en a marre !
Ce matin je tombe sur un article sur ces sacrées saloperies de marées noires. Ecoutez-ça : 119 000 t. de brut rejetées à la mer par le Torrey Canyon en 1967 ; 223 000 t. par l’Amoco Cadiz en 1978, 280 000 t. par la collision de l’Empress et l’Agean Captain en juillet 1979 ; 8 000 t. par le Tanio en 1980, 40 000 t. par l’Exxon Waldez en 89, 20 000 t. par l’Erika en 99, 20 000 t. par le Prestige en 2002, 10 000 t. par le Hebei Spirit en 2007… et il y en a d’autres, beaucoup d’autres. En sept ans, de 1992 à 1999 on compte 77 pétroliers disparus. Et depuis, ça continue…
On a froid dans le dos.
Et je m’interroge. Nous qui sommes nés de la mer, qui allons dans la mer, sur la mer, au fond de la mer par métier ou par plaisir, qui respectons la vie des plantes et des bêtes, allons-nous perdre l’objet de notre reconnaissance ? Et pour quoi ? Pour des profits vertigineux, dévastateurs, suicidaires. Qu’allons-nous laisser à nos enfants ? Une mer puante, polluée, inanimée ?
Allons-nous encore une fois nous faire rejeter comme des archaïques, rêveurs, utopistes ? Nous faudra-t-il renier la civilisation maritime, l’oublier ? Et oublier avec elle le bonheur de tirer des bords, l’élégance d’une jolie carène, le superbe langage de la marine, au motif que la mer nous aurait été confisquée.
J’en ai marre, je vous dit…
Une prodigieuse machine à-détruire-tout-ce-qui-vit s’est mise en branle et personne ne sait (ne veut ?) l’arrêter. Il y a de quoi flipper, tout de même.
Pourtant l’alerte ne date pas d’hier, voilà ce que disait dans les années trente (!) Anita Conti la grande dame de la mer, océanographe et photographe :
Nous sommes les gérants fugacement passagers de terres, d’airs, et d’eaux qui serviront à nourrir les foules de l’avenir. En conséquence, il nous faut léguer un domaine correctement entretenu.
Nous en sommes loin les amis, et nous ne voyons rien venir, sinon le pire.
Alors, je sais, je n’ai rien réglé en rappelant tout ça, mais je peux quand même dire aux puissants qui jonglent avec la planète, et vous pouvez le dire aussi : rendez-nous la mer, que diable !
Aramis